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La pièce Murmure de La Compagnie Télémaque

Maxime Lopes Par Le jeudi, 11 février 2021 à 10:08 0

Dans Spectacles

La Compagnie Télémaque prépare la pièce Murmure, destinée aux personnes isolées et souffrant de solitude.

Pièce Murmure

Pouvez-vous nous présenter la pièce Murmure que vous préparez ?
Il s'agit d'une pièce en appartement pour une danseuse et une voix. Elle est née du désir de deux artistes de la compagnie : Julia Derrien, danseuse, et moi-même (Juliette Charré-Damez), comédienne et metteuse en scène de la compagnie. Nous voulions créer un instant de douceur et de libération pour nous-même et nous avons eu l'idée de l'apporter à des personnes souffrant de la solitude extrême que peut engendrer le confinement et la crise sanitaire actuelle. C'est ainsi que cette forme a vu le jour dans nos esprits, avec pour enjeu d'emmener le spectacle "chez l'habitant", d'investir des espaces de solitude en les remplissant de son, de corps et de vie.

Comment se traduira la rencontre entre le corps et la voix dans votre pièce ?
On part vraiment pour ce travail sur l'aspect organique de la voix et sur la manière dont le corps en est le vecteur. On veut chercher les résonances, les vibrations, les échos qui peuvent exister entre une voix et un corps qui n'est pas le sien. Les deux éléments vont donc être étroitement liés pendant tout le processus de création. On ne gardera pour la voix que ce qui trouve écho dans le corps de notre danseuse, et dans la gestuelle que ce qui peut entrer en connexion avec ma voix. Notre objectif est d'arriver à un dialogue entre ces deux éléments, et c'est dans ce sens que se fera le travail de création. Nous voulons arriver à une forme qui soit presque totalement improvisée mais où les deux interprètes puissent être connectées au point que la voix et le corps puissent constituer une seule et même entité pour le public.

En quoi le Covid-19 inspire-il votre pièce Murmure ?
Je ne suis pas sûre qu'on puisse parler d'inspiration à proprement parler, c'est une matière sur laquelle nous voulions travailler toutes les deux depuis un bon moment. Par contre il constitue la contrainte fondamentale de la création de ce spectacle : impossibilité de jouer dans les lieux habituels, public confiné, et absence de financement. On a donc choisi de s'adapter et de trouver un moyen de créer et d'arriver quand même jusqu'à notre public sans y laisser trop de plumes :-)

La voix est capable de transmettre de nombreuses émotions. Quelle est votre approche à son sujet ?
Il s'agit d'un outil pour lequel j'ai une affection toute particulière. Il y a effectivement quelque chose de magique dans le travail de la voix, pour lequel j'aime bien ne pas tellement me poser la question de l'émotion. J'y vois plus un travail de résonance et de vibration, par lequel on peut venir chercher les corps sans passer pas les cerveaux.

Pourquoi avoir choisi le nom de Murmure pour la pièce ?
On voulait un titre qui ait une connotation d'intimité, de douceur, de proximité. Alors on cherchait des mots qui puissent être doux à l'oreille. Le mot murmure est apparu à un moment dans nos discussions et a fini par nous apparaître évident, alors on lui a fait une petite place bien au chaud. Il évoque également la parole secrète, ou l'envie de crier et de se libérer qui, enfermée se transforme en un son presque inaudible.

Quels seront vos choix sur la mise en scène ?
Pour cette pièce il y a un énorme défi en terme de mise en scène puisqu'on ne peut pas connaître à l'avance l'espace dans lequel on jouera. Il faut donc qu'on arrive à créer un cadre suffisamment solide pour qu'il soit possible de l'adapter quelles que soit les contraintes. Nous sommes encore en train de travailler sur cet aspect de la création, et probablement que nous n'arriverons à être sûres de rien tant que nous n'aurons pas effectué nos premières dates chez l'habitant. A ce stade de notre réflexion, il y aurait sûrement la voix assise quelque part dans un coin avec un ampli et un micro, qui se fondrait tant que possible dans le décors, et le corps qui serait installé avec quelques éléments récurrents (on pense notamment à un fauteuil, un miroir et une lampe) dans lequel il pourrait évoluer tout en restant en connexion et en interaction avec la voix.

Comment se passent les répétitions ?
Elles n'ont pas encore commencé :-) on en est encore vraiment à la recherche et à la conception, mais les répétitions vont avoir lieu principalement dans un restaurant (actuellement fermé) qui s'appelle Le Piano Zèbre et qui accepte de nous accueillir gratuitement (à condition qu'on abîme rien, bien sûr ^^). Il y a à l'étage du restaurant une salle qui est destinée habituellement à des concerts assez intimistes dans laquelle se trouvent des canapés, des fauteuils, des petites tables hautes et basses, et donc la possibilité d'aménager l'espace tant qu'on le veut pour imaginer les différents "salons" dans lesquels la pièce pourra jouer. On va se servir de ce lieu pour tester nos "trouvailles" dans plusieurs configurations et pour créer dans un cadre qui ressemble le plus possible à celui dans lequel on ira jouer ensuite.

Qu'est ce qui vous a motivé à faire un financement participatif ?
Le contexte, à 100%. L'année est bien avancée, et à ce stade demander de nouveaux financements aux collectivités pour un projet paraissait irréaliste. On est quand même en contact avec la mairie de Villeurbanne parce qu'on aimerait établir un partenariat avec la ville pour pouvoir financer le fait d'organiser une sorte de tournée gratuite pour les habitants, mais pour ce qui est des répétitions et de la conception on ne pouvait pas se permettre de demander leur participation alors qu'ils sont déjà sollicités pour nos créations "traditionnelles". Et puis, comme le spectacle part vraiment d'une envie de solidarité et de créer du lien, on s'est assez vite dit que l'idée d'un financement participatif était cohérente et pouvait amener à faire connaître le projet par le prisme de la solidarité plus que par l'idée d'un projet qui doit se vendre et être acheté.

Vous espérez jouer votre spectacle Murmure directement auprès des personnes âgées. Comment comptez-vous vous organiser et pourquoi ciblez-vous particulièrement ce public  ?
En réalité cette idée de cibler les personnes âgées est venue après l'idée du spectacle. On voulait faire une forme chez l'habitant, ça c'était sûr. Et puis à force de parler de ce qu'on voulait faire on s'est dit que le plus pertinent serait de viser des publics isolés et qui souffrent particulièrement de l'isolement et du confinement. C'est progressivement devenu évident que notre forme prendrait tout son sens si on l'emmenait gratuitement chez les personnes âgées isolées, pour leur offrir un peu de répit loin des angoisses du covid en habitant avec eux leur confinement et leur solitude.
On ira sûrement voir d'autres publics, tout.e.s ceux qui le veulent, d'ailleurs, mais dans notre objectif d'un forme gratuite chez l'habitant, c'est cette population fragilisée et isolée qui nous paraît être la plus "en besoin" d'un moment comme celui-là.

Selon vous, le théâtre remplit-il un rôle social important dans le contexte que nous traversons ?
Le théâtre fait partie à mon sens de ces disciplines qui ont la capacité d'endosser un rôle social quel que soit le contexte. En temps de covid, en revanche, je ne suis pas sûre que ce soit encore possible, mais on se doit d'essayer. Pour moi ce qui fait la force sociale du théâtre c'est sa capacité à créer de l'évènement et du vécu collectif. Quand on ne peut voir du théâtre que sur un écran, ça n'a plus rien à voir. Ceux qui ont un rôle à jouer, par contre, je pense que c'est justement les professionnels du théâtre, parce que si on abandonne pour de bon la possibilité de rencontrer notre public, il va finir par devenir impossible de recoller les morceaux et de recréer du lien avec eux. C'est évidemment beaucoup plus facile à dire qu'à faire, mais j'ai l'impression qu'on ne nous laisse plus vraiment le choix, et qu'il n'y a plus que nous qui sommes en capacité de réaffirmer l'importance que peut avoir le monde théâtral, et plus largement le monde culturel pour notre société.

Quel est l'état d'esprit des comédiens de la compagnie Télémaque dans la période que nous traversons ?
Il est pourri. On tient bon, on espère très fort, on continue le travail et on essaye comme on peut de prévoir et de préparer la saison qui arrive (on a déjà baissé les bras pour ce qui est de la saison actuelle). Mais honnêtement c'est compliqué. L'absence de temps de travail collectif, de pratique de nos métiers et de moments en équipe est très violente pour le moral.
En tant que metteuse en scène de la compagnie, mon boulot aujourd'hui se résume à être en "télétravail" sur mon ordinateur, à ne rencontrer aucun professionnel, à ne jamais répéter et à faire des dossiers et des budgets, donc à ne pas être metteuse en scène. Comme on est une petite et jeune compagnie, on n'a pas les moyens de sécuriser nos équipes ou de s'organiser autrement qu'en attendant qu'on veuille bien nous laisser faire, c'est assez plombant.
En tant que comédiennes et danseuses, on passe notre temps à chercher du travail et à postuler pour des projets qui n'aboutiront peut-être jamais et à se demander si on va trouver le moyen de s'en sortir financièrement, c'est pas tellement plus réjouissant. On se raccroche à tout ce qu'on peut faire dans l'immédiat et on continue de s'entraîner et de pratiquer comme on peut, quitte à danser dehors ou à travailler des textes dans le vide, mais c'est usant et on tourne vite en rond.
Bref, on peut pas dire que ce soit le printemps dans nos têtes, mais on tient bon en se répétant en boucle que ça va finir et en se préparant comme on peut pour la reprise.
C'était le moment joyeux de l'interview :-)

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Qu'on a bien hâte de créer ce projet, et qu'on espère qu'il permettra à notre public de s'évader et de respirer autant qu'il nous le permet. Coeurs, chocolats et câlins distanciés à tout.e.s ceux qui n'en peuvent plus !

Merci à La Compagnie Télémaque d'avoir répondu à notre interview !
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Note d'intention

Murmure” est né avant tout de notre envie de créer un instant de douceur.

Nous voulions réinvestir l’espace de vie de notre public, dont nous sommes privées en ce moment, pour y amener du réconfort et de l’intime.
Une citation bien connue résonne alors en boucle : “J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne” ; comme un résumé de notre solitude nouvelle.

C’est cette solitude que nous voulons visiter, raconter et partager avec notre public.C’est pourquoi nous avons choisi une forme épurée, un corps et une voix, pour raconter ce qui peut exister comme relation entre l’espace de vie et l’espace intérieur.
Tandis que la voix explore tout ce que notre espace intérieur peut offrir quand on est isolé.e du reste du monde, le corps se reconnecte avec son lieu de vie, l’investit, crée avec lui de nouvelles relations.

Au fil de nos réflexions, un public prioritaire nous est apparu : nous souhaitons créer pour amener notre pièce aux personnes isolé.e.s et fragilisées par les évènements de ces derniers mois. C’est pourquoi nous cherchons à faire écho à ce que ces personnes ont pu éprouver dans leur solitude, en y apportant de la lumière et du doux.

Murmure” est avant tout pensé comme un mot doux dit à l’oreille de celleux qui ont trop été enfermé.e.s chez elleux, pour recréer un lien plus léger et plus aimant entre elleux et leur espace de vie.

interview Spectacle Crowdfunding

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