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Tiou prépare l'EP 3615 #Hashtag

Maxime Lopes Par Le jeudi, 24 juin 2021 à 17:40 0

Dans Culturel

Chanteur à fleur de peau, charismatique, drôle et inspiré, aussi influencé par la pop culture que par la chanson à texte classique, Tiou ébouriffe la chanson française et, de la tendresse à l’humour noir, de la poésie aux mots crus, nous accompagne dans notre errance moderne. Découvrez son EP 3615 #Hashtag.

Tiou (crédit David Desreumaux)

crédit photo David Desreumaux

Comment êtes-vous venu à faire de la musique ?
Avec des parents musiciens amateurs (une mère chanteuse et un père pianiste), j'ai toujours eu un contact rapproché avec la musique. J'ai aussi hérité du saxophone de papy, mon premier instrument.
Adolescent, gros lecteur, j'ai commencé à écouter certains chanteurs français. Fasciné par leurs textes, tant par leur poésie que leur simplicité, je me suis mis à griffonner des poèmes sur mes cahiers.
Quelque chose naissait mais c'est plus tard, vers 18/19 ans, que je me suis vraiment passionné pour la scène. Un bar de Bordeaux organisait des soirées slam où je me rendais régulièrement. Pour un texte déclamé en public, une bière offerte... Je suis revenu de nombreux soirs et en parallèle, j'essayais de mettre mes textes en musique, sur les accords que mon père me montrait au piano. De fil en aiguille, j'ai monté un groupe avec des potes jusqu'au jour de mon premier concert en solo sous le pseudonyme TIOU. Un saxophone, un piano, une guitare, un looper, mes textes : du slam et de la chanson sur de la musique hybride mais populaire.

Pouvez-vous nous présenter l'EP 3615 #Hashtag que vous préparez ?
Je n'ai quasiment rien sorti depuis mon EP On est des gosses ! en 2013, concentrant mes efforts sur ce que je préfère (et ce que je connais le mieux), le SPECTACLE VIVANT.
En tant que musicien indépendant, il est difficile - et de plus en plus - de trouver les bons partenaires et le bon recul pour faire un album qui aura la visibilité qu'on lui espère. Tout en continuant les concerts et l’animation d'ateliers d'écriture partout en France, j'ai donc pris le temps pour composer cet opus et imaginer de quelle manière j'allais le présenter. Cela m'a permis d'observer comment évoluait l'industrie de la musique et plus largement internet et les réseaux sociaux.
J'ai l'impression que ces moyens de communication se développent différemment depuis quelques années, de plus en plus déshumanisés, avec l'utilisation des # à outrance qui se veulent "dénoncer" ou "rassembler"…
Honnêtement, je suis comme les autres, j'essaie de m'adapter au monde qu'on nous propose pour (faire) vivre (de) ma musique.
Néanmoins, j’aime faire les choses "à l'ancienne", de manière presque artisanale ; d'où le côté hybride de ma musique, que j'assume complètement, navigant entre chanson à texte classique et musiques urbaines (quel mot fourre-tout). On retrouve donc des morceaux "ultra produits" avec parfois un esprit drôle et décalé, et d'autres plus acoustiques, en piano voix, en hommage à certains chanteurs de nos parents, le tout toujours lié au texte, primordial dans la manière d'aborder mon travail.

En quoi est-ce important de sensibiliser le public sur les fake news et les internautes manquent-ils de crédulité ?
Le web est un bazar d’infos incroyables et incessant, qui fourmille de publicités ciblées et où les algorithmes travaillent pour que l’on reste sur les plateformes des géants du numérique le plus longtemps possible. Ce fameux « temps de cerveau disponible ».
Pourtant, nous avons tous l'impression que c'est une des dernières portes vers la liberté, d'échanger, de penser, d'être, tant les médias traditionnels sont ancrés dans un message unilatéral.
Je pense sincèrement qu'il est de plus en plus difficile de discerner le vrai du faux, autant via les informations diffusées par les médias dits "mainstream" que celles qui circulent sur internet ou les réseaux sociaux.
Aujourd'hui, vu la situation alarmante dans de nombreux domaines, tant les enjeux économiques, géopolitiques, climatiques (et j'en passe) sont mondiaux et nous dépassent la plupart du temps, qu'il est quasiment impossible de se fier à une information sans en avoir vérifié le contenu par soi-même. Les techniques de propagande et d'astroturfing ne sont vraiment pas à prendre à la légère. Utilisées par des partis et pouvoirs politiques ou financiers ainsi que de gros groupes industriels en France et à l'étranger, nous sommes tous sujets à de la manipulation de toute part.
Je suis pour une réelle éducation populaire concernant internet, pour apprendre à vérifier une information, la décrypter, l'analyser et en forger un esprit critique en vue d’une opinion éclairée. Cela demande du temps (pas seulement) mais il est plus que nécessaire de prendre ses responsabilités à ce niveau-là (et que nos gouvernants nous en donne l’occasion, honnêtement et de manière transparente) afin de continuer à profiter d'une diffusion plurielle de l'information sans laisser les GAFAM choisirent pour nous, en fonction de leurs accointances et de leurs intérêts, ce qu'il est bon ou non de faire circuler sur la toile.

Pourquoi avoir choisi le nom 3615 #Hashtag ?
Au départ ce devait être, ironiquement, #Hashtag, comme le single/clip qui sortira le 12 juillet sur toutes les plateformes de streaming.
En effet, en les confrontant au réel de nos sociétés que je pense en déclin, il y a comme un paradoxe dans cette galvanisation du # qui semble raconter comment l'Homme garde sa soif d'aimer et de se sentir aimé, tout en ayant complètement perdu ses repères naturels et véritables, son sens du partage et d'échange avec l'autre.
Évidemment, la crise du covid-19 a mis en exergue ce constat mais c'est un peu comme si chaque être humain ressentait le besoin de référencement et d'identification seulement à l'aide d'un algorithme informatique et pervers.
Face à cette situation sanitaire, j'ai encore eu un peu plus de temps pour prendre du recul sur ma musique et en écrivant, je me suis aperçu que j'étais très attaché à ce que j'avais vécu enfant ou ado ; les copains joignable par les téléphones fixes des parents, l'apogée de la Gameboy, les films américains des 90’s, l’arrivée du minitel et du tout début d'internet, où ce dernier n'avait pas encore pris une part si importante dans notre manière de réfléchir, de se détendre, de se renseigner et même d'exister. Je trouve ce paradoxe intéressant et je crois que ma musique se trouve entre ces frontières.
On m'a souvent reproché d’avoir le cul entre deux chaises, d'être trop « chanson » ou pas assez, d’utiliser la MAO mais pas suffisamment. Je pense pourtant que mon atout est là justement.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier (merci les années lycée). Il a raison, on n’invente rien. J'aime mélanger, opposer et rapprocher l'ancien et le nouveau monde, sans trop savoir lequel je préfère. Et il n'y a pas besoin de savoir, ils existent c'est tout.
En somme, 3615 pour la nostalgie et mon côté « old school », #Hashtag pour le pied ancré dans le réel et le futur.

Quelle importance accordez-vous aux textes dans vos compositions ?
Comme je l'ai dit précédemment, c'est un peu ma marque de fabrique. L'écriture étant ma première passion, mon premier métier, j'écris tous les jours, ou presque.
Tout mon cursus musical et professionnel est tourné autour de cette activité dont je n'imagine pas une seule seconde abandonner. D'ailleurs, la plupart du temps, j'écris le texte, la musique vient après. A terme, j’imagine écrire pour des artistes et interprètes. Je pense même à écrire un bouquin. Mais chaque chose en son temps :)

Que peut-on savoir sur la partie instrumentale ?
J’ai choisi Benjamin Le Jean (les Guignols de l’info, Slon…) pour m’aider à la production et les arrangements, sans oublier les musiciens hyper talentueux Timothée Robert (Antiloop, SARĀB) à la basse et aux machines et Xavier Duprat, pianiste de presque toujours.
Ensemble, nous avons axé la démarche artistique sur une instrumentalisation plus moderne (Ableton, Synthés Analo et numériques...) afin d'obtenir un univers sonore cohérent avec l'image que je souhaite défendre au sein du paysage de l'industrie musicale actuelle. En effet, l’idée était de sortir de l’ancrage “chanson / chanson rock” et, sans l’abandonner pour autant, conduire mes compositions vers une esthétique plus électro, tout en condensant le propos vers une création scénique riche (en trio), atout essentiel de mon approche artistique globale.

Que souhaitez-vous proposer au public avec cet EP ?
Un éventail de mon univers artistique et des différentes palettes musicales que j'aime explorer ainsi que mes textes qui parlent des choses que j’observe, qui nous entourent, avec tendresse ou gravité et souvent avec autodérision.
J'y évoque aussi des choses plus personnelles comme le fait que je sois marié et papa depuis peu, avec cette dualité omniprésente mêlant ma nostalgie d'une adUlescence remplie d'excès et mon souhait de devenir un meilleur adulte, un meilleur humain.
Évidemment, avec le constat malheureux de nager dans un monde où l’Homme court à sa perte et avec frénésie vers l’internet des objets, la surveillance de masse et la paupérisation, insensible aux cris désespérés d’une nature qui demande du repos.  

Qu'est-ce qui vous a motivé à faire un financement participatif ?
Plusieurs raisons.
La première étant que je n'ai quasiment rien sorti depuis plusieurs années. Il fallait que je puisse renouer avec mon public, qu'il comprenne, malgré des concerts incessants, que je revienne avec un nouvel opus, que je n'étais pas mort :)
Pari difficile car, même si je n’ai pas foncièrement changé de ligne directrice tant au point de vue artistique que personnel, il est vrai que je fais le pas vers un nouvel habillage musical qui pourrait en détourner plus d’un.
De ce fait, une campagne de soutien est un outil efficace pour (re)faire parler de son projet.
Évidemment, même si on commence à y être habitué, on peut y voir cette démarche comme une sorte de mendicité, légitimement peut-être. Toutefois, je trouve que c'est un bon moyen de s'approprier la partie créative de l'image que l'on souhaite transmettre et qui est, malheureusement ou non, au centre de la démarche lorsqu'on est chanteur en 2.0.2.1.
Une autre raison naturellement : l'argent.
Si j'arrive à vivre de ma musique, il est clair que c'est un investissement énorme, tant pour la partie création, réalisation que la partie promotion et diffusion. En tant qu'intermittent, musicien indépendant et autoproduit, le financement participatif devient un atout essentiel pour qui veut faire les choses bien et les plus abouties possible.

Quel sera l'univers visuel de l'EP 3615 #Hashtag et des clips sont-ils prévus ?
L’identité visuelle faisant partie intégrante du projet global, les éléments de communication tournent autour des thèmes évoqués plus haut et viendront jouer sur les codes et les dérives d'internet et des réseaux sociaux.
Un premier clip du single #Hashtag sortira d'ici peu. Je ne vous en dis pas plus mais il y aura des caméras de surveillance, des clés USB et des céréales # :)
Si, je peux tout de même vous dire que nous avons fait ça main dans la main avec mon ami de longue date, Pierre-Etienne Larrous de CLIMAX FACTORY, déjà réalisateur sur les Les gens m'emmerdent.

Que peut-on savoir sur votre spectacle et aurez-vous l'occasion de retrouver le public prochainement sur scène ?
J'ai commencé en solo et j'ai eu plusieurs formules, allant jusqu'au quintet (basse, batterie, claviers, guitare, chant). Cette fois-ci c'est en TRIO que je défendrais le nouveau projet.
Les musiciens, amis, sont d'extraordinaires compagnons de route et sont d'une force créatrice et de proposition impressionnante. Xavier Duprat est au clavier, alliant piano, orgue et basse moog et Timothée Robert, excellent bassiste dans de nombreuses formations parisiennes, performe également au Push Ableton. Tous deux viennent du Jazz mais sont friands de musiques actuelles/urbaines. Gaëtan Besson (Kimberose, ASM) à la console fait lui aussi partie intégrante du spectacle.
L'idée est de faire sonner sur scène les productions enregistrées sur l'album mais avec la liberté de pouvoir exploser les morceaux en laissant place à l'improvisation, tant pour les musiciens que pour mon interprétation et mes échanges avec le public. En effet, aimant la convivialité et les rapports intimistes qu'offrent les petites scènes et café-concert par lesquels j'ai débuté, j'aime blablater entre les morceaux et prendre à partie les spectateurs, même dans des salles aux jauges conséquentes.
Notre tout premier concert dans cette formule (et depuis un an de manière générale !) sera le dimanche 11 juillet au Festival Pause Guitare à Albi (15h) pour le prix MAGYD CHERFI.
Synopsis du spectacle : " tout part d'un questionnement de l’actualité autour des réseaux sociaux, de la difficulté de discernement du vrai du faux sur internet et l'apparition des multiples hashtags se galvanisant d’être “dénonciateurs” ou “rassembleurs” d’un peuple perdu et désabusé.
Le spectacle se tourne vers l’idée que ce dernier n’a qu’une seule chance de s’en sortir face aux différents algorithmes virtuels et à la paupérisation : développer l’unique véritable arme qui lui reste, son sens critique, en abordant les thèmes essentiels à la survie de l’espèce humaine; la bienveillance, l’empathie et l’amour avec un grand A.
Au vu de la personnalité de l’artiste, tous ces aspects de l'album et du spectacle seront mis en avant avec humour et autodérision".

Qu'appréciez-vous dans la scène et avez-vous un souvenir de concert à nous raconter ?
Réponse certainement un peu bateau mais clairement, l'adrénaline que m'offre la scène, le trac avant d'y monter, pouvoir interpréter mes textes avec les tripes, le plus sincèrement possible, comme si je me mettais dans la peau d'un personnage mais que c'était le mien, comme si j'étais vraiment à ma place, chez moi.
Côté souvenir, je vais parler du dernier concert que j'ai fait, en août 2020. Mon fils venait d'avoir un an, je l'ai fait monter sur scène et "chanter" au micro. Il n'était pas du tout impressionné et je me suis dit que si ça se trouve, d'ici pas trop longtemps, on écrira et on chantera des chansons ensemble =)

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Un GRAND MERCI ! De m'avoir sollicité pour cette interview et d'avoir posé des questions pertinentes, sincèrement.
Puis, sinon, de ne pas hésiter à vous abonner à mes réseaux sociaux, de m'aider à lutter contre les algorithmes et de faire remonter mes publications musicales avec des LIKES / PARTAGES et COMMENTAIRES. En somme, de parler de TIOU autour de vous :)

Merci à Tiou d'avoir répondu à notre interview !
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