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Valentin : l'album Peinture Fraiche

Empreint d’influences aussi diverses que celles de Serge Gainsbourg, Alain Bashung, Bernard Lavilliers ou, plus récemment, Julien Doré, Feu! Chatterton, Valentin apporte aujourd’hui sa pierre à l’édifice de la chanson française. Alchimiste des mots et des notes, il tisse une musique décomplexée et résolument décalée, tant dans ses thèmes que dans sa forme. Découvrez l'album Peinture Fraiche de Valentin.

Valentin (crédit Isaline Dupond Jacquemart)

Crédit visuel : Isaline Dupond Jacquemart

Est-il possible de nous présenter votre album Peinture fraiche ?
C’est un album aux couleurs variées, chaudes et froides, écrit et composé entre Paris, Nantes, l’Auvergne et Madrid. C’est également un virage musical : après un long processus d’introspection, j’ai été convaincu, plus que jamais, que la langue française pouvait être chantée, tordue, malaxée. J’ai écouté des gens parler de la musique, notamment Gainsbourg qui disait que “la chanson française est à faire” aujourd’hui.
Alors je me suis attelé à la “faire”, cette chanson française. A ne pas me cantonner à de trop prosaïques tourments, à offrir à ceux qui m’écoutent le droit d’une bouffée d’air frais, d’un peu de réflexion, de rires aussi. Puisque le monde qui nous entoure n’est pas toujours très enthousiasmant à voir, j’ai voulu le fabuler, le peindre sous un nouveau jour, prend un point de vue inhabituel, à la façon de Francis Ponge en poésie.
Vous y trouverez donc notamment l’histoire d’un stylo à l’ère de l’écriture numérique, de fichiers d’ordinateurs priant pour rejoindre le cloud ou encore l’histoire du perroquet Coco qui vit avec un bègue.

L'album a été créé entre la France et l'Espagne et vous avez indiqué que vous avez également composé la nuit. C'est important de sortir à ce point du train-train et de pouvoir s'évader pour imaginer un titre ?
J’aime pratiquer ce que j’appelle la « création des interstices ». J’aime créer dans ces petits instants que ma vie, souvent chargée, me laisse. La contrainte, notamment temporelle, a parfois quelque chose d’extrêmement positif pour la créativité. Ça peut être la nuit, ce temps que l’on tente de voler. La vie à Madrid avait cela de fabuleux que composer la nuit devenait presque normal tant les rues madrilènes sont vivantes, même en pleine semaine, à 3h du matin. Je me sentais moins marginal !
Concernant cette nécessité de « l’évasion », je ne sais pas s’il y a une règle et je pense que l’on peut créer « en chambre ». Mais je constate qu’avoir écrit et composé cet album dans des villes et régions extrêmement différentes m’a aidé à poser le regard décalé sur le monde que j’avais en tête pour mon projet.

Vous avez dit que vous aviez envie de dépoussiérer la chanson française, quitte à prendre quelques partis pris (sur votre EP par exemple). Ca veut dire qu'on écoute trop souvent le même style musical et que les artistes ont du mal à se renouveler ?
Il n’y avait pas de jugement de valeur là-dedans et il y a de très belles choses qui se font présentement sur la scène française, avec certains artistes qui commencent à bénéficier d’un véritable succès critique et public : Feu! Chatterton, Flavien Berger, Odezenne ou, dans une moindre mesure, GRAND BLANC. Ces artistes sont extrêmement inspirants et enthousiasmants. Se dire que l’on peut se faire plaisir musicalement sans oublier d’usiner patiemment les mots que l’on emploie.
Je suis un peu plus triste de constater néanmoins que ces artistes ont un peu plus de mal à être diffusés régulièrement dans les média, surtout audiovisuels, malgré de grosses salles de concerts et de beaux articles qui leur sont consacrés.
Or, je trouve que ce qui est massivement diffusé au « grand public » est généralement moins ambitieux artistiquement, oui.

Vous jouez de la guitare depuis vos 12 ans, qu'appréciez-vous dans cet instrument et comment avez-vous souhaité l'utiliser dans vos compositions de l'album ?
C’est un instrument qui m’a rapidement parlé. Qui, si on s’exerce sérieusement, permet de progresser rapidement pour reprendre les morceaux qui nous plaisent puis composer. J’ai commencé par le monde de la guitare électrique avant de m’orienter vers des sonorités plus folks ou manouches.
Même si je compose maintenant en bonne partie au clavier, j’ai une plus grande aisance sur ma guitare lorsqu’il s’agit de peaufiner des mélodies ou travailler des harmonies.
C’était en plus un plaisir que de pouvoir enregistrer des guitares sur de magnifiques amplis ainsi que des micros légendaires, tels que des Neumann U87 datés de 1971, lorsque j’étais au studio The Office / The Artist. Ca donne une dimension nouvelle aux morceaux !

Parlez nous du titre Stroboscopé et du tournage de son clip...
Stroboscopé relate la soirée d’un jeune homme relativement solitaire. Il se fait violence pour se rendre dans un bar de nuit où il espère trouver quelques âmes encore vivantes. Trop rationnel, emprisonné dans son malaise, il fait le choix de l’ivresse pour se libérer de ce carcan et réussir à placer sa « cervelle hors de sa boîte ».
Stroboscopé, c’est également l’histoire d’un malentendu, d’une rencontre avortée, l’histoire de corps qui reprennent leur autonomie, de membres désarticulés, d’une régression vers une certaine part d’animalité.
Dès le départ, j’ai voulu créer un clip collant à l’atmosphère du titre : le monde de la nuit, dans un bar/club. Je voulais que les figurants soient le plus naturels possible donc, en somme, qu’ils vivent une véritable soirée. C’est grâce à Margot et Bruno, du bar « La Bonne Excuse », que nous avons pu réaliser tout ça, puisqu’ils ont mis le lieu à notre disposition le temps du tournage. Avec quelques verres et une délicieuse playlist des années 2000, tout le monde s’est vite immergé.
Au-delà du scénario, ce clip est empreint d’un parti pris stylistique assez fort, où l’attention à la direction photographique tient une place importante. Le but recherché est que le spectateur sente la pression, l’oppression, qui pèse sur le personnage - que j’incarne dans le clip. On y trouve donc de nombreux plans serrés sur des visages méprisants, dédaigneux. Avec Laurent, nous avons tenté de transmettre l’empathie que j’ai pour ce personnage, par des scènes à l’allure dramatisante, à la limite du poncif cinématographique.
L’idée était ensuite de profiter de cette mise en images pour mettre l’accent sur la désarticulation, l’émancipation du corps et le malaise que celui-ci peut produire pour quiconque le contemple. Enfin, pour illustrer mieux que jamais le titre, Stroboscopé, nous avons joué avec la lumière, la fumée sur le tournage, puis au montage, pour communiquer le sentiment de vertige ressenti par mon anti-héros.

Selon vous, en quoi est-il important que les artistes s'emparent de sites de crowdfunding pour la réalisation de leurs projets comme ça été le cas pour Peinture fraiche ?
C’est un très bon moyen pour avoir la main sur son projet, quand on décide de le mener de A à Z comme moi, de l’écriture au tournage des clips. D’une part, vous créez un beau moment avec votre communauté autour de cette aventure, et d’autre part cela vous permet d’aller plus loin dans l’aboutissement de votre promesse artistique grâce au soutien financier de vos auditeurs : production de meilleure qualité, collaboration avec une attachée de presse, plus de moyens pour le tournage des clips.

Comment avez-vous connu Petosaure et avez-vous décidé de faire un featuring sur Coco & la papaye, car il a son univers à lui et comment va évoluer votre collaboration ?
J’ai connu Petosaure en studio il y a bientôt 4 ans maintenant, à l’époque où ils enregistraient leur premier album et moi mon premier EP. J’ai pris une immense claque musicale à l’époque. Je les ai suivis en concert, dès le départ, avec mon appareil photo ou ma caméra à la main, et ce jusqu’en première partie de La Femme, à L’Astrolabe (Orléans).
Au fil du temps Benjamin - le grand sorcier de Petosaure - et moi échangions régulièrement sur nos avancées musicales. Il avait eu un coup de coeur sur mes premières maquettes de Coco & La Papaye, qui raconte l’histoire d’un perroquet vivant avec un bègue. Un jour, il m’est apparu comme évident que cette histoire à deux personnages se prêtait parfaitement à un duo un peu fou. Alors, pour moi, Benjamin s’est fait perroquet, et c’est un honneur.

D'où vient l'idée du perroquet Coco qui suit cette aventure et quelle place occupera-il sur le clip qui est prévu ?
J’aime assez l’idée d’avoir un fil conducteur dans l’univers d’un artiste. C’est donc Coco qui a pris très naturellement cette pla-place. Il est très aimé. Je pense qu’il aura une grande carrière.
Quant au clip, la surprise est entière ! Je garde un peu de mystère, le clip est en cours de montage.

Peut-on en savoir plus sur l'artwork de Peinture fraiche ?
La pochette de l’album est le fruit d’une riche collaborations avec deux talents. D’abord, nous avons organisé une belle séance photo avec Isaline Dupont Jacquemart sur mes terres chéries de Haute-Loire, en Auvergne. Ensuite, c’est Anaïs Armandy qui s’est patiemment occupée de travailler l’aspect graphique de la pochette en y introduisant la notion de « peinture fraîche » qui m’était chère. Je les remercie infiniment toutes les deux !

Comment imaginez-vous votre release party à Paris et qu'appréciez-vous dans les échanges avec le public ?
Ce sera un beau moment de rencontre et d’échange, notamment avec toutes les personnes qui ont soutenu l’album sur Ulule. On a donc préparé un beau concert pour l’occasion avec quelques petites surprises. J’espère évidemment y rencontrer de nouvelles têtes inconnues, ce qui est toujours source d’un grand plaisir !
C’est un moment essentiel, la scène. C’est là que les morceaux prennent vie autrement, qu’ils évoluent, qu’ils changent parfois radicalement de forme selon le contexte. C’est aussi le moment où l’on peut constater l’effet des mots et des notes dans le regard des gens, dans leurs yeux.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
J’ai envie de remercier pour de bon toutes les belles personnes qui m’accompagnent dans ce projet depuis des mois voire des années pour certaines. C’est grâce à vous que cet album a pu concrètement voir le jour dans de bonnes conditions aujourd’hui.
Pour les autres, je vous donne rendez-vous en concert, soit le mardi 11 décembre au Klub, soit en début d’année prochaine dans d’autres salles parisiennes avant, je l’espère, de pouvoir porter ma musique dans d’autre villes.
En attendant, profitez de l’album qui est disponible sur toutes les plateformes de streaming et de téléchargement.

Merci à Valentin d'avoir répondu à notre interview !
Retrouvez le également sur Facebook.

Et pour aller plus loin... En ce moment :

- dans ma playlist : Flavien Berger - Contre-Temps
- le film / la série que j’affectionne : Lawrence Anyways / Peaky Blinders
- le sport que je pratique : la scène. Sinon c’est la salle de sport ;-)
- la destination où j'aimerais voyager : retourner en Islande en plein hiver

VALENTIN - STROBOSCOPÉ

interview Musique

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