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Trafalgar : l'album Paressence

Maxime Lopes Par Le jeudi, 05 novembre 2020 à 14:58 0

Dans Culturel

L'auteur, compositeur, interprète Trafalgar prépare son album Paressence avec l'aide des internautes.

Trafalgar (crédit Marion Brunel)

crédit visuel Marion Brunel

D'où vient votre passion pour la musique et quel est votre parcours artistique ?
On ne peut pas vraiment dire que ce soit quelque chose de familial. Ça a été un processus plus long que chez certains. Je ne suis pas né avec une guitare dans les mains. Chez moi, ma mère écoutait un peu de chanson française et mon père beaucoup de musique classique. Quand j'ai eu 11 ans, j'ai demandé à jouer d'un instrument. Comme mon frère jouait déjà de la guitare, je voulais faire autre chose. Alors je me suis mis à la basse. J'ai eu un super professeur pendant toute mon adolescence. Dans mon lycée, à Saint-Just, à Lyon, il y avait énormément de musiciens. Plein de groupes se sont formés. J'en ai intégré un, les Yeasty Kids, dans lequel j'ai été bassiste pendant plus de quatre ans. C'était extraordinaire. On a commencé à jouer aux concerts de fin d'année du lycée puis petit à petit on a fini par jouer dans tout Lyon, puis un peu ailleurs en France. Mais à 20 ans, tout ça s'ajoutait à mes études et à mon petit boulot à côté. Ça faisait beaucoup. J'ai arrêté pour aller passer une année en Erasmus à Londres. Là-bas, j'ai commencé à apprendre la guitare un peu tout seul. J'avais de bonnes bases avec la basse. Petit à petit, j'en ai joué de plus en plus, j'ai écrit, composé, chanté. Je me suis rendu compte que j'avais besoin de tout ça dans ma vie. Aujourd'hui, ça représente 70% de mes journées. C'est vital.

Pouvez-vous nous présenter l'album Paressence que vous préparez ?
Paressence c'est mon premier projet en français. J'ai longtemps écrit en anglais, parce qu'une grande partie de la musique que j'écoute est anglaise. J'ai grandi avec le punk à roulette de Sum 41, puis le rock indé de Foals, le prog' de Pink Floyd puis le blues de Derek Trucks. Puis j'ai décidé de me replonger dans les chansons que j'écoutais plus jeunes avec ma mère. Et j'ai découvert qu'en fait, j'aimais beaucoup Aznavour, Biolay, Brel, Barbara. J'ai trouvé dans le français une profondeur inédite. J'ai aussi compris que si je voulais créer quelque chose de sincère, il fallait que je passe par ma langue natale. C'était très difficile parce qu'en France, on aime bien labelliser les genres musicaux. On ne fait pas de folk française, de rock français, on fait de la chanson française. Et ce terme, il a souvent une connotation péjorative dans la bouche des gens. Le français, on l'accuse d'être niais, d'être plat, parfois à raison, souvent à tort. Donc voilà, j'ai dépassé ça et j'ai essayé de créer quelque chose de sincère, de profond, d'habité.
La Paressence, c'est un petit jeu de mot à mi-chemin entre la paresse et l'essence de tout. J'aime beaucoup ne rien faire. Laisser mes yeux courir dans le vague. Comme quand on réfléchit sous la douche ! Parfois on a une épiphanie, une révélation, un truc de quelques secondes où on croit tout comprendre. Comme quand on regarde un coucher de soleil ou la neige tomber par la fenêtre. Ces moments de réflexion, ils sont à la base de mon travail. C'est parce qu je prends le temps de ne rien faire que j'arrive à communiquer avec moi-même et sortir ce que j'ai en moi. Et j'ai un paquet de trucs. Des angoisses déjà, beaucoup. De l'amour aussi, beaucoup. Et c'est un peu tout ça qu'on peut retrouver sur "Paressence".

Dans quelles conditions composez-vous ?
Très souvent, je vais partir d'une grille d'accords que j'aime bien à la guitare. Puis je vais essayer de trouver une mélodie à la voix, quelque chose qui pourrait coller. Et de fil en aiguille, j'avance. Pour les textes, je récupère des poèmes à moi et je les retravaille pour en faire des textes de chanson. C'est difficile d'expliquer le processus de création parce qu'il peut être déclenché par tout un tas de choses. Une chose est sûre en tout cas : je suis bien plus inspiré le soir ou tôt le matin.

Quels sont vos choix sur la partie instrumentale ?
Ce qui a été très intéressant sur la création de cet EP, c'est que je n'étais pas seul. J'ai collaboré avec un ami, Thomas Brunetti, qui a pris le rôle d'arrangeur et d'ingénieur du son sur les morceaux proposés. J'arrivais à un point où je n'arrivais plus à être satisfait de mes maquettes. J'avais du mal à faire mieux que des maquettes un peu simplistes en guitare/voix. Attention, la simplicité peut avoir du bon, mais je sentais qu'il me fallait autre chose. En envoyant les titres à Thomas, je les ai un peu sortis de leur cocon. Lui est batteur de base, il a une sensibilité au rythme exacerbée. Et en plus, il écoute beaucoup d'électro, un genre que j'écoute moi très peu. Et ça a été le choix payant. Moi je m'occupais des guitares, de la basse, des voix et lui y ajoutait une myriade de sons qui donnent vie aux morceaux. C'est vraiment une rencontre de deux mondes assez éloignés mais ça a créé un truc génial.

Parlez nous du titre Enfer...
C'est une chanson d'amour écrite pour ma copine. Je suis avec elle depuis plus de 10 ans et ça a toujours été mon premier soutien dans tout ce que j'ai essayé de faire. Elle supporte mes chansons tous les jours, du matin au soir, mes interrogations incessantes, mes remises en question. Bref, elle a beaucoup de patience. Alors cette phrase de Sartre, "l'enfer c'est les autres", je voulais en faire quelque chose de plus optimiste. Lui dit qu'on ne peut exister, se définir, que dans le regard des autres et que c'est un peu le drame de l'individu qui vit en société. Moi je trouve que quand on rencontre certaines personnes, exister au travers de leurs yeux, ça peut être une chose formidable. Donc voilà, si les autres c'est elle, ça ne me dérangerait pas de connaître l'enfer.

Comment les évènements sanitaires ont influé la préparation de l'EP et n'était-ce pas... un "enfer" ?
Au final, l'année 2020 a eu le mérite de m'offrir du temps. Bien évidemment, Paressence n'a pas été enregistré dans un studio. Il a été créé entre Lyon et Paris, dans ma chambre et chez Thomas. C'est un EP "suspendu", en lévitation dans le cloud. Il est né d'une succession de mails, de WeTransfer, de pistes envoyées ci et là. Ça a été une manière assez particulière de travailler, avec forcément un paquet de contraintes mais aussi beaucoup de moments très chouettes. Avoir le temps, le confort de ma chambre et mon chat sur les genoux, ça a rendu la création un peu moins stressante.

Est-il possible de nous faire entrer dans les coulisses des enregistrements en studio ?
Voir question du dessus. Pas de mal à donner une belle photo de mon bureau en home-studio, mais rien de très palpitant là-dedans haha !

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
Lorsqu'on se met en tête l'idée de sortir un disque, on pense bien évidemment aux coûts les plus logiques : l'enregistrement, la production du produit physique, le coût des musiciens... Mais il y a aussi beaucoup de coûts annexes qu'on découvre le long du chemin. En résumé, penser, créer puis distribuer un EP en auto-production coûte de l'argent et une somme conséquente d'énergie !

Une indiscrétion à nous donner sur Paressence ?
Le concept de l'EP, c'est la verticalité. On part d'en haut et on descend aux Enfers. C'est pour ça que la pochette, qui peut se lire dans deux sens, est orientée comme-ça. C'est une plongée dans les eaux bleues pétrole de mon coeur.

Quelle place occupe les réseaux sociaux dans votre relation avec le public ?
J'avoue avoir un peu de mal à saisir tous les rouages des réseaux. Je retrouve surtout dans mes "followers" mes ami(e)s proches, ma famille et les personnes que je croise au détour d'un concert, sur Lyon ou ailleurs. Ça reste un formidable outil pour promouvoir mon travail et j'espère pouvoir développer tout ça dans les semaines à venir.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
On vit des moments difficiles et la musique - la culture, plus généralement - n'est pas assez mise en avant pour faire face à tout ça. Au-delà du drame économique et sanitaire qu'on affronte et qu'on affrontera encore un moment, on oublie l'aspect social, humain. Dans un monde où il devient difficile de se voir, la musique, la littérature, les arts graphiques sont autant de substituts au lien social un peu abimé. Alors écoutez de la musique à fond toute la journée, chantez, lisez, dessinez, créez ! On a jamais eu d'occasion aussi franche de tous le faire en même temps. Il ne peut en sortir que du positif !

Merci à Trafalgar d'avoir répondu à notre interview !
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Trafalgar - Enfer

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