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Le film Rideau sur la fermeture des salles de spectacles

Maxime Lopes Par Le samedi, 11 décembre 2021 à 11:14 0

Dans TV - cinéma

Le film Rideau évoque la fermeture des salles de spectacles en raison de la pandémie de Covid-19. Echange avec les réalisateurs du documentaire.

Film Rideau

Que peut-on savoir de vos parcours artistiques personnels ?
Tout a commencé dans nos régions respectives. Nous pratiquions le théâtre dans des ateliers pour enfants et dans les troupes locales où nous sommes montés sur scène pour la première fois. Nous avons tous les deux décidé de devenir comédiens et avons déménagé à Paris pour suivre la formation du Cours Florent. C’est là que nous nous sommes rencontrés. La crise sanitaire a interrompu ce cursus, mais nous continuons à nous former dans d’autres structures, toujours pour le théâtre.

Pouvez-vous nous présenter votre film Rideau ?
Rideau est un film documentaire sur la fermeture des lieux de spectacles pendant la crise sanitaire. Les spectateurs sont invités à un voyage entre les paysages de France que nous avons traversés et les portraits de nos intervenants. Nous avons rencontré une vingtaine de professionnels du spectacle vivant pour recueillir leurs témoignages. Ils nous ont fait part de leur ressenti quant à la situation, des problématiques qu’ils ont traversé et parfois des côtés positifs de cette période. Notre but était de découvrir leur histoire et d’observer l’impact de la crise sanitaire sur la profession.

Pourquoi avez-vous souhaité faire un film sur l'annulation des spectacles en raison du Covid-19 ?
D’abord, c’est un sujet qui nous touche tout particulièrement, étant nous-mêmes apprentis comédiens. Le virus a mis fin à nos études et les mois passaient. Nous ne savions pas quand nous pourrions retourner sur scène. Nous avions besoin de nous rendre utiles, une envie furieuse de travailler et besoin d’oxygène. Tous ces ingrédients rassemblés nous ont donné envie de partir à la rencontre de celles et ceux qui, comme nous, étaient impatients de retrouver le public. L’idée de filmer notre voyage s’est installée et le concept de Rideau est né.

Comment avez-vous sélectionné les artistes qui témoigneront dans votre documentaire ?
Les choix se faisaient au fur et à mesure du voyage, en fonction d’un itinéraire prédéfini et de nos recherches. Nous avons privilégié les personnes qui étaient les plus intéressées par notre projet et dont nous aimions le travail et/ou le point de vue sur la situation.
Il nous paraissait important de rencontrer des personnes de tous corps de métiers et répartis sur l’ensemble de la chaîne de création d’un spectacle. D’un directeur de salle aux techniciens en passant évidemment par les comédien.s.nes et metteurs en scène. Ainsi, nous étions à peu près certains d’avoir une vue d’ensemble sur les différents aspects de la crise (logistique, humain, créatif, financier, etc.)

Peut-on savoir dans quels cadres/lieux allez-vous tourner le film ?
Le film a été tourné principalement dans deux types de lieux. Les salles de spectacles et les régions des personnes rencontrées. Parmi quelques exemples, nous pouvons citer Avignon, un théâtre en plein air dans les Vosges, la petite salle d’un café-théâtre près de Toulon, le Palais des Arts de Vannes ou le théâtre Quintaou à Anglet.
Lorsque c’était possible, nos interviews avaient toujours lieu dans des salles de spectacles. Sinon, nous allions directement chez nos intervenants. Nous avons également filmé les lieux emblématiques de chaque région, comme la Dune du Pilat, les Gorges du Verdon où le Golf du Morbihan qui viendront s’insérer comme éléments de liaison entre chaque témoignage.

En quoi était-ce important de faire un tour de France pour réaliser votre documentaire Rideau ?
Le théâtre vit partout. On a tendance à penser que la capitale est le centre névralgique du théâtre en France. Or, cet art est très fortement pratiqué sur l’ensemble du territoire. Nous l’avons bien vu. Il était important pour nous de ne pas uniquement parler de Paris, mais bien de faire le tour du spectacle vivant sous toutes ses formes (cirque, danse, théâtre de rue) et dans toutes les régions.
Nous allons garder la notion du voyage lors du montage du film. C’est un élément important pour nous puisque le projet est né pendant une phase de confinement. Nous avons donc la volonté de faire voyager le spectateur avec nous et d’oxygéner un sujet difficile.

Comment avez-vous vécu les confinements et le ralentissement culturel en raison de la pandémie ?
Pour nous, la situation était plutôt intimidante. Nous n’avions plus d’activité et nos objectifs à long terme ont été brutalement interrompus. Les concours des grandes écoles ont été annulés, l’activité théâtrale était très faible et créer un spectacle à ce moment-là semblait périlleux.
En ce qui concerne la culture, nous pensons qu’il y a eu deux phases. Une première entre mars et juin 2020 où nous avions besoin de comprendre cette pandémie. La priorité était la santé de chacun. Il fallait cependant commencer à trouver des solutions pour maintenir l’activité culturelle.
Puis entre octobre 2020 et mai 2021, la situation était très frustrante. Le brassage de la population était toléré dans les grands commerces, mais pas dans les plus petites salles de spectacles. Des solutions pour la culture ont été refusées comme la présentation d’un billet de spectacle pour se déplacer hors des horaires de couvre-feu (qui rendait toute activité de spectacle en soirée impossible). Les mouvements d’arrêts et de reprises ont été épuisants pour les équipes qui devaient sans cesse s’adapter pour espérer travailler.
Notre seule consolation était de pouvoir échanger avec les professionnels. En véhiculant leurs préoccupations et leurs envies avec Rideau, nous avons donné un sens à cette « pause » obligatoire.

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
L’objectif global de ce financement participatif est d’offrir de la visibilité au film.
Avec l’argent récolté, nous souhaitons notamment améliorer le résultat final grâce à un sound designer et un étalonneur pour le rendu des images.
Ensuite, une partie de la cagnotte sera attribuée aux festivals de films documentaires et à l’organisation d’une avant-première.
Enfin, nous allons produire une version DVD du film et organiser une tournée de projections en France, notamment dans les lieux où nous nous sommes rendus.

Que souhaitez-vous transmettre au public avec votre film Rideau ?
Notre initiative est directement inspirée de films comme « Les Habitants » de Raymond Depardon et « Visages, Villages » d’Agnès Varda et JR. Dans ces deux films, l’humain est au centre de l’œuvre. L’œil de la caméra (en mouvement entre plusieurs destinations) vient se poser sur une situation donnée : une conversation, un village… Pour nous, c’est l’équipe d’un théâtre.
À travers les différents témoignages, le spectateur sera non seulement renseigné sur l’impact du Covid-19 sur la profession, mais ressentira également toute la panoplie d’émotions vécues par ces équipes, des grands moments de doute à la joie de la réouverture des lieux de spectacles. Malgré le sujet difficile que nous abordons, notre objectif est d’offrir un moment cinématographique oxygéné, sensible et humain.

Comment décririez-vous la situation du monde culturel actuellement ?
Il serait difficile de faire un état des lieux précis du monde culturel. Ce qui est certain, c’est que le spectacle vivant est meurtri. Cependant, il se bat avec beaucoup de courage pour maintenir une activité stable.
Il doit faire face à de nombreux freins comme le pass sanitaire, une certaine peur du rassemblement et des lieux publics, les cas effectifs de Covid-19  dans les équipes qui empêchent les représentations et la perte sèche des spectacles annulés.
Ce milieu fonctionne comme la restauration, elle aussi très touchée : si une table n’est pas utilisée un soir dans un restaurant, cette perte ne peut pas être compensée le lendemain. Il n’y a pas de recettes rétroactives. Néanmoins, les artistes et toutes les équipes avec lesquelles nous sommes en contact s’étaient préparés et sont immédiatement remontés sur scène lorsque cela a été possible. Aujourd’hui le public applaudi non seulement le spectacle, mais également la prouesse d’avoir repris, avec tant de vigueur, une activité qui a été si bouleversée.

Selon vous, le monde du spectacle doit-il se réinventer ou évoluer pour faire face à de nouveaux enjeux ?
Bien que les captations de théâtre (une version filmée d’un spectacle) aient suscité l’intérêt des plus passionnés pendant les différents confinements, il est clair que ce n’est pas (encore) une façon viable de partager le spectacle vivant. C’est une solution temporaire, qui a le mérite de « déplacer » le théâtre à ceux qui n’auraient pas pu s’y rendre.
Le théâtre doit continuer de bouleverser ses codes, se mettre à l’épreuve et innover. Mais nous aurons beau chercher à faire du théâtre différemment, nous devrons toujours nous rendre à l’évidence : le théâtre se fait entre un acteur et un public. Cette notion nous semble difficilement modulable.

Attendez-vous le levé de rideau pour présenter votre film au public et espérez-vous être présent en festival ?
Effectivement, avant de dévoiler notre film au grand jour, nous serons présents dans un maximum de festivals. Viendront ensuite l’avant-première puis les rencontres avec le public voire la diffusion dans certaines salles.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Pour les curieux, nous avons une chaîne Youtube (Augusta et Corentin) sur laquelle ont été diffusés des reportages tournés pendant le périple. Et pour tout le monde, nous vous souhaitons la santé et beaucoup de plaisir dans les salles de spectacles qui vous attendent avec impatience. Nous remercions également Maxime de Divertir.eu pour son attention envers notre projet.

Merci aux équipes du film d'avoir répondu à notre interview !

RIDEAU - Le Film (Teaser)

interview Spectacle Film Crowdfunding

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