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Les films Camille et Clara du réalisateur Emeric Gallego

Maxime Lopes Par Le mercredi, 17 août 2022 à 09:50 0

Dans TV - cinéma

Le réalisateur Emeric Gallego présente ses courts métrages Camille et Clara aux thèmes forts : les conditions des castings et le harcèlement scolaire.

Camille - Emeric Gallego

Le court métrage Camille traite du monde des actrices sous la forme d'un faux casting. Un mélange entre l'amateurisme et le professionnalisme assumé avec deux comédiennes extraordinaires. Le film circule en Festival et accumule beaucoup de prix (+ 50 sélections à travers le monde).

Clara traite du harcèlement scolaire du point de vue d'une jeune mère dépassée par la situation. Il s'est passé une tragédie à l'école... Le film tourne autour d'une conversation.
Le court-métrage a été tourné en très peu de temps.

Interview

Entretien avec Emeric Gallego
Et la participation des comédiennes Méline Rocher, Charlotte Arnould et Adèle Gotkovsky.

D'où vient votre passion pour le cinéma ?
J’ai toujours aimé le côté artistique. Au fur et à mesure des années, cette passion s’est renforcée et j’ai toujours aimé créer des histoires pour échapper au monde réel. Cette passion m’a toujours permis de me sentir bien. Pourtant, ce que j’aime le plus, c’est la photographie. J’ai commencé au lycée en faisant des photos d’amis et de concerts. Très utile pour changer le quotidien. Cette passion à grandi et elle grandi toujours.

Pouvez-vous nous présenter votre court métrage Camille ?
Camille est un film sur deux femmes. Elles s’appellent toutes les deux Camille et passe un casting pour le rôle de Camille. Simple n’est-ce pas ? A travers ce film, c’est raconté la place des femmes dans le milieu artistique, de ses dangers, de ces moments de gloires. Et ça traite aussi tout simplement de la question des castings. Parce que, oui, Camille, c’est un faux casting. Tant de messages passent à travers ce film. Mais avant tout, c’est un film sur les actrices.  

Qu'est-ce qui vous a intéressé d'évoquer les conditions des castings dans ce film ?
Ce qui m’a le plus intéressé, c’est forcément cette volonté de montrer comment un casting peut se dérouler quand il n’est pas fait avec de bonnes intentions. Et encore, il suffit de voir les annonces de casting pour se rendre compte que le plus important pour les rôles féminins, c’est le physique. Pour ce qui est du rôle, on a souvent la même chose : la fille un peu naïve, la fille folle amoureuse du héros, la prostituée, la fille kidnappée et bien des choses encore. C’est dit dans le monologue du film. Je ne dis pas qu’il faudrait cesser ces rôles mais j’ai parfois l’impression qu’il s’agit plus d’un prétexte au physique. Le physique à une place extrêmement importante. D’ailleurs au-delà d’un certain âge, c’est la porte ! Sans parler de tous ses castings réalisé simplement par des gens qui veulent juste draguer la comédienne. C’est un peu cette image qui ressort dans Camille. En fait, Camille, c’est un peu deux films en un. On retrouve un vrai message d’amour et de force pour toutes ses actrices dans le monologue. Mais on retrouve aussi ce côté malsain et étrange d’un casting amateur dont on doute de la crédibilité.

Justement, comment se sont passés les castings pour Camille et que peut-on savoir des comédiennes ?
Ce serait sacrément ironique de vous dire qu’il n y a pas eu de castings. J’ai choisi Adèle grâce à un court-métrage qu’elle avait réalisé sous la forme d’un chouette monologue. Quant à Charlotte, j’ai eu la chance de tourner avec elle sur un petit film pendant le confinement. Cela s’appelait Désirée (oui, encore un prénom féminin !), c’était cool. C’est en leur parlant que j’ai imaginé le rôle pour elles. Elles se sont reconnues dans le rôle, enfin je crois. Je suis très fier de l’avoir fait avec elles. Deux talents incroyables. Mais je suis aussi heureux de l’avoir fait avec Lucas et Marco. Ils n’apparaissent jamais à l’écran mais ils ont réussi à incarner ces petits menteurs de réalisateurs avec brio. Une équipe de rêve. Et tout le monde s’est bien amusé. Cela reste à ce jour ma meilleure expérience de tournage.

Quel souvenir gardez-vous de votre premier casting et comment vous sentiez-vous ?
Charlotte : Je garde un souvenir merveilleux de mon premier casting. C'était pour une mise en scène de Fanny Ardant. Ça commence à faire un bout de temps maintenant. C'était en 2016 et de loin, une de mes plus belles expériences théâtrales. J'étais auditionnée par un chorégraphe de renom, Jean Guizérix et j'ai compris que nous parlions le même langage. C'était assez magique.
Emeric : Mon premier casting était pour une école de cinéma. J’étais encore à la fac et je voulais participer à des tournages pour apprendre. J’étais assistant. Des comédiennes passent pour un rôle secondaire. Celui de la copine du personnage principal. A chaque fois, il y avait cette volonté des réalisateurs de dévoiler le côté « séductrice » des comédiennes. Quand elles partaient, ils ont débattu pour savoir qui était la plus jolie. En y repensant, c’était affreusement gênant. En vrai, je crois que j’ai jamais trop aimé les castings.
Adèle :   J'ai passé mon premier casting à 15 ans pour la pièce de Théâtre " La tentation de l'inachevé" de Monik Malissard mise en scène par Gauthier Haziza. L'audition s'était effectuée sous forme de lecture autour d'un café au restaurant Georges sur le rooftop du Centre Pompidou. J'en garde un souvenir extrêmement positif, moi qui venait de la vallée de chevreuse j'avais l'impression d'être une vraie star et le metteur en scène m'avait traitée avec beaucoup de respect et de considération ce qui m'avait permis de me sentir très à l'aise ! J'ai obtenu le rôle et l'expérience entière a été incroyable, j'ai pu jouer avec des comédiens aguerris dans une très belle salle : ça a achevé de me convaincre que c'était le métier que je voulais faire.    

Pensez-vous que les conditions de sélection des acteurs et actrices évolueront à l'avenir, notamment grâce à certains mouvements qu'on a pu voir émerger ?
Emeric : Je le souhaite sincèrement. On entend tellement d’histoires horribles dans ce milieu que j’ai parfois l’impression que tous ces changements, c’est juste médiatiques, que du vent. Les annonces n’ont pas changés. Il y a toujours des abus, de la manipulation et des gens toxiques et cela ne me surprendrait pas qu’il y est encore des comportement comme ça dans les castings.
Charlotte : Je ne sais pas... Parfois je me demande si ce n'est pas un éternel continuum de violences auquel nous sommes destinés. Je crois bien sûr en l'émergence d'une nouvelle génération et d'une actuelle génération qui prend conscience de beaucoup de choses. Les directrices de casting et directeurs que j'ai rencontré étaient vraiment super ! Je n'ai pas tellement peur en ce qui les concerne j'ai peur davantage pour les réalisateurs et les gens haut placés. Je pense qu'il y a un réel changement mais il est je crois à peine perceptible et quand nous gagnons à un endroit, on perd deux fois plus de l'autre. Les puissants, les agresseurs se sentent menacés et redoublent d'efforts pour anéantir les femmes, encore plus les jeunes actrices débutantes. Je suis parfois optimiste et parfois je n'y crois plus. La justice est un permis de violer pour les hommes et le message qui leur est envoyé est : vous avez le droit de violer alors de cette façon, oui j'ai peu d'espoir dans le traitement des actrices. Sans doute que je suis un peu alarmiste et extrême mais je trouve que notre monde va mal.

Le court métrage Camille a été sélectionné et primé dans plusieurs festivals. Qu'est-ce que cela vous évoque et que représente ces reconnaissances pour vous ?
Charlotte : Cela me fait grandement plaisir. Je trouve ça génial que Camille vive aussi bien et aussi loin. C'est très galvanisant.
Emeric : Je n’y croyais pas et je n’y crois toujours pas. Je destinais ce court-métrage pour Internet afin qu’une petite poignée de personnes puissent le voir. Puis les sélections et les projections en salles sont arrivées. C’était incroyable. Beaucoup retiennent le monologue, très porteur d’espoir s’affichant à la fois comme une ode mais aussi un témoignage. Parce qu’il faut que les actrices croient toujours en elles. Toutefois, je suis sincère avec moi-même, ce ne sont que des   sélections. Ma vrai fierté, c’est de voir que Charlotte et Adèle ont obtenues un nombre incroyable de prix de la meilleure actrice. Elles le méritent totalement ! Mais je suis heureux aussi de savoir que ce film réussit à faire parler de lui et qu’il apporte cette petite touche d’espoir.
Adèle :  Effectivement c'est une pluie de récompense qui est tombé sur ce court-métrage ! J'en suis très heureuse pour le réalisateur Emeric Gallego et pour la comédienne Charlotte Arnould avec qui je partage l'affiche. Ce sont des reconnaissances qui me font beaucoup de bien à différents niveaux : je suis contente de voir qu'une oeuvre portant ce message est mise en avant, et ravie d'être reconnue pour mon travail d'interprétation. 

Film Clara - Emeric Gallego (crédit Laure-Hélène Dardelay)

crédit photo Laure-Hélène Dardelay

Vous avez également sorti en 2022 le court métrage Clara sur le harcèlement scolaire. Qu'est-ce qui vous a incité à aborder ce thème ?
Pendant un service civique, j’avais réalisé en partenariat avec l’association Unis-Cité, un premier monologue fixe de dix minutes sur la question du harcèlement sous toutes ses formes. La chute était cruelle. Le résultat n’était pas à la hauteur de ce que je voulais raconter mais le film avait eu tout de même droit à des débats dans des écoles. J’ai décidé de retraiter de ce sujet parce que les drames qui surviennent dans les écoles sont beaucoup plus nombreux chaque année. J’avais lu une fois qu’un enfant s’était immolé et qu’un autre avait décidé de tuer au couteau son bourreau. Les faits-divers sont de plus en plus sordides. Je ne sais pas ce qui se passe dans le milieu scolaire mais quelque chose dérape. Un enfant ne devrait pas subir ce genre de chose. C’est une très bonne chose qu’aujourd’hui, le harcèlement est enfin reconnu comme un délit.

On voit avec ce second court métrage que vous évoquez le thème des discriminations et l'oppression de certaines personnes. Pourquoi et en quoi est-ce important de mener ce type de combat ?
Emeric : Parce qu’ils préféreront toujours blâmer la victime ou ses parents que le reste…
Méline : Pour essayer d'améliorer les choses, conscientiser le public aux différents aspects et conséquences du harcèlement.

Pourquoi avoir voulu tourner Clara en noir et blanc ?
J’adore cet esthétisme. Le noir & blanc renforce cet intimité que je voulais retranscrire. Il fusionne tellement bien avec ce format 4:3 qui ajoute une certaine tension.

Plus globalement, quels sont vos choix de mise en scène alors que vous réalisez des films racontant certaines formes de violences et sans forcément tomber dans le "drame" ?
Je préfère toujours mettre en avant les personnages et leurs fragilités dans des cadres très intimistes. Au-delà des formes de violences, il y a des personnages. C’est leur état d’âme qui m’intéresse. Dans Clara, je voulais mettre la mère en avant, qui subit elle aussi finalement à travers les horreurs vécues par sa fille. Clara est au centre de l’intrigue. Bien qu’elle n’apparaisse jamais, sa présence se ressent toujours dans le film. Cela entraîne une émotion, c’est ça que j’aime.

Allez-vous diffuser ce film en milieu scolaire et organiser des débats ?
J’aimerais beaucoup. C’est une idée.

Que conseillez vous aux personnes victimes de harcèlement ?
Emeric : La parole est vôtre.
Méline : D'en parler, non pas à une personne, mais à beaucoup d'adultes différents. De ne surtout pas laisser les autres vous culpabiliser et de se défendre si nécessaire.

On a pu voir dans Clara que les proches avaient souvent du mal à voir et constater une situation de harcèlement. Communiquer et échanger sont-ils des facteurs clés dans ces situations et d'autres solutions existent-elles ?
Méline : Bien sûr, mais parfois ça ne suffit pas.
La prévention dans les écoles et les différents milieux professionnels, la création ou le perfectionnement de services de soutien, la justice, la police...
Emeric : Elle a tout dit !

On te croit

Quels vont-être vos projets cinématographiques à venir ?
Emeric : Il y a encore tellement de projet que j’aimerais faire. Pour l’instant, je tente de finaliser l’écriture de mon long-métrage et de pleins d’autres projets. Prenons le temps qu’il faut. Sans parler des projets photos…

Vous êtes également photographe, souhaitez-vous nous parler de vos travaux ?
Je ne saurais pas trop par où commencer… La photographie, c’est clairement ma profession. Je fais du portrait, des mariages, des tournages… Un peu de tout en fait. J’adore ce côté thérapeutique que peut avoir une photo et faire en sorte que les gens se sentent à l’aise. En début d’année, j’ai sorti ma première exposition : « Si Proches » qui mélange portrait et paysage sur une île reculée du Danemark. Cela à plutôt bien fonctionné. L’émotion était présente. Nous avons même remporter un prix de la meilleure photographie voyage à Bucarest. J’ai quand même la sensation d’avoir progressé en photo. Intensément !

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Emeric : Déjà, j’aimerais remercier les membres de mon équipe pour ces deux films. Vous êtes géniaux ! Clara et Camille n’auraient pas été les mêmes sans vous. Merci à mes actrices absolument fabuleuses. Et enfin merci à vous ! C’est vraiment super gentil de nous avoir laissés parler des films. Vous êtes au top !
Mes photos qui peuvent êtres vu sur Flickr et Instagram pour les plus curieux.

Merci à Emeric Gallego, Méline Rocher, Charlotte Arnould et Adèle Gotkovsky d'avoir répondu à notre interview !

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