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Moufid Taleb va partir en expédition au Groenland

Moufid Taleb prévoit une traversée solitaire et sans assistance du Groenland au printemps 2021. Découvrons comment il se prépare à cet exploit.

Moufid Taleb

Moufid partira pendant un mois et tractera une pulka d'Isortoq à Kangerlussuaq à des températures ressenties pouvant atteindre -60°C !
L'explorateur et aventurier tentera l'exploit seul et sans assistance.

Vous souhaitez réaliser une traversée solitaire du Groenland. Qu'est ce qui vous a motivé dans ce défi ?
Les motivations sont nombreuses. Tout d'abord, je suis attiré comme un aimant par les régions polaires. Enfant, j'ai lu un livre dépeignant le Grand Nord comme un endroit à la fois merveilleux et terrible. Ce récit m'a marqué ! Et je n'ai pas été déçu après m'être rendu au Svalbard pour m'en rendre compte. Ensuite, j'éprouve le besoin de fuir le confort et la routine urbaine, de me sentir vivant. De vivre des émotions comme le triomphe, la déception, la peur, la joie, le soulagement... A des degrés différents. Enfin, se lancer un défi solitaire aussi extrême, dans une région hostile et reculée, est une bonne manière de se rapprocher de la nature. En se soumettant à ses règles, elle peut nous autoriser à en faire partie.

En quoi les explorateurs Fridtjof Nansen ou encore Mike Horn vous influencent dans cet esprit d'aventures ?
Nansen, comme Amundsen, Shackleton, et d'autres, est un pionnier. A son époque, entreprendre ce genre d'expédition était plus incompréhensible encore qu'aujourd'hui, puisque dans l'Arctique et l'Antarctique, régnait l'inconnu. Cela a donné lieu à des histoires formidables, très fortes humainement, très inspirantes. Mike Horn est plus contemporain : comme lui je souhaite parcourir le monde pour le voir de mes propres yeux, à ma façon. En me préparant toujours minutieusement, mais sans me montrer frileux. Son parcours incroyable est une belle inspiration, et montre que vivre au 21ème siècle n'est pas forcément une tare pour un explorateur. Il montre aussi qu'ils peuvent avoir un impact sur les autres et sur la planète.

Vous vous définissez comme quelqu'un d'ordinaire, mais qui va vivre quelque chose d'extraordinaire. N'avez-vous pas quelques peurs ou appréhensions ?
Oui, je me définis plutôt comme ça. Je ne suis pas deux fois plus fort ni deux fois plus malin qu'un autre ! Comme Shackleton, Mike Horn, Nansen... qui sont des êtres humains comme vous et moi. C'est dans la tête que tout se joue. Pour le reste... Très sincèrement, je serai bien stupide de n'avoir aucune peur ou appréhension. Il y a bien sûr bien des aspects de mon expédition qui peuvent me faire peur, la nature aura toujours le dernier mot. Mais cela ne m'inhibe pas, et j'ai confiance en mes capacités. La peur est une amie. Je travaille simplement à maîtriser tout ce qui dépends de moi, et j'essaie de me donner les meilleures chances pour le reste.

Comment vos proches ont accueilli votre voyage au Groenland ?
Avec surprise, et inquiétude ou enthousiasme, selon les personnes ! Si vous annoncez que vous partez faire ce genre de choses en tant que novice, pour certains, c'est synonyme d'aller-simple ! C'est assez difficile à expliquer. Mais j'ai trouvé beaucoup de réactions positives et encourageantes, de soutien auprès de mes proches, de ma fiancée, de ma famille. Je les en remercie du fond du cœur !

Comment allez-vous vous préparer physiquement à cette traversée en conditions extrêmes ?
Cela fait bientôt un an que je m'entraîne. Une telle expédition est très exigeante physiquement : il faut être à la fois fort et endurant ! Je traînerai une luge de 100 kg derrière moi 10 à 12 heures par jour, pendant un mois.
Le programme reste assez simple : un peu de musculation (la masse musculaire permet de générer de la chaleur), de la course, et surtout, un entraînement consistant à tracter des pneus au bout d'une corde. Les pneus adhérent au sol et permettent de simuler le traîneau de 100 kg sur la glace. Cet exercice est éreintant. Au début, hors de forme, je ne courais que quelques dizaines de minutes, et ne pouvait supporter qu'un seul pneu pendant une demi-heure. Aujourd'hui, après un entraînement intensif (5 fois par semaine), j'en suis arrivé à pouvoir courir plusieurs heures, et pouvoir tracter jusqu'à 3 pneus pendant des heures. Il faut simplement être régulier et rigoureux.

Quel matériel utiliserez-vous sachant que vous êtes seul à faire cette expédition et que le Groenland évoque le froid extrême ?
Les températures ressenties pourront descendre aussi bas que -60°C. A cette température, on utilise pas le même matériel qu'à 15°C, et le corps humain ne se comporte pas de la même façon. Lister le matériel serait trop long, mais pour résumer, j'ai de multiples couches de vêtements, un sac de couchage prévu pour -40°C, une tente conçue pour résister à des vents extrêmement violents, du matériel satellite, de quoi faire quelques images, une scie et pelle à neige, un panneau solaire, de la corde, des vis à glace... Et une pulka de 1.70m qui me servira à transporter le tout !

Sait-on les lieux que vous visiterez au Groenland et combien de temps durera votre voyage ?
L'Inlandsis du Groenland, c'est un territoire grand comme 4 fois la France où il n'y a rien que du blanc. Pas de vie, pas d'odeur, pas d'animaux. Rien que le blizzard, le vent qui hurle. Alors, de mon point de départ à mon point d'arrivée, je ne verrai que ça, sinon les zones de tension du glacier perclus de crevasses, pour quelques jours. Le seul signe de vie sera la station radar anti-nuclaire DYE-2, un vestige de la guerre froide. Sur les côtes en revanche, il y a de la vie ! J'espère visiter les villages Inuits constituant mes points de départ et d'arrivée, Isortoq et Kangerlussuaq. Il y a moins de 70 habitants à Isortoq ! La culture Inuit est fascinante, les paysages spectaculaires, entre aurores boréales et Icebergs. J'espère pouvoir en profiter un peu, mais ce ne sera pas durant ma traversée. La traversée devrait prendre entre 25 et 35 jours, mais c'est la nature qui décidera. Si des vents à 200 km/h soufflent pendant une semaine, je perdrai une semaine. Les Inuits disent souvent "peut-être", eux qui sont habitués à vivre en harmonie avec cette nature incertaine !

Je crois que vous souhaitez visiter DYE-2, une station radar anti-nucléaire abandonnée. Pourquoi ce lieu et n'est ce pas surprenant d'en visiter un en pleine zone polaire ?
DYE-2 est un vestige de la guerre froide, l'une des nombreuses stations de l'ancienne DEW line américaine censée la protéger d'une attaque aérienne de l'URSS (par voie aérienne, en passant par le pôle), allant de l'Alaska au Groenland. L'endroit a été abandonné du jour au lendemain lors de la chute. Voir ça au milieu du néant doit être vraiment spécial. Le Groenland étant un gigantesque congélateur, l'endroit est extrêmement bien conservé. S'y rendre, c'est comme faire un bond dans le passé. Je crois même pouvoir trouver de la nourriture d'époque, congelée. Mais je ne m'aviserai pas d'y toucher !
L'endroit se retrouve pile sur mon trajet, entre les 65 et 67ème parallèles. Voilà pourquoi j'y passerai !

Avec cette expédition au Groenland, vous souhaitez mettre en avant les changements climatiques en Arctique. Pourquoi et sortirez-vous un livre ou un documentaire ?
Je n'apprendrai à personne que les activités humaines modernes détraquent le climat, et que les effets du réchauffement sont destructeurs. Des chiffres comme le nombre de degrés, la surface de la banquise... sont trop abstraits pour avoir une réelle signification, un réel impact aux yeux d'un non-initié. L'Arctique et l'Antarctique, où les changements sont si visibles, semblent si lointains ! En revanche, je crois que montrer les merveilles de ces régions, reconnecter l'homme à la vie sauvage, a plus de chances d'aboutir à une prise de conscience et à un changement d'attitude. Nous devrions plutôt remercier la nature pour ce qu'elle fait pour nous et le lui rendre, plutôt que continuer à scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis.

Qu'espérez-vous vivre personnellement à travers ce voyage au Groenland ?
Au delà du défi physique et technique, j'espère me sentir plus proche de la nature et plus vivant que je ne l'ai jamais été. Au terme de ce voyage, j'espère aussi me connaître un peu plus. M'enrichir d'expériences qui feront partie de moi pour le restant de mes jours, contrairement aux choses matérielles. Je sais que la nature m'en mettra plein la vue, et j'espère pouvoir moi aussi inspirer d'autres à continuer à rêver, y croire et s'arracher pour les vivre. Une fois revenu, je profiterai de mes proches, partagerai l'aventure, et je préparerai ma prochaine expédition !

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Vous pouvez suivre l'aventure sur les réseaux sociaux, ou mon site Internet. Je voudrai surtout dire merci à tout le monde : je me sens très chanceux de pouvoir partir réaliser ce rêve.

Merci à Moufid Taleb d'avoir répondu à notre interview !
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