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Vadim Vernay prépare l'album Hang Tight

Maxime Lopes Par Le mercredi, 20 avril 2022 à 22:06 0

Dans Culturel

Artiste inclassable, imprévisible, le musicien Vadim Vernay nous invite à fêter en avant-première la sortie de Hang Tight.

Vadim Vernay (crédit Ludo Leleu)

crédit photo : Ludo Leleu

D'où vient votre passion pour la musique ?
J’ai commencé la musique tout petit, lorsqu’on a mis une batterie entre mes mains. Ça ne m’a pas quitté depuis. J’ai d’abord été batteur dans pas mal de groupes, du rock, du trip hop, du free jazz, toujours de la compo en tout cas. Et puis dans les années 90 l’ordinateur est arrivé. Ça a été une révélation qui m’a permis de lancer mon projet solo.
D’où ça vient, je ne saurais dire… J’ai toujours ressenti le besoin de m’exprimer, par l’écriture, la peinture ou le dessin, la photo. A un moment il a juste fallu faire un choix et c’est sur la musique que je me suis concentré. Mais créer un album, ça convoque aussi tout le reste, de la réflexion autour des visuels à la réalisation des clips vidéo.

Pouvez-vous nous présenter votre album Hang Tight et son univers ?
Hang Tight est mon quatrième album. Mes deux premiers albums étaient dans une veine plutôt electro (abstract hip hop, jungle, expérimentations…). Avec It Will Be Dark, mon 3ème album, j’ai voulu bousculer tout ça et, en quelque sorte, arrêter de me cacher derrière des samples appartenant à d’autres. Je suis passé à la voix et aux textes (anglais). Le projet à clairement pris une orientation indie rock.
Hang Tight est un album de textes et de voix. Mes albums sont plutôt des parcours. Chaque morceau a vraiment un caractère unique. Ce n’est pas une collection de 12 titres rocks ou électro. Le premier single, How, est très proche de l’univers d’un Tricky, mais c’est l’un des rares titres de l’album vraiment marqué electro. D’autres morceaux regardent vers Leonard Cohen, Tindersticks ou Black Heart Procession. En fait, je recherche des morceaux qui ont une âme.

D'où vient votre inspiration et comment composez-vous ?
L’écriture et la composition de Hang Tight m'ont pris deux ans. A l’origine, j’avais écrit et composé une vingtaine de maquettes. Du coup, sur deux années, l’inspiration c’est juste le fait de prendre le temps d’écouter et de décrypter ses propres sensations face à ce qui t’entoure. Nous étions déjà en période électorale sans perspective, le monde n’allait pas vraiment mieux, même si c’était le « monde d’avant »… Tout cela m’a évidemment nourrit. Et puis parfois, ce sont des choses plus intimes qui vont inspirer une chanson.
Pour la musique, à la différence de mon précédent album, je voulais éviter de figer les choses. Je voulais laisser de la marge de manœuvre pour les musiciens, pour les arrangements, pour la réalisation. A quelques exceptions près, les compos étaient donc très épurées : une ligne de guitare, quelques notes de piano, un vague rythme de temps en temps. Pour les arrangements, avec Louis Morati et Romain Caron, nous sommes allés très vite. A peine quelques jours, car nous voulions garder toute l’énergie pour le studio.

Quels sont vos choix sur le plan instrumental ?
On retrouve la base du rock avec la guitare électrique et la batterie. Il y a étonnamment assez peu de basse dans cet album. Le bas est amené par d’autres instruments : la grosse caisse, la guitare acoustique, le piano… Je voulais également un album plus électrique que électronique. On est donc allé chercher plutôt des sons d’orgues qui vivent et qui vibrent que des sons synthétiques plutôt froids. Ensuite, contrairement à mon précédent album sur lequel il y avait beaucoup de cuivres, Hang Tight est plutôt orienté cordes : de la guitare classique qui est une des trames de l’album, à l’ensemble de cordes que nous avons enregistré pour un des titres. Et puis il y a un long morceau qui ressemble presque à un piano solo…
Mais plus largement, le travail des samples m’a habitué à jouer avec les timbres et les sonorités. Par exemple, il y a bien de la batterie sur plusieurs morceaux, mais elles sonneront toutes différemment, elles auront toutes une direction propre et unique dans l’album.

Que peut-on savoir des invités présents sur Hang Tight ?
Même si le projet est un projet solo, il y a en fait beaucoup d’invités. C’est Hugo Cechosz qui a réalisé l’album. On s’était déjà croisé il y a des années de cela sur les scènes locales, moi je commençais mon projet solo et lui avait lancé un duo rock absolument génial, les Twin Twisters. Il a depuis travaillé avec Eiffel, Miossec, Arthur H, Tété et il est même sur la tournée de Vianney en ce moment ! Ça a vraiment été du bonheur de travailler ensemble, l’impression qu’il comprenait l’album aussi bien et parfois même mieux que moi.
Aux arrangements, il y a Romain Caron avec qui je travaille depuis le précédent album. C’est un guitariste totalement cinglé qui a fondé le duo John Makay, un des groupes phares du Math Rock. Il y a également Louis Morati, avec qui je travaille pour la première fois, un musicien avec une sensibilité impressionnante, capable de faire sonner une batterie, un chœur, un piano ou un orgue ! J’avais beaucoup aimé ce qu’il apportait à ses différents projets (Wolves and Moons, Versus, Cheap Wine).
Ensuite, chaque morceau est une aventure… Marine Bailleul (Gustine, Fakear) a fait des voix et de la harpe sur trois d’entre eux, il y a également Raphaël Chassin (Etienne Daho, Pomme) qui nous a sauvé un morceau à la batterie. Valentine Duteil (Miossec, Alex Beaupain) a enregistré le violoncelle d’un titre emblématique de l’album. J’étais très heureux également de pouvoir retrouver sur un titre Marc Buvry (The Selenites Band) au saxophone baryton. Et puis il y a eu l’enregistrement de l’ensemble de cordes, dirigé par Anthony Leroy (Duo Leroy-Moubarak), pour un des morceaux.

Parlez-nous du titre How...
How est le premier single de l’album. Une première porte d’entrée. Plutôt dans l’esprit trip hop, c’est un des rares morceaux de l’album où l'électro est encore très présente. Ceux qui suivent le projet depuis longtemps, devraient reconnaître l’univers. Mais il intègre également des éléments très rock qui donnent en partie le ton de l’album.
C’est un titre plutôt en colère j’avoue. C’est le constat d’un monde détraqué. Je pense qu’on le fait tous plus ou moins. Et malgré tout on va au travail, on s'endort, on gère sa vie tant bien que mal. Parfois je me demande juste comment on fait… Comment on arrive encore à donner du sens, malgré tout ce qui nous entoure.

Souhaitez-vous nous parler des enregistrements studio de l'album ?
Bout à bout ça doit représenter une vingtaine de jours d’enregistrement qui se sont étalés sur quasiment 6 mois. Tout a été enregistré au Studio Stereobox (Paris), à l’exception de l’ensemble de cordes que nous avons enregistré au Studio Ad Astra Audio (Amiens). Les sessions se sont achevées la veille du premier confinement. A la base nous devions également enregistrer le lendemain, et finalement vu ce qui se préparait, nous avons miraculeusement réussi à tout enregistrer le jour même.
Les principales sessions ont été celles avec Louis Morati et Romain Caron qui a eux deux interviennent sur quasiment tout l’album. Avec les invités ça allait très vite, le plus long était de trouver les disponibilités communes. Ensuite il y a eu toutes les prises voix, mais comme on les a étalées sur quasiment 6 mois, ça n’a pas du tout paru long.
Avec Hugo Cechosz nous étions assez d’accord sur ce qui nous touchait dans les démos que j’avais apportées. Il y avait une sorte d’intimité, une simplicité, un côté imparfait et nous voulions absolument ne pas perdre tout ça. Régulièrement quand on enregistrait, on écoutait rapidement la maquette pour être sûre qu’on gardait l’esprit. D’ailleurs, sur pas mal de titres nous avons conservé des éléments issus des maquettes ou des sessions d’arrangement. Parfois, ça ne sert à rien de chercher à refaire si c’est déjà là…

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
J’en avais déjà réalisé un pour mon 3ème album et si c’est bien mené, c’est un système que je trouve plutôt vertueux. Ça crée des liens très particuliers avec les différents soutiens, que ce soit des amis, des proches, des fans, des inconnus. Je prend également ça comme un moyen d’imaginer d’autres formes artistiques autour d’un même projet. Pour la campagne Hang Tight, nous prévoyons par exemple de créer spécialement un livre illustré par de magnifiques linogravures. Ce sera la première fois que nous collaborerons avec l’artiste Tonton Ringo ou avec le sérigraphe Dr Big Al.
Ensuite, il y a bien évidemment aussi un objectif financier dans une telle campagne. Même subventionné, l’équilibre de ce genre de projet reste précaire. Mais je crois que la finalité principale n’est pas tant le montant de la cagnotte que les forces vives qu’on arrive à mobiliser et rassembler autour d’un projet avant sa sortie.

Que souhaitez-vous proposer au public avec l'album Hang Tight ?
Hang Tight veut dire « tiens bon ». Durant ces cinq années à travailler sur l’album, c’est une petite phrase que je me suis régulièrement répétée. Dans les périodes de doutes ou de galère. En fait, ces deux mots ça permet de se relever après chaque coup dur.

Quel sera l'univers visuel de l'album (artwork, clip...) ?
Pour l’artwork, nous voulions quelque chose qui puisse toucher dès le premier coup d'œil, qui soit comme une évidence. Nous avons donc privilégié la photographie. Au fil de nos recherches, nous sommes tombés sur le travail du photographe Kyle Thompson et ça a été le coup de foudre. Il y a quelque chose de très esthétique dans ses images, qui touche directement et s’adresse avant tout à la sensibilité. Mais elles véhiculent en même temps une ambivalence qui nous intéressait. Nous l’avons donc contacté comme on lance une bouteille à la mer et à notre grande surprise il a accepté ! Nous sommes vraiment très fiers et très heureux de cette collaboration. Mais je n’en dirais pas plus. Rendez-vous dans une dizaine de jours pour découvrir la pochette que nous partagerons en avant-première aux soutiens et contributeurs de la campagne.

Qu'est ce qui vous a intéressé dans le vinyl pour le proposer aux contributeurs ?
En même temps que la musique s’est dématérialisée avec le streaming, le vinyl a connu un boom ces dernières années. C’est un support de plus en plus courant, même s’il devient très compliqué à produire. Pour Hang Tight, la différence c’est que nous n’avons pas conçu un cd pour l’adapter au vinyl, nous avons voulu faire l’inverse. C’est sur vinyle qu’un tel projet prend tout son sens, afin de mettre en valeur les magnifiques images de Kyle Thompson, de donner de la place au texte… Nous avons donc particulièrement soigné le vinyl : marbré transparent rouge, numéroté et limité à 300 exemplaires, dans une superbe pochette double. Évidemment nous sommes conscients que ce n’est pas un support pour tout le monde. Mais nous voulions vraiment offrir un objet à la hauteur de ce projet.

Qu'appréciez-vous dans la scène et avez-vous un souvenir à nous raconter ?
Depuis mon précédent album, j’ai la chance d’être entouré sur scène de musiciens géniaux qui comprennent vraiment l’univers au point d’en faire le leur. C’est une sensation unique de donner vie, avec eux, à un morceau qui n’existait qu’en studio. De sentir une énergie collective se former autour d’une chanson qui à la base vient du plus profond de soi-même. Ça donne une force incroyable !
Un souvenir… Je repense à mon tout premier concert avec le projet Vadim Vernay. Je n’avais sorti que des maquettes, réalisées en solitaire sur un vieux pc. Le Festival de Jazz d’Amiens me propose de jouer. J’ai donc fait signe à une dizaine d’amis musiciens pour ré-interpréter tout ça en live. Nous étions serrés comme des sardines sur la petite scène du Grand Wazoo (un bar mythique d’Amiens), mais c’était génial de sentir pour la première fois mes morceaux prendre vie.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Hang tight !

Merci à Vadim Vernay d'avoir répondu à notre interview !

Vadim Vernay - How

Musique interview Crowdfunding

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