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Richard Apté présente son roman Fréquences de Nuit

Maxime Lopes Par Le mercredi, 09 mars 2022 à 07:46 0

Dans Culturel

Décembre 1980, en pleine explosion des radios libres, un garçon de douze ans, ébranlé par la mort d’un proche, reçoit un de ces énormes radiocassettes emblématiques de l’époque : un ghetto-blaster.

Richard Apté (crédit  DR)

Crédit photo : DR

Quelques jours plus tard, John Lennon est assassiné de l'autre côté de l'Atlantique, soulevant une vague de sidération qui frappe le monde entier. Sur une station pirate parisienne, une série d’émissions nocturnes racontent les nombreuses vies de l’icône numéro un de la musique pop.
Dans l’intimité de la nuit, loin du tapage des actualités, un dialogue se noue, à la lisière du rêve et du réel, entre les voix des ondes et les questionnements de ce collégien, éclairant ses peurs, tissant des échos entre son existence et celle du chanteur.
Portail ouvrant sur une autre dimension, le ghetto-blaster devient aussi détecteur de mensonges et remet en cause toutes les certitudes de cet adolescent, ébranlant la vie d’une famille sans histoires.
Perte de l’innocence, découverte des trahisons de ses parents, effondrement d’un monde qu’il croyait immuable - une traversée des apparences, entre deux âges de la vie, guidée par la voix de la radio.

Interview avec Richard Apté

Pouvez-vous nous présenter votre ouvrage Fréquences de nuit Rêver John Lennon ?
Nous sommes à l'aube des années 80, plus précisément durant les quelques jours qui précèdent et ceux qui suivent le 8 décembre 1980, date de l'assassinat de John Lennon. Le « cadre » est celui d'une famille de la banlieue parisienne, jusque là sans histoires, dont le fils cadet va se trouver à la confluence de plusieurs événements : la mort d'un proche, celle de John Lennon, le ghetto-blaster que son père lui offre pour Noël, la découverte des radios libres la nuit, à travers notamment une émission nocturne sur les nombreuses vies de l'ex-Beatles assassiné. Un dialogue va s'instaurer entre les voix de la nuit (une en particulier) et les drames du jour, intimes ou planétaires, qui viennent frapper ce pré-adolescent.

Que peut-on savoir de votre héros et comment la mort d'un proche a-t-elle affecté le collégien ?
Il a entre douze et treize ans et commence à écouter de la pop anglaise, autant dire qu'il s'apprête à basculer dans un autre âge. Une mort va opérer cette bascule, et justement, d'abord, on ne comprend pas trop pourquoi cette mort l'affecte à ce point. Il s'agit d'un proche pas si proche que ça, un cousin éloigné, « une de ces silhouettes presque anonymes, comme il dit lui-même, mais dont la présence dans un coin de l'image coule de source depuis toujours ». Le choc que lui occasionne ce décès a moins à voir avec l'affectif qu'avec une prise de conscience aussi brutale que cette disparition. Lui-même, d'ailleurs, ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive, les premiers temps : c'est son violon qui lui révèle qu'il est confronté à la fin, de façon consciente, pour la première fois de sa vie. Puis, dans cette période de bouleversement personnel, mais aussi (à partir du 8 décembre) mondial, d'autres révélations vont se produire, sur ses parents, le monde des adultes, des mensonges qu'il va interpréter comme des trahisons, le faisant définitivement basculer dans un autre âge.

Pourquoi avoir voulu aborder la mort de John Lennon dans votre roman ?
D'abord, parce que cette mort a laissé en moi une trace très profonde. Je venais d'avoir treize ans quand John Lennon a été assassiné, et c'est la disparition d'une « personnalité » qui m'a le plus marqué, alors même que je découvrais tout juste les Beatles, à l'époque.
Comme tout le monde, elle m'a frappé par son extrême brutalité, mais aussi par les flots de musique incroyable, de mélodies touchées par la grâce qu'elle a fait jaillir comme par magie sur toutes les ondes, ainsi que par les semaines de surchauffe médiatique, à la fois sensationnalistes et funèbres, pour ne pas dire un peu morbides, qu'elle a tirées dans son sillage. C'est toujours le cas quand un tel événement se produit, bien sûr, mais je réalise en disant « toujours le cas », qu'il n'y a sans doute pas eu d'équivalent, en terme de choc planétaire, suite à une mort, du moins je n'en ai pas le souvenir. Pas de mon vivant, pourrais-je dire.
Par rapport à mon histoire, l'assassinat de John Lennon me permettait « d'objectiver », en quelque sorte, la découverte de la finitude que fait ce collégien, de la « projeter » à l'extérieur. D'un seul coup, pour lui qui ne cherche qu'à la fuir, la mort est partout, le réel, bouché de toutes parts, il ne peut leur échapper que « de l'intérieur », par une forme d'imaginaire que les ondes nocturnes vont lui apporter dans son lit.

Le livre aborde les mythiques émissions de nuit à la radio. Qu'ont-elles de particulière et en quoi cette période spéciale nous donne un ressenti particulier ?
La radio, la nuit, est comme un microcosme, une dimension, un univers parallèle. Un univers de sons et de voix qui se mêlent à vos rêves dans un demi-sommeil. Du moins elle l'était pour moi à l'époque, et à d'autres périodes de ma vie. Mais pour écouter encore régulièrement les nuits de France-Culture, ainsi que des radios telles qu'Ici et Maintenant ou d'autres, il me semble qu'elle l'est toujours. Elle ne peut pas ne pas l'être, en fin de compte : du seul fait que ce sont des émissions qui racontent et que ça se passe alors que le monde est en train de dormir, la dimension imaginaire, onirique, est présente de facto, la solitude propre à la nuit (même si on n'est pas seul dans son lit) opère le liant entre les ondes et votre esprit, fusionne deux imaginaires. Quelque part, la réalité virtuelle était déjà contenue toute entière dans les émissions de radio la nuit.

Quels souvenirs gardez-vous personnellement des radios libres des années 80 et des ghetto-blaster ?
Des radios libres, je garde un souvenir à la fois magique et un peu flou, où la frontière entre le réellement vécu et le reconstruit après-coup n'est pas toujours claire. Elle ne l'était déjà pas sur le moment même. De par leur caractère clandestin et en grande partie nocturne, l'existence des radios libres tenait, alors même qu'elles commençaient à pulluler, d'une forme de mythe et de fantasme. Déjà on ne pouvait pas les capter avec n'importe quel poste, il y avait les chanceux et les autres, la réception était généralement mauvaise, la déception souvent au rendez-vous. Mais la jubilation l'était aussi parfois, et l'un dans l'autre elles étaient là, comme des portes qui ne demandaient qu'à s'ouvrir dans la nuit, donnant sur des chambres dérobées où il pouvait se passer tout et n'importe quoi. Avec de surcroît la dimension clandestine qui ajoute en saveur à toute chose et n'était pas l'apanage de ces radios pirates mais aussi des ados qui les écoutaient, toutes les précautions que ça nous demandait pour écouter dans notre lit sans être repérés par nos parents.
Le ghetto-blaster reste d'autant plus attaché pour moi à cette période, que c'est justement sur un de ces engins monumentaux pleins de diodes et de curseurs, comme celui de Fréquences de Nuit, qui tenaient plus d'un tableau de bord de 747 que d'un radio-cassette stéréo, que j'écoutais la radio la nuit.
J'ai moi-même, un peu plus tard, officié quelques temps sur une radio-libre dans le sud des Hauts-de-Seine, mais en soirée, jamais la nuit, malheureusement.

Avez-vous écrit cet ouvrage la nuit en vous laissant bercer par la radio ?
Non. Quand j'écris, je n'écoute rien d'extérieur. J'écoute ce que j'écris.

Des dédicaces ou des salons littéraires sont-ils prévus pour rencontrer vos lecteurs ?
Une dédicace est déjà prévue en avril à la très belle librairie « Les Nouveautés », rue du Faubourg-du-Temple, à Paris, près de République. Échanger avec des gens qui s'apprêtent à lire votre livre est une une des choses les plus importantes qui soient. Avec, bien sûr, le fait d'avoir des retours de la part de personnes qui vous ont déjà lu. Les retours sont infiniment précieux.

Votre précédent roman a été sélectionné par plusieurs prix littéraires. Espérez-vous en faire de même et ces reconnaissances sont-elles importantes ?
Oui, bien sûr, même si, dans le cas du « Temps arrêté », la covid a un peu bouleversé la donne en annulant plusieurs de ces prix. Les prix littéraires sont un des moyens pour que des lecteurs potentiels entendent parler, parmi la somme de livres qui sortent chaque mois, d'un roman, d'un écrivain, avec lesquels ils pourraient avoir des accointances. C'est important à ce titre.

Vous êtes également musicien. Comment résonne-t-elle en vous et aura-t-on l'occasion de vous retrouver pour des projets musicaux prochainement ?
Sauf quand j'écris ou que je me concentre sur quelque chose de précis, je suis souvent en train de me fredonner des chansons, des morceaux de pop ou des thèmes de jazz. Je suis contrebassiste de jazz, en effet, la musique occupe une très grande place dans ma vie, elle est au cœur de plusieurs de mes textes, et je pense, du moins je l'espère, qu'on la sent un peu dans mon écriture. J'ai fait et je fais toujours partie de plusieurs trios ou quartets, j'accompagne plusieurs chanteuses, mais là aussi, la covid a donné un sérieux coup de frein, aucune sortie de disque n'est prévue pour l'heure et je suis actuellement beaucoup plus concentré sur l'écriture.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Cette pandémie qui nous étouffe depuis deux ans n'a pas empêché que des gens continuent d'écrire et de faire de la musique, ou de créer d'une façon ou d'une autre, comme on l'a toujours fait. Voilà qu'au moment où elle semble se calmer, des événements terrifiants se dressent à l'est de l'Europe, avec leurs lots de discours de plus en plus extrémistes. Deux chansons de John Lennon occupent le cœur de « Fréquences de Nuit », Truth et Instant Karma. Dans la première, Lennon fustige les fous qui nous dirigent. Dans la seconde, il nous rappelle les yeux dans les yeux que nous sommes précisément mortels et le choix - pour ne pas dire, le devoir- qui incombe à chacun de nous de faire ce qui lui tient vraiment à coeur ici et maintenant. Ces deux titres, écrits en pleine guerre du Vietnam, sont toujours d'actualité. De tels propos prennent un relief particulièrement aigu à l'heure où les escalades actuelles se déroulent sur fond de la seule crise qui devrait mobiliser tous les moyens, l'urgence climatique, dont les effets pourraient mettre très vite tout le monde d'accord. C'est le propre de John Lennon, notamment dans ses disques en solo, de nous rappeler bien en face quelques vérités essentielles, qui pour paraître naïves, n'en sont pas moins vraies. C'est en partie ce que découvre l'adolescent de ce livre, la possibilité de toujours pouvoir choisir, même lorsqu'on se sent profondément perdu, privé de ses repères.
Longtemps, d'ailleurs, ce roman s'est appelé « Instant Karma ». La conscience arrive toujours à se frayer un chemin à travers les événements.

Merci à Richard Apté d'avoir répondu à notre interview !

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