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Springbok : l'album Involutions

Maxime Lopes Par Le vendredi, 13 mai 2022 à 08:07 0

Dans Culturel

Ancré dans le présent et prêt à bondir vers le futur, le quartet de Matthieu Marthouret propose un jazz vivant et chaleureux, où le souffle, la mélodie et le groove tiennent une place importante. Une musique à la fois exigeante et accessible, interprétée par quatre musiciens soudés et investis.

Springbok - Involutions

Interview

Pouvez-vous nous présenter l'album Involutions et son univers ?
Involutions est mon cinquième album enregistré en "leader" qui fait suite à Contrasts paru fin 2016 avec mon projet Bounce Trio donc Springbok est la continuité. Nous jouons une musique instrumentale que l'on pourrait qualifier de "jazz actuel" ou "post-bop" (qui est un terme un peu fourre-tout).
L'album Involutions est constitué exclusivement de compositions originales de ma plume contrairement à mes deux albums précédents qui contenaient des "covers" ou des compositions des autres membres du groupe.
C’est en quelque sorte un “retour” à un processus d’écriture identique à mes deux premiers albums Playground et Upbeats enregistrés avec mon groupe Organ Quartet.

Quelles ont été vos sources d'inspirations et dans quelles conditions l'avez-vous composé ?
Le répertoire est composé pour un tiers de morceaux écrits en 2021 quelques mois avant l’enregistrement. Un autre tiers a été composé entre 2018, 2020 juste avant les épisodes de crise sanitaire Le dernier tiers sont des adaptations de morceaux déjà enregistrés avec mon projet Bounce Trio.
Certains titres ont été inspirés par l’actualité ou le contexte social comme Certain Incertitude (écrit au moment des dernières élections présidentielles et en pleine crise sanitaire). J’ai essayé d’illustrer à la fois la sensation d'insécurité, le fait que rien n'est jamais acquis, contrebalancé par notre force de résilience dont la passion et l’optimisme sont souvent les moteurs Mêmes sources d’inspiration pour Social crédit & Pigeon on a Chessboard : ici je suis parti du titre de morceau en traduisant les lettres en notes puis en mélodies.
D’autres compositions sont inspirées par des valeurs et aspirations personnelles que j’ai tenté de traduire en musique, en improvisant à l’orgue ou au piano (Open Air…)
D.W & Hymn sont des titres hommage inspirés de personnes en particulier…

Quels ont été vos choix sur le plan instrumental pour cet opus ?
C'est un quartet sans basse avec une rythmique orgue Hammond/ batterie + une section de "cuivres" (ou “vents”) typique du jazz d'influence hard bop (style issu du bebop) mais que l'on retrouve aussi dans le jazz moderne et contemporain.
Cette formule sans basse ni guitare où l’orgue est le seul instrument harmonique n’est pas si commune, même si on la retrouve sur quelques disques de Jimmy Smith, Lonnie Smith ou Larry Young qui sont des organistes que j’admire.
En revanche le tandem Sax/ Trompette a traversé l’histoire du jazz (en particulier depuis le bebop) et on pourrait citer des musiciens emblématiques qui font partie de mon ADN : de Charlie Parker au deuxième quintet de Miles Davis en passant par Horace Silver, Art Blakey, Wayne Shorter, Woody Shaw… Par extension cela me mène aussi à des musiques que j’ai moins pratiqué jusqu’ici mais qui m’attirent beaucoup comme la "new thing" de Ornette Coleman et Eric Dolphy mais des artistes plus contemporains (au sens propre du terme) comme Tom Harrell ou Dave Douglas…

Pourquoi avoir choisi le nom Involutions pour cet album ?
J’aime bien choisir des mots qui ont de multiples significations, si possible bilingues tout en conservant une part de mystère. L’idée que le public puisse trouver sa propre signification me plaît.
Involutions m’évoque l’ambivalence, le contraste, l’alternance entre l’équilibre et le déséquilibre, la progression et la régression. L’idée de symétrie de cycles.

Qu'est ce qui vous a intéressé de rendre hommage au musicien, chanteur et poète réunionnais Danyèl Waro ?
J’ai découvert Danyèl Waro sur un disque avec l’harmoniciste réunionnais installé à Paris Olivier Ker Ourio dont j’aime beaucoup la musique (et qui a d’ailleurs enregistré un très bel album avec Emmanuel Bex, l’un de mes organistes et musicien de jazz favoris).
J’ai ensuite découvert le groupe Trans Kabar, une sorte de fusion Maloya/ rock dans lequel officient Jean-Didier & Stéphane Hoareau et le contrebassiste de jazz Theo Girard.
Je ne suis pas du tout spécialiste de cette musique mais j’ai été séduit par cette sensation de transe qui s’en dégage. De ces rythmiques si particulières dans lesquelles j’ai trouvé des similitudes avec le jazz “afro-cubain” (inspiré des racines rythmiques africaines et latines).

Souhaitez-vous nous parler des enregistrements en studio ?
Nous avons enregistré dans un très beau studio.
Le choix d’une configuration dans des conditions proches du "live” avec tous les musiciens dans la même pièce s'est fait collectivement.
L’impossibilité de faire des Re-recording ou des montages trop élaborés est particulièrement propice à une spontanéité, une interaction et une certaine énergie que nous apprécions tous.

Parlez-nous du titre Pigeon on a Chessboard
C’est l’équivalent de l’expression “un chien dans un jeu de quille”.
J’ai écrit cette composition pendant l’été 2021, suite à des échanges sur facebook qui m’ont fait réfléchir aux dérives comportementales et violences verbales auxquelles nous sommes (trop) souvent confrontés sur les réseaux sociaux notamment.
J’ai voulu illustrer en musique le comportement d’un “troll” s’invitant dans un apéro entre amis, renversant tout sur son passage et disparaissant aussi aussitôt, comme le ferait un pigeon sur un jeu d’échec…

Que souhaitez-vous apporter au public avec l'album Involutions ?
Avant tout du plaisir. Puis peut-être l'envie d'en savoir plus sur ce projet et de nous découvrir en concert. Sans le public, les artistes ne peuvent pas survivre !
Je suis aussi convaincu que sans l’art, l’être humain peut difficilement s’épanouir, tout cela est donc un échange perpétuel dont la rencontre et la passion sont les moteurs !

Vous serez en concert le 10 juin 2022 au 360 Music Factory. Qu'attendez-vous de ce concert et dans quelles conditions se déroulera-t-il ?
J'espère que le public sera présent au RDV : le 360 est un très beau lieu atypique à découvrir dans un quartier populaire en plein cœur du 18ème arrondissement. Le concert se déroulera en co-plateau (deux concerts pour le prix d’un) avec le quintet de mon ami et collègue musicien Jean-Michel Davis.
C'est une grosse organisation qui nécessite beaucoup de préparation mais c'est un aventure enrichissante et stimulante. En tant que "producteur" le plus difficile (sans parler de l’aspect matériel) est de passer de la peau de l'organisateur à celui de l'artiste. Mais quand tout se passe "comme prévu”, ce sont de très bons moments qui laissent des souvenirs mémorables, tant pour le public que pour les artistes.
Ces concerts concrétisent aussi les longs mois de préparation qui précèdent les sorties d’albums. Nous sommes donc très excités par cet évènement et travaillons d’arrache-pied pour que ce soit une réussite.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Je souhaite que ce projet puisse vivre sur scène pour aller à la rencontre du public et continuer à évoluer. Car c'est toujours la scène qui m'a permis d'aboutir et de développer des projets artistiques. Même si les enregistrements sont incontournables et font partie intégrante du processus de création et de promotion.
J’aimerais aussi que We See Music, le label que j’ai créé en 2014 continue à se développer en atteignant un public le plus large possible et en permettant aux musiciens et artistes de continuer une musique de qualité en dépendant le moins possible des majors et autres multinationales...

Merci à Matthieu Marthouret et aux membres de Springbok d'avoir répondu à notre interview !

PIGEON ON A CHESSBOARD - Matthieu Marthouret SPRINGBOK [single preview]

A propos

Le Quartet SpringBok est la version renouvelée du projet Bounce Trio, formation menée par l’organiste et compositeur Matthieu Marthouret. Une nouvelle formule initiée après cinq années d’activité soutenue : de nombreux concerts, deux albums et un EP enregistrés.
Cet ensemble à l’instrumentation peu commune confère une grande place à la mélodie, au souffle – avec le tandem trompette / saxophone – et au groove – avec la rythmique orgue Hammond / batterie.

L’album Involutions est le fruit d’un parcours, d’une réflexion personnelle et collective où l’on retrouve certains des fils conducteurs déjà présents dans les précédents albums du leader Matthieu Marthouret.
La musique de cet album est à la fois profonde et accessible, énergique et méditative, douce et aigre, moderne et ancrée dans la tradition.
Ces onze compositions, mûries pendant la période de vie particulièrement difficile, tant au niveau personnel que sociétal, que nous venons de vivre, évoquent tour à tour l’incertitude, la révolte, le recueillement, l’espoir, la tolérance mais surtout nos capacités de résilience et d’empathie qui nous aident à avancer surmonter les épreuves et les difficultés.

Musique interview

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