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Valérian MacRabbit : un écrivain ouvert sur le monde

En plus d'être chanteur, Valérian MacRabbit est également écrivain. Il a récemment sorti deux ouvrages : un tour du monde avec Wanderlandz et Les Pangolins de Dakar, sur les persécutions à Dakar. On le retrouvera également fin octobre 2020 dans un projet de groupe, Chems.

Valérian MacRabbit

Un tour du monde dans le livre Wanderlandz

Résumé :
A mi-chemin entre le récit de voyage et le roman d’aventure, Wanderlandz prend l’allure d’une déambulation poétique, d’une invitation au vagabondage et à la fugacité, ou peut-être encore d’un étrange jeu de piste aux confins de la réalité et de la fiction.

Depuis l'album The Freak Parade, vous avez publié deux romans. D'où vous est venue cette soudaine passion pour la littérature ?
Elle n'est pas tout à fait soudaine car j'ai étudié puis enseigné la littérature pendant une dizaine d'années. J'avais également publié un premier roman, Bâton de Réglisse, en même temps que The Freak Parade. Mais en travaillant, on perd parfois un peu de vue ce qui nous est essentiel. J'ai pu me reconnecter à l'écriture lorsque j'ai commencé à voyager, et à ma grande surprise de façon assez prolifique.

Pouvez-vous nous présenter le livre Wanderlandz ?
J'ai écrit ce récit enfermé à Hoi an, au Vietnam, en pleine mousson, quelques mois après avoir commencé un tour du monde musical. C'est un récit autobiographique et géographique, où chaque chapitre nous invite dans un endroit du monde, une scène, une intimité. Il y a aussi une part de réflexion, d'introspection : j'essaie de proposer un regard différent sur l'Homme, plus positif, tout en jouant avec les stéréotypes.

Aimez-vous voyager pour puiser vos inspirations ?
Les deux vont de pair. Mes romans sont toujours liés à un "sentiment géographique" : Bâton de Réglisse s'inscrit dans la culture vietnamienne, qui est celle de ma famille maternelle et Les Pangolins de Dakar a été écrit entre le quartier de BCEAO et La Somone. Lorsque je voyage, je passe beaucoup de temps à marcher, à me perdre, à explorer. Cela me fournit un matériau sensible pour créer le cadre de mes histoires.

Est-ce qu'il y a un endroit qui vous a particulièrement inspiré ?
L'Inde reste l'endroit le plus inspirant à mes yeux. C'est un pays surnaturel, où l'on change de logique, de façon d'être. J'ai dans ma besace un manuscrit écrit à Pune et qui se déroule à Hyderabad, où j'ai vécu quelques mois. Il y sera question de folie, de naïveté et d'étrange, à l'image de ce que représente le pays à mes yeux.

La musique n'est jamais bien loin, puisque un album dérivé du livre Wanderlandz a également vu le jour. Qu'est ce qui vous plait dans ce format hybride ?
C'est vrai que chacun de mes livres est associé à une bande originale. Il y a souvent de la musique, comme une bande-son de film, dans ma tête lorsque j'écris ou quand je rêve. J'ai longtemps pensé que c'était le cas pour tout le monde ! Lorsque j'ai écrit Bâton de Réglisse, j'ai posé pour la première fois sur un petit synthétiseur ces mélodies qui venaient de l'inconscient et qui m'avaient accompagné durant l'écriture du roman : elles ont donné naissance un petit EP instrumental intitulé House of the Crying Clowns. Pour Wanderlandz, qui est le récit d'un tour du monde musical, j'aimais l'idée de proposer en plus du livre une compilation des chansons enregistrées, et dont certaines laissent entendre la voix des personnages.

On a pu découvrir tout un projet visuel avec Wanderlandz : vidéos, exposition de photographies... Quelle place occupe l'univers visuel dans vos projets artistiques ?
Je suis sensible aux atmosphères, aux esthétiques en tant que voyageur mais aussi en tant que créateur. J'aime créer des projets assez typés, que ce soit l'univers du cirque et des monstres dans The Freak Parade, ou encore celui des films d'horreur asiatiques dans Bâton de Réglisse. La photo, l'art et la vidéo sont un prolongement naturel de cet effort. Petit, je rêvais de devenir réalisateur de vidéoclip : lorsque j'entendais une chanson, je visualisais les images que j'aurais aimé y tourner. Cela me semblait un rêve complètement inaccessible ! J'ai eu la chance de pouvoir co-réaliser deux clips, et le processus m'a toujours semblé un peu magique : concrétiser la fantaisie que tu as à l'intérieur de ta tête pour en faire un véritable média auquel tout le monde peut accéder ! C'est vraiment un domaine que j'aimerais approfondir dans les années à venir.

Peut-on en savoir plus sur le kit pédagogique du projet Wanderlandz et qu'avez-vous apprécié dans ce concept ?
Lorsque tu termines l'écriture d'un roman, ta première option est généralement de prendre contact avec des éditeurs, souvent parisiens, pour leur soumettre ton texte. Étant alors sur les routes, j'ai écarté cette possibilité : c'est un milieu qui me semblait assez lointain, avec beaucoup d'entre-soi ; de plus, le marché est assez saturé et j'ai toujours eu l'impression que les livres s'étouffaient les uns les autres dans les étals des librairies. Je préfère faire les choses plus artisanalement. Nous avons ainsi, avec deux collègues professeures de littérature, expérimenté pendant un an des activités pédagogiques sur Wanderlandz pour des classes de 2nde et de 1ère. Suite aux retours très positifs des élèves, nous avons créé un dossier à destination des professeurs : le livre est ainsi étudié en lycée depuis sa sortie. Cela fait sens : je suis sensible aux fait que des adolescents puissent découvrir un autre regard sur le monde à travers ce récit.

En parlant de projet pédagogique, on vous retrouvera bientôt dans Chems et la parade du Ciel Feu ; qui sera à découvrir sur Divertir. Vous adresser aux plus jeunes est quelque chose qui vous plait ?
Je ne me pose jamais vraiment la question de la cible au moment de l'écriture. Ce qui m'intéresse, c'est la création, c'est de moduler mon esthétique sur différents registres, différents environnements et différents genres. Ceci dit, l'enfance est un moment déterminant pour la construction de soi et écrire un conte m'a forcément poussé à me poser la question de ce que je souhaitais transmettre. Comme tu le verras bientôt, les sujets abordés dans Chems ne sont pas forcément des plus communs, et c'est bien la raison pour laquelle j'ai écrit ce conte.

Les Pangolins de Dakar : une fiction réalité au Sénégal

Résumé :
Cracher une colombe à la face du fondamentalisme : tel est le rêve de Babacar, leader charismatique d’une petite communauté LGBT aussi fêtarde que révoltée à Dakar.
Trois semaines durant, le journal tenu par Florian, touriste français au Sénégal, retrace les différentes étapes de la mise en œuvre « d’un coup de poignard dans le ventre mou de l’Histoire » aussi galvanisant que périlleux : le projet d’organiser à Dakar la première Gay Pride d’Afrique de l’Ouest.

Parlons maintenant de votre livre Les Pangolins de Dakar. D'où vous est venue l'idée de parler des persécutions d'homosexuels au Sénégal ?
Comme toujours, le livre est à la lisière de la réalité et de la fiction. Je suis parti à Dakar en 2018 et ai commencé à rédiger un simple journal de bord qui correspond à la première partie du roman. Puis j'ai été amené à rencontrer des homosexuels qui m'ont raconté leur quotidien. Je savais que les choses étaient compliquées en Afrique de l'Ouest mais ces récits m'ont glacé le sang. Dès lors, le projet a changé de direction : enquêter autour de cette question plus que transgressive au Sénégal est devenu le fil rouge de mon voyage.

Avez-vous pu échanger avec des Sénégalais homosexuels pour préparer cet ouvrage ?
Surtout des expatriés, africains ou européens. Les Sénégalais s'exposeraient énormément à évoquer ce sujet. C'est une des difficultés évoquées dans le roman : les discours d'acceptation sont souvent portés par des étrangers, ce qui donne parfois l'impression aux Sénégalais que l'homosexualité est un fléau importé de l'Occident et contre lequel il faut lutter sous peine de se voir acculturer. C'est un amalgame assez fréquent, et les séquelles laissées par la colonisation n'aident pas.

C'était important de suivre le parcours d'une communauté, tel qu'on peut suivre Babacar ?
Ce qui est important en littérature, c'est de parler de ce dont on ne parle pas. Il n'y a pas d'intérêt à raconter des choses qui ont déjà été racontées mille fois. En faisant des recherches sur l'homosexualité au Sénégal, je n'ai eu accès qu'à une purulence d'articles à scandale. Les homosexuels n'ont tout simplement pas de tribune pour se faire entendre. Mon statut d'étranger me permet d'évoquer la question sans prendre autant de risques que les locaux.

Sans spoiler le livre, quelle est l'ambiance de la communauté LGBT à Dakar ?
Il n'y a pas de communauté car assumer son identité homosexuelle n'est pas une option, sous peine de répression policière et sociale. Il n'y a que des électrons isolés qui, s'ils ne se dissimulent pas suffisamment, sont violentés et persecutés parfois jusqu'au meurtre.

Dans quelles conditions s'est déroulée la première Gay Pride d’Afrique de l’Ouest et comment a-elle été accueillie ?
C'est tout le propos du livre : raconter l'organisation difficile de cette Gay Pride. Il n'est pas dit que le projet ait été un succès.

Dans le monde en crise et individualiste que nous traversons, peut-on réellement agir contre les persécutions de minorités ?
C'est une vision très sombre du monde ! Dans tous les cas, ce n'est pas au peuple français de changer les choses au Sénégal. S'informer, ouvrir le débat, comprendre l'autre serait déjà un premier pas. Les frontières entre le Sénégal et la France, du fait de notre passé historique et d'un grand nombre de familles à cheval sur les deux pays sont assez perméables. Ce qui se dit en France est souvent entendu, et avec beaucoup de sensibilité, au Sénégal. Le contraire n'est pas forcément vrai : peut-être pourrions nous commencer par nous intéresser, avec humilité, à ce qui dépasse le cadre de nos frontières.

D'où vient la référence aux pangolins ?
Comme toujours, le roman est empreint d'une légère touche de surnaturel, de réalisme magique. J'ai eu le besoin de créer une mythologie autour de ces homosexuels sénégalais qui, persécutés comme les pangolins, se roulent en boule sous les coups sans riposter, mais résistent sur la durée. Le reste est dans le roman !

Parlez nous du titre The Well et de son clip qui accompagne le livre Les Pangolins de Dakar...
Le titre a été arrangé par des musiciens burkinabés, enregistré à Istanbul, où je vis désormais, et mixé en France. On y trouve de la kora, un instrument de l'Ouest africain que j'affectionne particulièrement. C'est un titre très doux, qui évoque le fait de s'éteindre en paix et de se rendre à la nature, comme un épilogue serein aux Pangolins. Le clip a été tourné sur les toits d'Istanbul au cours de la pandémie : il met en abyme la création du livre ainsi que de nombreux passages du roman : l'épisode du bissap et du pain-banane, le tableau de la Grosse Dame, la création de la banderole. Avec toujours une touche de fantaisie, matérialisée par ce cadeau d'anniversaire géant duquel le personnage que je joue tire son inspiration.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Vous pouvez retrouver les Pangolins et mes autres projets dans mon grenier virtuel. Et, en attendant la sortie de Chems et la Parade du Ciel-Feu fin octobre, je serais ravi d'échanger via l'adresse valerian.macrabbit (arobase) gmail.com

Merci à Valérian MacRabbit d'avoir répondu à notre interview !
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Valérian MacRabbit - The Well

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