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Les coloristes animent le design des voitures Renault

Maxime Lopes Par Le mardi, 22 février 2022 à 18:50 0

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Si l’Orange Valencia, couleur de lancement de la cinquième génération de Clio a tant marqué les esprits à sa sortie en 2019, c’est surement parce qu’il s’agissait du tout premier vernis coloré orange de l’histoire produit en grande série. Cette touche inimitable a été développée par Raphaël, coloriste au Design Renault. À l’aide de pigments, de nacres et autres aluminiums, ce technicien de la couleur conçoit chaque année entre 15 et 20 teintes dans son atelier. A vos pinceaux. Prêts ? Peignez !

Aujourd’hui, un véhicule Renault est décliné, en moyenne, en sept teintes. Nuances, contrastes, reflets, aspect mat, satin ou métallisé, rien n’est laissé au hasard.

Un arc-en-ciel d’inspirations

Rattaché au Design Renault depuis 21 ans, Raphaël a d’abord été peintre pendant 10 ans avant de devenir technico-coloriste. Concrètement, il compose les teintes qui habilleront les voitures à leur sortie d’usine. Au sein du Technocentre, le siège du Design Renault, Raphaël dispose d’un laboratoire pour choisir ses pigments colorés et de trois cabines de peintures pour appliquer et tester ses mélanges.

En réalité, le coloriste, c’est d'abord un artiste !

Au départ, Raphaël reçoit plusieurs indications de la part du designer couleurs et matières. C’est lui qui pose le cadre de la teinte à préparer et donne la première impulsion. « On me dit s’il faut un bleu plus ou moins clair ou foncé, en fonction du véhicule, et je fais à ma sauce » explique Raphaël.

De nombreuses questions se posent à ce stade de la conception : s’agit-il d’un véhicule produit en série limitée ? Auquel cas, il faudra créer une teinte « image » à faible durée de vie. Ou bien d’une teinte stratégique, plus durable ? À quel type de carrosserie est-elle destinée ? C’est à partir d’un cahier des charges bien fourni et d’un moodboard d’inspiration que Raphaël entreprend ses recherches.

La priorité pour le coloriste, c’est de trouver des idées neuves avant de produire un premier rendu qu’il fera valider au designer. Pour ce faire, il utilise des moyens de calibrage très précis permettant de doser ses mélanges. « Ça arrive que je tape dans le mille, directement » assure Raphaël. Dans ce cas-là, une journée suffit largement à valider la teinte. « Mais la plupart du temps, il faut de nombreux allers-retours avec le designer pour définir la teinte souhaitée. »

Une pincée de pigments rouges

Que trouve-t-on dans les tiroirs et sur les étagères de ce magicien de la couleur ? Pas de potion magique ni de vieux grimoires, mais des pigments. Beaucoup de pigments ! « J’en ai des bruts, qu’on trouve uniquement dans les industries de chimie. D’autres qu’on trouve dans tous les garages. Je mixe les deux pour obtenir les bonnes teintes ». Organiques il y a quelques années, les pigments sont désormais synthétiques et comptent une multitude de variétés en provenance des Etats-Unis, du Japon ou encore d’Allemagne. Avec les aluminiums et les nacres, les pigments constituent les ingrédients indispensables de la composition d’une teinte.

Plusieurs grandes familles de teintes existent : les opaques ; les métallisées ; les nacrées ; les tri-couches (composées d’une couche opaque, d’une couche nacrée et d’une couche de vernis) et les vernis colorés.

C’est un peu comme une recette de cuisine... Sauf qu’à la fin, on ne lèchera pas la cuillère ! Est-ce que j’ajoute une grosse paillette ? Une fine ? Quelle couleur dois-je associer à telle autre ? Faut-il que j’utilise un aluminium coloré ou un vernis ? Le but, c’est de toujours faire naitre quelque chose de nouveau et d’harmonieux.

Si trois à huit ingrédients suffisent à définir une teinte, le résultat escompté s’obtient à partir de leur dosage. Cela peut nécessiter la réalisation d’une douzaine de propositions de teintes différentes. Il faut dire que les possibilités de combinaisons sont quasi infinies. « Je ne peux pas me permettre de partir dans tous les sens » prévient Raphaël. « Il faut faire du beau et abordable. Quelque chose d’abouti et de facilement répétable. Le but c’est bien sûr de plaire au plus grand nombre mais les coûts rentrent pas mal en ligne de compte. »  

Le rendu final est ensuite obtenu par l’adjonction d’un vernis, le plus souvent brillant. En ajoutant de la résine au mélange, Raphaël peut également faire varier le teint, du mat au satiné. Parmi les dernières trouvailles de Raphaël, le Glass Flakes est un ingrédient composé de microbilles de verre qui, une fois ajoutées au mélange de base ou au vernis, permet à la peinture de mieux refléter la lumière.

Galbe : opération séduction

Après avoir « cuisiné ses pigments » et obtenu l’aval du designer couleurs et matières, Raphaël entre dans une phase plus technique. Il s'agit de reproduire fidèlement sa teinte en "première monte". Raphaël interagit alors avec un fournisseur en charge de "contretyper" la teinte à partir de critères industriels. L’étape prend environ huit semaines. Le résultat est appliqué sur un galbe : une tôle assez imposante qui permet de prendre la lumière selon l’angle et la source lumineuse. Cela donne un bon aperçu du rendu final. Pour se rassurer et obtenir l’approbation des équipes projet, Raphaël peut appliquer la teinte sur un véhicule à l’échelle 1. Enfin, en usine, des robots reproduisent la couleur à l’identique selon des procédés de pulvérisation et de pression très précis.

Un an et demi peut s’écouler entre la création d’une teinte et son application sur une chaîne de montage. Cependant, certains coloris comme l'Orange Feu d’Alpine ont nécessité cinq fois plus de temps (huit ans, pour être exact) avant de voir le jour.

Pour immortaliser son œuvre, Raphaël fait une dernière fois appel à son imagination en donnant un nom à la teinte qu’il a créée. L’appellation « Bleu Zanzibar » - une teinte inaugurée sur Arkana - s’inspire par exemple de l’un de ses souvenirs de vacances : « C’est l’évocation du sable blanc, de la couleur de l’eau et d’un ciel menaçant. »

De l’orange précurseur au bleu présidentiel

Parmi toutes les teintes composées par Raphaël, certaines sont devenues iconiques. Elles ont marqué les esprits et leur temps par leur audace, leur caractère novateur ou simplement leur beauté.

C’est le cas de l’Orange Valencia, lancé avec la cinquième génération de Clio. C’est à ce jour le premier et le seul vernis coloré orange de l’histoire de l’automobile proposé en grande série. Combiné à une sous-couche de couleur différente, ce vernis donne à la teinte une saturation plus vive et profonde. « On était déjà un peu précurseur dans les vernis colorés avec le Rouge Flamme » se rappelle Raphaël. « L’idée était de comprendre comment faire aussi bien, voire mieux, sur le modèle qui lui succèderait, en cherchant de l’originalité. » La difficulté, c’est que toutes les teintes ne vont pas à toutes les caisses, ni à tous les volumes. Une carrosserie aux volumes ronds et généreux comme celle de Clio ira de pair avec une teinte puissante et saturée comme le Rouge Flamme. Tandis qu'une carrosserie avec des volumes plus tendus, comme celle de Nouvelle Mégane E-TECH Electric, sera davantage mise en valeur par une teinte métallisée, avec des nuances de gris, à l'image du Gris Schiste.

Enfin, certains coloris plus raffinés ou consensuels se marient facilement avec d’autres typologies de véhicules. Le Bleu Nocturne fait partie de cette catégorie. Il est proposé sur Nouvelle Mégane E-TECH Electric, Zoé, mais également l'Espace du Président de la République.

La couleur, une espèce en voie de disparition ?

« Pendant une dizaine d’années j'ai travaillé sur des teintes très saturées, très colorées. Des teintes qui se remarquaient » confie Raphaël. « Je suis un adepte de la couleur. Moins il y a de blanc, de noir et de gris, mieux je me porte ! En fait, c’est tout le reste du spectre que je souhaiterais voir plus souvent dans la rue. Mais le monde actuel a tendance à s’uniformiser. »

Une enquête réalisée il y a un an par Axalta (spécialiste en peinture automobile) confirmait cette uniformisation des teintes. Selon cette enquête, 81% des véhicules commercialisés dans le monde seraient blancs (38%), noirs (19%) ou gris (15%). Des teintes favorisées par de nombreux constructeurs en raison de leur faible coût de fabrication. « Ces teintes existent depuis des années, pour certaines » précise Raphaël. « Elles sont indéboulonnables. Prenez le blanc Renault : il a plus de 30 ans ! »

Si les palettes de couleurs proposées par les constructeurs sont de plus en plus restreintes, d'irréductibles marchés résistent encore et toujours aux « couleurs neutres ». De par leur culture, certains pays accordent davantage de place à la couleur. C'est le cas de l’Inde, où foisonnent épices et étoffes aux tonalités chaudes. En 2020, Renault dévoilait Kiger show-car, annonciateur d'un nouveau modèle spécifique au marché indien. Développée spécialement pour ce modèle, la teinte Aurora Borealis avait la particularité de changer d’aspect selon la lumière et l'angle depuis lequel on l’observait. Elle alliait reflets bleu-violet et touches de vert fluo.

Il y a quelques années encore, les coloristes créaient des teintes transversales. C’est-à-dire qu’elles étaient utilisées par plusieurs marques du groupe. Aujourd’hui, chaque teinte est exclusive à un constructeur, voire même à un modèle de voiture. Et chaque marque a son identité propre, avec un univers visuel bien à elle. « Dacia se démarque avec des nuances de vert, par exemple, et un registre proche de la nature » précise Raphaël. « Tandis que l’univers d’Alpine gravite autour du bleu qu’on réinvente sans cesse. »

En ce qui concerne Renault, « nous partons aujourd’hui sur des teintes très recherchées et subtiles » confie Raphaël. « On garde une part de teintes un peu saturées, mais on cherche également des tons plus sophistiqués, plus “métal” parfois. On s’oriente vers des couleurs un peu plus riches ».

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