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Plongez dans le milieu carcéral avec l'album Fleury

Découvrez l'album Fleury avec pour architecte sonore Nicolas Repac et le collectif Fleury. Entre album musical et documentaire sonore, entre rap, chanson et poésie... une parole libre sortie des murs de la prison de Fleury-Mérogis.

Fleury - Nicolas Repac

Fleury est un album avec Nicolas Repac ce sont des textes écrits et interprétés par des détenus de la prison de Fleury Mérogis. Le projet à commencé par des ateliers d’écriture menés par Sollex et Nëggus et ça donne 11 titres de rap comme des portraits, ou des courts métrages, sur l’errance, la solitude…

Peut-on en savoir plus sur votre parcours artistique et d'où vient votre passion pour la musique ?
Nicolas Repac : de mon enfance. Je suis autodidacte.

Pouvez-vous nous présenter cet album collectif Fleury ?
Maet Charles : L’album de Fleury Mérogis est un album collectif, initié de la complicité entre le label Mix et Métisse, Maet Charles, et les coordinatrices du service culturel du SPIP (services pénitentiaires d'insertion et de probation). A partir de l’idée se sont greffés 2 intervenants Romain Lefrancois alias Sollex et Nëggus qui ont animé les ateliers de création des textes avec les 10 détenus de la prison de Fleury-Mérogis. Un studio mobile a ensuite été installé dans l’enceinte des murs de la prison. Chaque participant a interprété son texte. Nicolas Repac a ensuite créé une bande sonore à partir des textes brut chantés ou scandés.
Nicolas Repac : C'est un documentaire sonore. Une photo prise à un moment donné. Poésie du réel.

Pourquoi avoir voulu créer un album avec des textes écrits et interprétés par des détenus de la prison de Fleury Mérogis ?
Maet Charles : Je travaille depuis plusieurs années en détention et j’aime découvrir et me rendre compte à quel point ces personnes rencontrées à un moment singulier de leur vie (la détention) ont des choses essentielles à dire, des choses qui nous concernent tous, des choses qui résonnent quelque part. De la l’envie de faire partager cette matière poétique, artistique avec un plus grand nombre de personnes.

Avez-vous pu rencontrer des détenus et comment avez-vous échangé avec eux ?
Romain et Nëggus : Dès le départ l’atelier d’écriture « la source des mots » avait pour finalité la création d’un album allant de l’écriture à l’enregistrement en passant par les répétitions, entre les 4 murs de la maison d’arrêt.
Très simplement, nous avons présenté le projet aux participants, en insistant sur toutes les étapes par lesquelles passe un artiste pour aboutir à un projet.
Au début de l’atelier, Maet Charles (productrice) est venue expliquer le projet, accompagnée de Marion Michiardi (Spip), pour parler de l’engagement de nombreux acteurs du projets : Mix et métisse, la Sacem, le Spip, l’Autre distribution… C’était une façon de sensibiliser les participants à l’écosystème qui gravite autour d’un projet artistique et de leur donner du « concret ».
Nicolas Repac : J'ai pu me rendre une fois à Fleury. J'ai rencontré 3 détenus ce jour là. Je me suis présenté pour leur dire ce que serait ma démarche musicalement.

Etait-ce facile de convaincre des détenus à participer sur un album ?
Romain et Nëggus : Tous les participants étaient déjà présents, investis et avaient l’envie de tenter un atelier d’écriture au départ. Ils savaient qu’ils avaient été choisis et que d’autres étaient sur liste d’attente. Participer à l’atelier était pour eux une façon de casser la routine, de voir du monde, d’échanger, et de sortir 3 heures de leur cellule. Puis les mots « album », « sacem », « sortie dans les bacs » ont été de véritables moteurs. Grâce à ce projet, on leur offrait un objectif concret, une fenêtre sur l’extérieur au moins pendant 3 mois...

Est-ce qu'il y a un sujet sur lequel ils souhaitaient évoquer en musique ?
Romain et Nëggus : Ils voulaient écouter du son, du son, du son… avant même de poser la moindre ligne. Rapidement, ils ont souhaité parler de leurs conditions de vies, des conflits entre eux, des erreurs, de leur colère, de leur famille, de la justice, de la solitude… Il nous semblait qu’ainsi loin de leur quotidien du dehors, les participants avaient besoin immense de s’exprimer, et de se parler à eux même. Nous étions comme face à onze tempêtes dans onze crânes.

C'était important que les textes soient en français et y avait-il des contraintes particulières ?
Romain et Nëggus : Le français n’était pas imposé, mais il était naturel car ils étaient tous francophones. Certains ont souhaité rajouter des mots de leur langue maternelle pour évoquer des concepts, des références ou des sensations qu’ils ne pouvaient exprimer autrement (Dounia, Bocalin, etc.).
La contrainte proposée était que chaque texte écrit trouve son angle d’attaque, son point de vue, et surtout, qu’il puisse avoir été écrit par une personne en dehors de la maison d’arrêt. L’idée sous-jacente était de ne pas lire dans ces textes, uniquement du vécu de détenus, mais du vécu d’humain.

Quels ont été les premiers retours sur Fleury et comment votre projet est-il accueilli ?
Maet Charles : Nous avons des retours très encourageant et intéressés par le sujet, avec des journalistes qui prennent le temps d’essayer de comprendre la démarche et de raconter de façon sensible l’aventure. C’est chouette de voir ça.

Sur quoi était-il important de mettre l'accent pour cet album ?
Nicolas Repac : sur le réalisme des paroles notamment. Il n'y a pas de postures ni d'impostures. Leurs textes sont comme des kits de survie.
Rédemption et famille sont au cœur du sujet.

Peut-on en savoir plus sur la partie instrumentale ?
Nicolas Repac : J'ai œuvré comme à mon habitude dans mon studio en solitaire. Je suis parti des textes et de leurs voix en essayant de révéler au maximum l'émotion et l'authenticité. Chaque musique est cousue main pour épouser au plus près leur corps poétique. Je me suis servi de leurs maladresses et de leurs fragilités. Ce ne sont pas des rappeurs professionnels et on ne peut pas écouter ni juger ce disque comme un disque lambda. C'est plus de l'art brut qu'un album classique de rap.

Comment se sont passés les enregistrements en studio ?
Romain et Nëggus : Ce qui était étrange pour les participants s’était de poser leur voix sur une rythmique « pum-chak » et pas sur une instru… ce qui ne se fait jamais. On a été au plus proche des participants pour les mettre à l’aise, pour les préparer au mieux, et pour leur faire accepter leur voix enregistrée, leurs défauts, leur flow, leur style et leurs émotions du moment… Le jour de l’enregistrement, chacun avait à peine 30 minutes pour poser la voix, et quelques « backs » parfois. Il fallait un enregistrement propre pour que Nicolas Repac puisse avoir la matière nécessaire pour la suite. Les gars ont donc carrément assuré !
Nicolas Repac : Ne pouvant pas me rendre aux sessions d'écriture car j'étais en tournée à ce moment là. J'ai juste demandé à Romain de construire des beats le plus sommairement possible, et de pouvoir ainsi récupérer leur voix et un clic uniquement. Cette méthode a permis de leur créer un cadre musical provisoire leur permettant de poser leur voix dans de bonnes conditions en partant de leur tempos propres et de récupérer leur flow. Romain et Neggus ont été primordiaux car ils ont su créer les conditions bénéfiques de confiance qui ont permis de faire éclore leurs mots et leurs maux. Ils leur ont fait franchir les barrières de la pudeur. Chanter où rapper n'est jamais simple, surtout quand on ne la jamais fait.

Peut-on en savoir plus sur l'artwork de Fleury ?
Maet Charles : L’artwork a été créé à partir de propositions créées en ateliers Arts Plastiques en détention. Après avoir écouter l’album, chaque détenu pouvait créer différents supports, matières, collages pour répondre à ce qu’évoquait la musique. Ensuite Frank Loriou a imaginé une pochette qui reprenait les visuels et les propositions, en conservant la poésie et la dynamique initiale.

Je crois qu'un documentaire est également prévu, peut-on en savoir plus à son sujet ?
Maet Charles : Pendant l’enregistrement, l’équipe des Loustic Sessions est venue filmer à plusieurs moments la création. Nous avons choisi au final un format court sous forme d’une présentation vidéo de 8 min.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Maet Charles : Ca redonne du sens à nos métier où parfois on oublie que la musique est aussi un façon de raconter le monde, de se rencontrer, d’apprendre à faire société ensemble. L’album Fleury c’est aussi ça.
Nicolas Repac : Ça m'a fait du bien de participer à cette aventure. Le sentiment d'avoir servi à quelque chose un peu plus que d'habitude. J'espère qu'ils aimeront le résultat et qu'ils seront fiers d'eux.

Merci au Collectif Fleury d'avoir répondu à notre interview !
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#4 - Noxbé & Nicolas Repac - Solitude (Official Music Video)

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