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Le court métrage La 300ème tête sur Anatole Deibler

La 300ème tête est un court métrage sur Anatole Deibler, le célèbre bourreau. L'occasion de le découvrir avec Olivier Jean, producteur et réalisateur du court métrage.

La 300ème tête

Pouvez-vous nous présenter votre court métrage La 300ème tête ?
La 300ème Tête est court-métrage de 9' sur la dernière seconde de vie d'Anatole Deibler, l'un des plus célèbres bourreaux français. 299 têtes coupées de sa main, 395 si l'on compte les exécutions auxquelles il n'a fait que prêter la main.
Voici le pitch : 1939. Alors qu'il s'apprête à prendre le métro pour aller couper sa 300ème tête, Anatole Deibler, le célèbre bourreau, s'effondre, victime d'une embolie. Durant cette ultime seconde d'agonie, il se voit proposer une mission unique : exécuter le plus grand assassin français qui ait jamais vécu : lui-même.
Le véritable sujet du film est le choix et la place que nous occupons dans la société. Conscient ou non. De ce que nous sommes prêts à accepter, supporter, et pour quel prix.

D'où vient votre idée de faire un court métrage sur le bourreau Anatole Deibler ?
J'ai lu un jour qu’un bourreau anglais avait établi une table de rapport entre le poids des individus qu’il exécutait et la résistance des cordes qu’il employait. Cet homme avait donc le souci de bien faire (si l'on peut dire). Un peu comme un physicien qui réussit à créer une bombe très puissante et qui se réjouit de la réussite de son travail sans penser à sa finalité. L'idée du film vient de là.
Ensuite, j'ai trouvé particulièrement fascinant qu'un homme qui ait infligé la mort – et quelle mort ! – puisse se coucher le soir auprès de sa femme, l'esprit en paix. À l'approche de la guillotine, les condamnés avaient des réactions diverses : révolte, terreur, haine, joie morbide, fanatisme. Certains faisaient sous eux de peur. On exécutait parfois quatre condamnés à la suite, comme les chauffeurs de la Drôme, et les condamnés devaient se coucher dans le sang du précédent. Le sang giclait parfois à plusieurs mètres. Deibler pataugeait dedans. Je ne fais pas de sensationnel, c'est la matière brute de son métier avec laquelle il devait vivre. Son père a démissionné : après avoir été aspergé par le sang d'un condamné, il ne supportait plus sa vue… Comment faut-il être fait pour supporter cela, dans quel but ? Pour quelle récompense ? La capacité du cerveau humain à se donner bonne conscience me fascine…

S'agit-il d'un court métrage plutôt documentaire (le personnage ayant réellement existé) ou fictif ?
Le personnage est parfaitement réel, tout ce qui est rapporté dans le film est vrai. Je me suis beaucoup documenté et j'ai beaucoup lu pour l'écrire et pour être juste. Juste par rapport à Deibler, car ce n'est pas son procès, juste vis-à-vis des spectateurs car on ne peut pas se permettre d'extrapoler quand on parle d'une personne ayant existé.
En revanche, Laurent et moi (Laurent Boghossian, mon co-auteur), livrons notre conviction : Deibler ne se voyait pas comme un assassin. C'est une pensée moderne, même si Zola, Hugo, Condorcet, pour ne citer qu'eux, étaient des abolitionnistes convaincus. Ce n'est donc pas un documentaire, même si on peut se fier à ce qui sera dit. C'est une fiction car nous imaginons la dernière seconde de vie de cet homme et ce qu'il a pu se dire… ou non.
Et puis ce film donne notre point de vue sur la question du choix dans l'existence et notre certitude que nous sommes tous à notre place. Deibler y compris. Après, on peut se demander pourquoi…

Anatole Deibler fascinait à l'époque les foules. Comment expliquez-vous qu'un bourreau soit ainsi plébiscité ?
En 1900, une exécution était un spectacle. La presse la commentait, ainsi que l'aisance du bourreau. La notion de bourreau a considérablement évolué avec le temps. Petit à petit, les exécutions ont cessé d'être publiques car la société ne voulait plus voir ça. En 1906, elle a finalement été abolie par René Fallières – abolitionniste convaincu - qui l'a rétablie deux ans plus tard à la suite d'un crime particulièrement odieux. La société réclamait une tête. On parle là de vengeance.
Deibler était l'homme qui tenait la vie d'autres humains entre ses mains. Qui peut se targuer d'un tel privilège qui frôle la divinité ? La mort, le passage d'un monde dans un autre, a toujours fasciné l'Homme. Deibler était celui qui contrôlait cet instant.Il était véritablement une star, même si on le redoutait. Pour autant, lui comme ses prédécesseurs se mariaient entre bourreaux. Admirés certes, mais craints et somme toute mis à part. Je crois même qu'il n'a pas toujours exercé sous son nom.

Sait-on comment endossait-il son métier et l'aimait-il ?
On sait peu de choses de Deibler et de ce qu'il en pensait. Dans les Carnets qu'il a laissés, il a soigneusement compilé chaque exécution, chaque grâce aussi. Sans commentaire superflu, sans état d'âme. Il a décrit ce qui s'est passé. Évidemment, ce n'était pas un abolitionniste. Il s'est borné à rapporter fidèlement chaque minute de l'exécution.
Deibler était un petit-bourgeois tranquille, passionné de cinéma et de photo. On rapporte qu'il fumait énormément. Pour autant, peut-on y voir un signe, un indice de son ressenti ? Il n'en a, à ma connaissance, jamais parlé. Et puis c'était son métier. Il était payé pour cela et il le faisait bien au sens où il n'en jouissait apparemment pas de manière malsaine. Une exécution durait à peu près 4 secondes. D'autres bourreaux ont été bien plus durs, parfois par simple brutalité – épaisseur du cuir pourrait-on dire – comme son père, ou par cruauté. Anatole Deibler n'était à mon sens qu'un honnête petit fonctionnaire de la mort.

En sait-on plus sur les exécutés du bourreau et comment La 300ème tête en parlera-il ?
Je sais peu de choses sur les exécutés. Je crois que généralement, ils ne considéraient pas Deibler comme l'ennemi. L'ennemi, c'était la société, eux-mêmes, leur enfance, etc…
Dans le film, je les représente comme des frères, comme une troupe de braillards joyeux. Ils chantent d'ailleurs : "Il est des nôôôôôtres, il a tué comme les auauautres !" Ils sont les multiples voix de sa conscience, tous ses démons qui dansent une sarabande autour de lui et l'étourdissent. Ils ne sont pas malveillants, mais ils crient justice.

Doit-on voir ici une façon de rendre hommage à un passionné d'image qu'était Deibler et comment le cinéma évoquait-il ce métier à l'époque ?
Non, nous ne voulons rendre aucun hommage à Deibler. Nous posons un cas de conscience et l'animation permet d'éviter le sordide des exécutions. Je n'ai aucune admiration pour Deibler. Nous parlons de lui parce qu'il est un exemple – tiré à son paroxysme – du masque que nous portons tous pour nous donner bonne conscience quand nous en avons besoin.
Et puis, d'un point de vue strictement dramatique, c'est un très bon sujet comme tous les thrillers, enquêtes, etc…

Pourquoi réalisez-vous le court métrage en 2D ?
Parce que Thierry Cattant, mon co-réalisateur travaille en flat design ! Et moi aussi. Et puis la 3D est plus chère et beaucoup plus compliquée. En outre, j'ai réalisé et produit pas mal de courts métrages en tournage réel ; la 300ème Tête sera mon premier court-métrage en animation et je suis heureux de renouer avec la technique la plus proche possible de l'animation traditionnelle.

Comment travaillez-vous les graphismes du film ?
Thierry travaille d'abord les personnages sur Illustrator. Turn around, expressions, poses-clés, etc… Ils seront ensuite animés dans Animate (flash) et composités dans After Effects.
Pour la direction artistique générale, l'univers de Thierry est prépondérant sur le mien. Il a une naïveté de trait qui est à mon sens idéale pour le projet. Ses dessins sont très expressifs, faussement simples et en plus, il a un petit côté rétro que j'adore et que je partage tout à fait.

Qu'est ce qui vous a motivé à faire un financement participatif ?
Nous présentons le film à la Région Sud pour obtenir une subvention fin septembre. L'une des conditions est d'avoir 10% du financement acquis ! Sur une période aussi courte, il n'y avait que le financement participatif pour nous permettre de réunir cette somme. Si nous y arrivons ! Heureusement, nous sommes à 74%, il reste11 jours, c'est possible.
Ensuite, l'argent collecté servira à créer les décors ce qui complètera la bible graphique et nous permettra d'envoyer le film auprès des chaînes de télévision.
Cette collecte est donc vitale pour le projet !

Pour l'anecdote, vous dîtes qu'Anatole Deibler était le premier à obtenir le permis de conduire. Etait-ce facile à avoir à l'époque ?
J'imagine que c'était assez simple ! Il a été créé en 1905 je crois et ce n'était à l'époque d'un code de bonne conduite !

Anatole Deibler est décédé en se rendant à une exécution. N'est ce pas là un comble, voir un coup de chance pour le condamné ?
Non, il a été exécuté un mois plus tard. Et puis, je crois qu'un sursis tel que celui-ci tient plus de la torture que du soulagement.
La mort de Deibler est effectivement un pied de nez. D'ailleurs, le film sera drôle, peut-être pas foncièrement comique, mais en tout cas, ce sera tout sauf un drame. D'ailleurs c'est PEF, Pierre-François Martin-Laval, qui fera la voix de M. Crock (la mort) dans le film.

Souhaitez-vous nous parler de la bande originale de La 300ème tête ?
La musique est composée par Mathieu Auset, un compositeur que j'adore qui navique entre Bernard Hermann et Danny Elfman ! Notre travail est complémentaire : je lui parle, je lui donne quelques indices visuels et il me renvoie un thème, des compositions. On avance comme ça et ça marche très bien. À la fin, je m'adapte à son rythme pour animer et lui s'adapte à la longueur des scènes ! Ce ne sont pas des compromis, on construit ensemble.
Et puis il a le chic pour trouver le bon instrument et pour le mettre en valeur pour souligner un personnage. Je trouve sa musique très imagée et très colorée ! Je ne fais pas que l'entendre, je la vois aussi !

Quand et comment sera disponible votre court métrage ?
Nous essayons d'être prêts pour Annecy (en mai/juin, je crois). Il y a à peu près 7 mois de travail.

Votre projet sera-il en compétition dans des festivals ?
S'il est sélectionné, bien sûr ! Nous l'enverrons dans tous les festivals possibles, en France, comme à l'étranger.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Un court-métrage – n'importe quel projet artistique en fait – est un monstre à accoucher. Avoir l'opportunité d'en parler, de le faire vivre et circuler est une véritable chance. Je vous remercie pour cette interview !

Merci à Olivier Jean d'avoir répondu à notre interview !
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