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Théo Ould, l’accordéon de demain

Maxime Lopes Par Le lundi, 04 avril 2022 à 13:16 0

Dans Culturel

Quand on rencontre Théo Ould, on n’oublie vite qu’il n’a que 23 ans tant on a affaire à un musicien ayant mené une véritable réflexion sur sa pratique et sur le sens de son art. Cette maturité alliée à une personnalité musicale forte font de lui l’un des représentants les plus prometteurs de cette nouvelle génération d’accordéoniste, bien décidée à prendre en main l’histoire de son instrument.

Théo Ould

Tracer son chemin

L’accordéon, Théo Ould le découvre à travers la musique de Piazzolla qu’écoutait sa mère. Mais quand il entre au conservatoire et qu’il tient entre ses mains l’instrument, c’est tout autant le son qui le fascine que l’objet lui-même, à mi-chemin entre une machine à écrire et un engin extraterrestre : une machine pour jouer dans tous les sens du terme.

Au conservatoire de Marseille, à côté de l’accordéon sa curiosité pour la musique le pousse également à apprendre la direction de chœur et le jazz.
Le CNSM de Paris, il y arrive en 2015, un peu sur un coup de tête, d’abord pour répondre au défi lancé par un camarade de classe puis en rêvant de cette vie dédiée à la musique. Se nourrissant de tout ce qu’il peut y apprendre (analyse, musique de chambre…) et de l’énergie de la ville, il en sort en 2019 avec son prix et les félicitations du jury.
 
“Au CNSM, j’ai vraiment découvert ce qu’était le son et ce qu’on pouvait en faire. Je ne jouais pas aussi détendu, j’ai appris ce qui empêchait la propagation du son, j’ai appris à utiliser tout mon corps comme une caisse de résonance."

Partager la musique

Il est encore au CNSM quand il commence à se produire sur de nombreuses scènes grâce à ses rencontres musicales.

D’abord, il y a Anthony Millet, professeur assistant de la classe d’accordéon, qui l’embarque dans un projet un peu fou : le Quatuor Æolina, quatre accordéons pour retranscrire des grandes œuvres symphoniques. À quatre, ils réinventent la Symphonie Fantastique de Berlioz, la 4e de Mahler et la Pathétique de Tchaïkovski, donnant des concerts mémorables.

En 2018, une histoire d’amitié et de musique donne naissance au Philia Trio. Trois jeunes musiciens (violon, violoncelle et accordéon bien sûr) qui font un pas de côté par rapport au trio classique sans rien sacrifier de son exigence musicale. Ensemble, ils explorent le répertoire de Vivaldi à Régis Campo, en passant par Beethoven et Pärt. Leurs lectures vivifiantes leur offrent un prix au concours Bellan en 2019 et leur permettent de graver un premier disque en collaboration avec le festival d’Auvers-sur-Oise (sortie le 21 avril).

Sa dernière rencontre : rien de moins que Florent Héau. Entre le clarinettiste renommé et le jeune accordéoniste se noue une véritable amitié artistique qui se traduit par des concerts et des vidéos enregistrées pour la marque Vandoren.

“Au conservatoire, mes amis étaient des pianistes, des violonistes… C’est avec eux que j’ai appris, sans considérer mon instrument comme différent.”

Open Time - Philia Trio - Régis Campo - Clip Officiel

Inventer l'accordéon classique

Théo Ould est passionné par l’avenir de son instrument. Car l’histoire de l’accordéon est encore en train de s’écrire : son répertoire, sa technique et même sa construction son organologie (divisée entre les écoles russes et italiennes) ne sont pas figés par une tradition.

Dans le sillage de ses professeurs au CNSM, Max Bonnet Bonnay et Anthony Millet, il participe à cette réflexion artistique passionnante pour faire valoir la légitimité de l’instrument dans le répertoire classique, en France, alors que le niveau des instrumentistes ne cesse de progresser.

C’est donc librement et sans les contraintes d’un héritage parfois trop lourd que Théo Ould joue en solo ce répertoire classique qu’il aime : Bach, Haydn, Mozart, Pärt… mais il collabore aussi avec des compositeurs d’aujourd’hui comme Jean-Pierre Drouet, Régis Campo, Thomas Gubitsch ou encore Philippe Hersant, enrichissant le répertoire de l’instrument et faisant valoir toutes ses capacités.

“J’ai l’impression qu’aujourd’hui les musiciens baroques ont une liberté folle pour faire leur musique comme ils l’entendent et ça donne des choses très excitantes. C’est un peu ce qui se passe avec l’accordéon : quand je joue une sonate de Mozart, il n’y a pas vraiment de point de comparaison.”

Vers un art total

À un ami jazzman qui lui fait la remarque que les musiciens classiques n’ont aucune liberté, Théo Ould réplique qu’il ne monte jamais sur scène sans improviser une interprétation. Ce fan d’opéra mais aussi de rock anglais envisage l’expression musicale comme un art total, souhaitant explorer jusqu’à ses limites ce territoire de création dévolu à l’interprète.

Cette expression passe avant tout par la musique : Thé Ould ose des interprétations libres mais il possède déjà un geste sonore immédiatement identifiable, ce quelque chose qui nous fait reconnaître dès les premières notes une Jacqueline du Pré ou un Volodos.

Mais la liberté de l'interprète, c’est aussi concevoir tous les aspects d’un concert : penser les textes, travailler la manière dont on s’habille et même la manière dont on salue. Théo Ould a l’énergie et le talent d’oser s’emparer librement des codes du concert classique non pas pour sacrifier la musique mais bien au contraire pour qu’on puisse l’entendre autrement, en résonance avec notre époque.

“Ce qui me dérange dans la musique classique, c’est que j’ai l’impression que le musicien ne fait de l’art que quand il commence à jouer, mais tout le reste n’est pas artistique. Chez un Stromae par exemple, tout est poussé au maximum : ses mixages, ses shows, de son entrée à son dernier salut, même sa communication, tout est artistique.”

Musique

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