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Roseland présente l'album Unsaid Words

Maxime Lopes Par Le vendredi, 25 mars 2022 à 07:56 0

Dans Culturel

Unsaid Words, le nouvel album de la Bordelaise Roseland (de son vrai nom Émeline Marceau) s’annonce comme une belle sortie du printemps 2022. Composé en grande partie pendant le confinement de l’hiver-printemps 2020, il dévoile unvéritable patchwork d’émotions et de couleurs qui placent directement sa créatrice à mille lieues des modes et styles musicaux trop facilement codifiés ou codifiables par le diktat du marketing médiatique.

Roseland

 

Ses contours pop, synthétiques, électroniques ou parfois presque post-rock habillent avec élégance une voix qui susurre autant qu'elle (s') emporte et viennent gorger ses mélodies d'une sensibilité aussi lumineuse que mélancolique. Particulièrement riche et dense (12 titres), l'album est ainsi à l'image de sa pochette : moderne, pluriel et virevoltant.
Coté textes, il évoquera aussi bien le regret d'une vie perdue sur notre chère planète Terre face à l'angoisse d'une vie éternelle dans l'Espace (sur l'hymne électronique et percussive "Eternal Eyes") que l'urgence de se faire du bien et de cultiver une certaine légèreté (sur les très radiophoniques "Take It Easy' et "Alter Tonight") à l'heure où le monde est de plus en plus régi par un stress prégnant, propice au burn-out ou à la dépression ("Empty Sentences" et son final intense). Au fil des titres, la musicienne évoque aussi le poids du regard des autres et notre rapport à l'altérité, comme sur l'élégante ballade pop "Wasted", composée piano-voix (qui suit un narrateur sans-abri), ou "All I Want", chanson d'idolâtrie au synth-rock enivrant. Ailleurs, elle souligne aussi l'importance des gestes face à une parole parfois trop vaine pour s'exprimer ("Unsaid Words").

Interview

D'où vient votre passion pour la musique et qu'appréciez-vous en elle ?
Je pense que ma passion pour la musique vient en partie de mes parents, qui ont toujours été mélomanes et musiciens, et qui écoutaient beaucoup de rock des années 60 et 70 ; mais aussi de mon grand frère, qui écoutait beaucoup de grunge et de heavy metal à l'adolescence, et de ma grand-mère, qui m'a payé des cours de guitare quand j'étais petite. Dans ma famille, on a toujours baigné dans la musique finalement, tout le monde jouait plus ou moins d'un instrument. Aujourd'hui, la musique est vraiment vitale pour moi, c'est mon exutoire, là où je me sens le mieux, là où je peux fuir, mettre le temps sur pause, m'échapper du réel.

Pouvez-vous nous présenter l'album Unsaid Words et son univers ?
J'ai composé l'essentiel de l'album pendant le premier confinement en mars 2020. J'avais une trentaine de titres en boîte et j'en ai gardé une douzaine sur le disque. L'album est assez dense en termes de sonorités et d'ambiances, mais j'espère avoir réussi à garder une certaine cohérence sur l'ensemble. Certains titres sont d'obédience pop, d'autres vont avoir une tension plus rock et la plupart sont mâtinés d'arrangements électroniques, mais le fil conducteur a été de leur donner une prod "moderne". Sur les textes, j'aborde pas mal de choses : la peur de vivre éternellement dans l'Espace en regrettant sa vie passée sur Terre, l'urgence de se faire du bien et de cultiver une certaine légèreté à l'heure où tout est source de stress. J'évoque aussi notre rapport à l'altérité, la difficulté qu'on a à communiquer ; je parle aussi de perte de mémoire, du temps qui passe, de la mort, mais aussi de choses positives comme la foi en l'amour bienveillant, la sérénité, l'apaisement.

Quelles sont vos inspirations pour cet album ?
Par rapport à mes débuts, je voulais faire un album beaucoup plus lumineux en termes de mélodies notamment ! Je crois que j'avais besoin de ça, j'étais dans un état d'esprit où je voulais faire une musique qui soit moins torturée, plus ouverte, un peu plus légère, même si elle reste toujours mélancolique. Pendant l'écriture du disque, j'écoutais beaucoup Big Thief, dont j'adore les mélodies, mais aussi l'album "Remind me Tomorrow" de Sharon Van Etten, dont j'ai parfois voulu me rapprocher du son et de la prod, ou l'album "Solo" de Nils Frahm, dont les ambiances intimes au piano et les silences tellement forts émotionnellement m'ont, je crois, permis de me détendre.

Avez-vous un endroit où vous aimez composer ?
Je compose toujours dans ma pièce de musique, chez moi, en général. C'est là où je me sens le mieux. Je crois que j'ai besoin de connaitre vraiment un endroit, de l'apprivoiser, avant de me sentir à l'aise pour oser chanter ou écrire. Mais pour le prochain disque, je me disais, justement, que j'aimerais peut être changer de façon de faire : partir dans un endroit isolé quelques semaines, par exemple, sans internet, avec une carte son, un ordi et quelques instruments,  et voir ce qu'il en ressortirait en terme d'inspiration et de création, histoire de poser un cadre, un contexte étranger qui pourrait me donner l'occasion de me pousser dans mes retranchements, de sortir de ma zone de confort artistique et créer de nouvelles choses.

Quels ont été vos choix pour les instruments sur cet opus ?
Même si  j'ai toujours eu envie de conserver un côté raffiné et très produit dans ma musique, sur ce disque, j'ai voulu que mes chansons soient, le plus possible, jouables en guitare-voix ou en piano-voix. J''ai composé pas mal de titres avec ma nouvelle guitare, une vieille Harmony des années 60, mais je me suis aussi ouverte davantage au piano. Je ne suis pas pianiste mais j'arrive maintenant à composer avec cet instrument pour trouver ou peaufiner des mélodies. Sinon, j'ai aussi expérimenté beaucoup de nouveaux sons de synthés. A chaque fois que je découvre un nouveau plug-in, c'est comme si j'arrivais dans la caverne d'Ali Baba : j'ai l'impression qu'on m'offre un trésor et que mon terrain de jeu s'agrandit et va me permettre d'avoir beaucoup d'idées (mais qui ne sont pas toujours bonnes !).

Pourquoi avoir choisi le titre "Unsaid Words" pour nommer cet album ?
C'est le titre d'une chanson où je parle de l'importance que peuvent avoir les gestes face à une parole parfois trop vaine pour s'exprimer. "Unsaid Words", ce sont des mots qu'on ne dit pas, qu'on n'arrive pas à dire, des mots qu'il faudrait pourtant parfois oser dire ou ne pas dire, des mots qu'on pourrait exprimer par des gestes, des attitudes plutôt que par la parole, pour en saisir du mieux possible leur sens. Je trouve que ce titre pouvait renvoyer à nos problèmes de communication actuels, et en même temps, c'était aussi prendre le contrepied de sa définition justement, puisque je passe d'une écriture intime et pudique des paroles , à leur diffusion publique dés lors qu'intervient la sortie de l'album...

Comment se sont passés les enregistrements en studio ?
L'album a été enregistré et mixé au studio Cryogène Prod à Bègles, à côté de Bordeaux, par Benjamin Mandeau, pendant environ trois semaines fin 2020, début 2021, puis on a passé beaucoup de temps sur le mix. Je vais souvent dans ce studio, c'est un peu ma deuxième maison. Je m'y suis toujours sentie très bien. J'avais enregistré pas mal de guitares seule à la maison, on en a ensuite refait d'autres en studio, puis j'ai fait appel à mon batteur live, Norbert Labrousse, pour enregistrer les batteries que j'avais écrites. Benjamin Mandeau, qui joue aussi du clavier en live sur le projet, a aussi fait un super travail sur la production de l'album ! Ensemble, on a passé beaucoup de temps à peaufiner des sons de synthés, à changer quelques arrangements de titres, à essayer de tirer vraiment les chansons vers le haut. Je suis très heureuse de bosser avec lui.

Que souhaitez-vous apporter au public avec l'album Unsaid Words ?
Je ne sais pas vraiment... Je crois que j'aimerais juste que ça leur fasse du bien d'écouter l'album, d'une manière ou d'une autre...

Parlez nous du titre Eternal Eyes et de son clip...
La chanson évoque le regret d’une vie humaine perdue sur notre planète Terre et raconte l’angoisse d’une vie devenue éternelle au fin fond de l’Espace. J'ai voulu un clip qui prenne un peu le contre-pied de cette gravité narrative en proposant, au contraire, des images très colorées, et un univers esthétique assez loufoque, On me voit confrontée à la solitude de mon éternité dans différentes situations, tuant le temps comme je peux dans l'immensité et le vide de l’univers. J'y croise notamment la mort, symbolisée par des squelettes qui se moquent de moi en dansant tout au long du clip, comme pour mieux me narguer et me rappeler la perte douloureuse de mon humanité mortelle. Dans un excès de folie et d’imagination, je  m’invente alors un monde parallèle fantasmagorique dans le cosmos, où je rencontre quelques personnages imaginaires et je côtoie tout ce que j'aimais sur Terre (sa biodiversité, ses cascades, ses arbres, ses animaux, ses oiseaux etc.), jusqu’à ce que cette illusion s’étiole et n’affecte mon esprit tourmenté, me laissant, à la fin de la vidéo, flotter dans le néant pour toujours. J'aime aussi me convaincre que derrière ce clip, les images peuvent susciter une symbolique écologique venant souligner l’idée selon laquelle la vie humaine est précieuse, d’autant plus sur Terre, planète dont on sait aujourd’hui que les signes vitaux s’épuisent de plus en plus face au dérèglement climatique accentué par l’activité humaine.

Qu'appréciez-vous dans la scène ?
La première des choses, c'est, je crois, de se sentir aussi bien en danger qu'en pleine expression de soi ! Il y a cette adrénaline qui rend tes émotions et tes envies très paradoxales le temps d'un concert : d'un côté, j'ai envie d'aller me frotter au regard des gens, à leurs réactions, ça nous fait nous sentir tellement vivant ! Et d'un autre côté, au moindre faux pas, erreur, déconcentration, faiblesse, j'ai l'impression que je vais tomber d'un ravin et galérer pour remonter la pente. Mais au delà de ca, j'aime surtout l'énergie des concerts, qui est très grisante, et aussi leur côté très frontal, sans supercherie.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Merci pour le soutien que vous m'accordez avec cette interview et longue vie à votre webzine :)

Merci à Roseland d'avoir répondu à notre interview !

ROSELAND - Eternal Eyes (clip officiel)

Musique interview

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