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Requin Chagrin : l'album Bye bye baby

Débuté peu avant le confinement, terminé lors d’un enregistrement aux prestigieux studios bruxellois ICP, à la fin de l’été 2020, BYE BYE BABY témoigne de l’intériorité d’une artiste qui veut s’exprimer sur ce qu’elle est tout en racontant le monde autour d’elle. Découvrez l'univers de Requin Chagrin.

Requin Chagrin (crédit Andrea Montano)

crédit visuel : Andrea Montano

Marion Brunetto. Balance ascendant Balance. De quoi aimer les contrastes et les (dés)équilibres – en témoigne son nom de scène : Requin Chagrin, inspiré par cet animal marin devenu son totem. De l’eau a coulé sous les ponts depuis son arrivée à Paris, à peine majeure, et son apprentissage d’une dream pop mêlant rock californien, noisy-pop anglaise, héritière outsider des Yé-yé : une musique anglo-saxonne explorée de manière unique en France. En témoigne le premier single, Déjà Vu, dont le clip réalisé par Antoine Carlier reflète l’énergie à la fois synthétique et onirique. Et ce riff de clavier qui emporte tout sur son passage.

Comme d’habitude, Marion joue de tout, toute seule : synthétiseur, basse, guitare, batterie. Elle incarne une self made woman à l’aube de sa trentaine, qui s’aventure davantage dans l’introspection, puisant son inspiration dans ses rêves, ses voyages, ses amis. Qui ne s’embarrasse guère des limites frontalières du genre, n’hésitant pas à s’approprier le masculin dans « Fou » ou « Roi du silence ».
Après la révélation du premier album, Requin Chagrin, en 2015, puis la confirmation du second, Sémaphore (2019) Marion Brunetto a été confrontée à la multitude d’options que peut représenter un troisième disque. Plutôt que de choisir dès le début, elle a exploré, des mois et des mois, des sons, des idées, des mots. On retrouve sa mélancolie, ses sensations planantes, mais également l’affirmation de soi, soulignée par des batteries frondeuses. Les textes comme la musique prennent moins de détours. L’ambition artistique ?  Partir d’une dream pop pour l’affiner avec les réverbes du rock’n’roll, des échos des eighties, assouvir un besoin de lumière. Et, surtout, s’abandonner à son addiction assumée : le matériel instrumental.
Ainsi, toute occasion a été bonne pour tester un synthétiseur ici, en emprunter un là, tâter et repincer des cordes de guitare. Chez Requin Chagrin, une chanson est une quête, et tout moyen est bon pour y parvenir. Avec sa seule volonté mais aussi le soutien de son entourage, de Nicola Sirkis, qui l’a signé sur son label KMS, à Chab (Daft Punk, AIR, Sebastian) pour le mastering. S’est aussi distingué l’ingénieur du son Ash Workman (Christine & The Queen, Metronomy, Veronica Falls) qui, de sa ville anglaise de Margate, a musclé une compression sonore échappant néanmoins à toute agressivité : l’énergie renouvelée de Marion a été saisie tout au long de son travail sur les dix pistes de BYE BYE BABY.

Débuté peu avant le confinement, terminé lors d’un enregistrement aux prestigieux studios bruxellois ICP, à la fin de l’été 2020, BYE BYE BABY témoigne de l’intériorité d’une artiste qui veut s’exprimer sur ce qu’elle est tout en racontant le monde autour d’elle. Elle a délaissé son enregistreur à cassettes pour celui à bandes (un Fostex A8 LR), une méthode qui a influé sur la composition des titres et offert autant de contraintes que de possibilités. Elle reste influencée par Beach House, Molly Nilsson, Exploded View, Pale Saints, The Proper Ornaments,  Cigarettes After Sex, John Maus, le label Italians Do It Better, les démos de synthés et pédales d’effets vintages, Kate Bush, et les Cocteau Twins, auxquels elle reste religieusement fidèle.
En dépit d’une ouverture baptisée « Première vague », et qui pourrait laisser croire qu’elle cultive encore le champ lexical de la mer, c’est du côté de la terre comme des étoiles qu’il faut chercher le sens des chansons de BYE BYE BABY. Et le réinventer à sa guise.

Track by track

Première vague

S’impose ici le désir d’un mur du son, de quelque chose de plus massif. Cette énergie, malgré l’étrangeté de la structure du morceau, m’a fait penser à une vague. Même sans savoir où aller, il faut se jeter à l’eau, toujours.

Déjà Vu

L’inspiration m’est venue avec un petit synthé Casio MT400v qu’on m’a prêtée et que j’adore. J’ai voulu parler d’étoiles, notamment des perséides, ce moment autour du 15 août où se multiplient les étoiles filantes. C’est l’heure de faire des vœux, de tout recommencer.

Nuit

Composé autour dans le vide et la chaleur du 15 août, ce morceau a été écrit par Rémi Parson et oscille entre l’espoir et la noirceur. C’est une forme de cold-wave qui pourrait bien plaire aux loups-garous…

Bye Bye Baby

Il est né fin juillet, aux alentours des 20 ans du crash du Concorde. Ici, je reviens à l’essentiel : l’acoustique d’une guitare. Il y est question d’émancipation, de quitter une vie terne et cadrée, de partir à l’aventure, tout en s’acceptant. C’est un titre très personnel.

Juno

C’est une ode à ce synthétiseur fabriqué par Roland. Les rythmiques à la Cocteau Twin, la basse qui donne le ton, un souvenir qui revient sans arrêt… Ce sentiment d’avoir quelque chose qui colle à la peau.

Fou

J’ai tourné en rond avec ma guitare jusqu’à ce que je déniche un orgue d’entraînement Yamaha, dont les sons sont très beaux... Quatre accords, pas plus. Je voulais quelque chose de simple pour raconter la non-réciprocité des sentiments.

Volage

J’avais envie de faire un morceau assez tendu, de programmer une boîte à rythmes aux sonorités froides. « J’ai toujours en moi une sorte de manège » : ces quelques mots constituent le point de départ du texte, qui évolue autour de cette confusion des sentiments, de l’identité, de la vision qu’on a de soi.

Love

La lenteur, le rêve, et un riff d’ouverture rajouté de justesse. « A 100 000 à l’heure j’ai brisé ton cœur » : ce vers renforce l’idée de vitesse, voire de brutalité, à l’ensemble du morceau.

Perséides

Tout en guitares, il convoque le psyché garage classique mais brille cependant d’un clavier féérique. L’association des deux m’évoque la constellation, la contemplation des étoiles... D’où son titre !

Roi du Silence

C’est un guitare-voix sous influence Velvet Underground, auquel j’ai rajouté la batterie, la basse, les synthés… Le texte est venu en chantant, autour de l’endormissement, de la nuit, de quelqu’un qui se terre dans son silence. Circulez, y’a rien à voir !

 

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