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Petosaure : le single Kielbassah

Rédaction Divertir Par Le lundi, 29 avril 2019 à 18:13 0

Dans Culturel

Petosaure vient de sortir un nouveau titre Kielbassah, qui évoque la fin du chanteur, et extrait de l'EP 4 titres Le Musc à paraître à la fin du printemps.

Petosaure - Kielbassah

Pouvez-vous nous présenter le single Kielbassah ?
Kielbassah est un morceau très particulier. Il s’agit d’un dialogue entre le diable et moi même. Il établit les bases d’un contrat.
J’ai cherché à le rencontrer et je crois l’avoir trouvé. Je ne suis même pas sûr aujourd’hui qu’il s’agisse d’une métaphore. Pendant une longue période, je pense avoir offert à une entité (peut-être n’existe-elle que dans ma tête… C’est drôle, mais au moment exact où je vous ai écris ces derniers mots, un courant d’air très puissant, alors qu’il n’y a pas de vent, vient de renverser une bonne partie des bibelots entassés dans ma chambre) de très belles mélodies ainsi que des pensées sombres et “profondes”. Quand je dis “profondes”, je ne me permettrais pas de faire allusion à ma capacité de penser, mais plutôt d’affirmer que j’ai réussi à déceler des idées tapies très loin dans l’ombre de mon subconscient.
J’associerais cela à ma “première dépression” et mon laisser-aller dans la visite continue de ces paradis artificiels. C’est un bien étrange voyage.
Mais il m’a permis de comprendre quelque chose de crucial. La musique est belle et bien magique. Elle permet selon les points de vue de dialoguer avec son propre subconscient et de prendre de l’avance sur ce que je ne m’avouais pas encore… Ou bien de prédire l’avenir. Car ce qui est écrit dans l’EP Le Musc où préfigure Kielbassah, premier morceau composé de l’ouvrage, s’est déroulé par la suite sans que je ne puisse rien y faire. Je remercie avec beaucoup de tendresse Kielbassah, quel que soit son nom, pour cette découverte. La triste histoire est qu’il est interprété dans le morceau par XTRM Boï, notre bassiste, mon ami, avec qui je partage le logis. Le pauvre fut le réceptacle de cet esprit.

Pourquoi vouloir parler de la fin de Petosaure ? Envisagez-vous sérieusement d'arrêter votre carrière artistique ?
C’est une très triste nouvelle... Mais comme annoncé dans la chanson Kielbassah, Petosaure est mort. Ou s’il n’est pas mort, il est perdu pour de bon dans les limbes. J’ai toujours ouvert mon esprit à de nombreux personnages, que j’apprécie pour leurs grandes qualités mais qui parfois m’inquiètent par leurs terribles défaillances. J’ai ressenti le besoin vital de laisser partir Petosaure loin de moi pour éviter de finir totalement fou. Je dois le laisser continuer aujourd’hui sa route, hors de ma tête. À savoir s’il survivra seul...  Il ne sera jamais question pour moi de mettre un terme à ma carrière artistique. Ce n’est d’abord pas moi qui en décide et puis j’ai une obsession toute particulière pour le chaos et la destruction. Mais aussi le renouveau.

Kielbassah préfigure l'EP Le Musc qui devrait sortir prochainement. Peut-on en savoir plus à son sujet ?
Le Musc est un journal intime, cette fois-ci celui d’une goule ou de ce qu’on peut considérer le plus proche de l’état de mort.
Il signe une violente et traumatisante peine de cœur… Ce qui lie naturellement l’EP à la fin de Petosaure puisque c’est l’amour qui est à l’origine de la création de ce projet. Le Musc retrace tout ce qui s’en est suivi. La transformation de l’esprit et sa reconstruction après les lourdes balafres qu’il portait.

On retrouvera dans vos titres le diable, un vampire, des paradis artificiels... Qu'est ce qui vous a poussé à aborder ces thèmes sombres et doit-on y voir un parallèle avec le monde actuel ? D'ailleurs devrait-on s'étonner si vous échangiez avec ces être maléfiques... ?!
Quand j’étais enfant, je demandais à mes parents d’étranges cadeaux pour mes anniversaires. J’ai la chance d’avoir eu deux parents très investis leurs rôles. Pour mes treize ans, je leur ai demandé de m’offrir un exemplaire du Dragon Rouge. Un très célèbre grimoire de magie noire qui n’est en réalité qu’une copie édulcorée de l’ouvrage initial Le Grand Grimoire qui fut écrit entre 1421 et 1522 et qui reste introuvable aujourd’hui (l’unique exemplaire complet de ce livre se trouve au Vatican). Je crois bien que c’est le seul livre que j’ai pu lire entièrement de toute ma vie. J’y ai trouvé tout ce qui me fascinait et me fascine encore. Les bases de l’ésotérisme, la démonologie, quelques rituels d’incantation, la préparation de philtres et de potions. Mes parents durent me confisquer le livre lorsque les voisins se sont plaints des cercles géants que je traçais au bas de l’immeuble en récitant (très approximativement) des textes en hébreux. Je voulais déjà à cette époque rencontrer le diable. Je pense m’en être rapproché pour la première fois cette année. Et Le Musc est mon propre philtre. Un philtre d’amour, ou un poison, l’avenir nous le dira.

Il parait que vous avez dérangé les voisins de votre immeuble pendant les répétitions au point de leur offrir des EP. Vous les avez martyrisé à ce point ?
Les pauvres doivent vivre chaque jour de l’année à quelques pas d’un appartement maudit où deux colocataires constamment avinés (XTRM Boï et moi-même) produisent les pires sons, ainsi que les plus fabuleux évidemment. Faire défiler des orchestres symphoniques chez nous pour les enregistrer dans le studio d’ XTRM Boï (sa chambre) doit être une épreuve difficile pour chacun d’entre eux. Le voisin du dessous s’est même montré un jour pour dire que mes cris et hurlements terrorisaient ses petits enfants. Les chansons de l’EP n’effaceront très certainement pas leur trauma, mais il sauront au moins que ce n’est pas gratuit et que cela sert une noble cause : faire de la musique.

Je crois que toute une bande d'artistes vous accompagne sur vos projets, et notamment la partie instrumentale, peut-on en savoir plus à ce sujet ?
J’ai toujours eu la chance monstrueuse de jouer au côté des personnes que je considérais comme les plus talentueuses jamais rencontrées. Notre batteur “Krispy Krust” est une bête. Clairement. Dans tous les projets musicaux que nous avons partagés où non, il montait le niveau de la composition avec intelligence et une masse de créativité, c’est un atout essentiel. C’est un ogre de la musique, il vit pour jouer depuis l’enfance et fait cela divinement bien. Je dirais que le plus grand de ses talents est d’écrire des patterns de batterie d’une grande complexité en restant parfaitement intégrables pour une oreille non exercée. À la basse, “Xtrm Boï” est un équipier hors pair ! L’histoire est drôle…  Nous nous connaissons depuis l’époque de MySpace. Nos deux groupes de métal étaient en concurrence à l’époque où les groupes de métal pullulaient en France. Le style évoluait fort et nous avions déjà beaucoup de respect l’un pour l’autre sans jamais nous être rencontrés puisqu’il est originaire de Besançon (aussi appelée Bezac ou encore B-town par les plus fins connaisseurs). Sa sensibilité artistique et son talent ne sont plus à démontrer, son expérience du live nous est d’une utilité cruciale. C’est aussi, malheureusement pour lui, mon colocataire. C’est avec lui que nous enregistrons toutes les nouvelles compositions de nos projets respectifs. Il est également un précieux conseiller. Le guitariste “Le Malin” est ce que j’appellerai un musicien de nature. Il est irréprochable. C’est bien simple, il ne fait jamais de fautes de goût. Il a une compréhension de l’efficacité musicale, autant par ses talents de composition quand il s’agit d’écrire des lignes qui sonnent familières instantanément que dans la maîtrise de son son. Ses arrangements sont intelligents et d’une précision redoutable. Notre maestro personnel sévit à la flûte traversière. Big Willy derrière sa carrure de titan fait montre d’une finesse rare. C’est un érudit dans la théorie de l’écriture doté d’une oreille absolue bien avantageuse. Je ne sais pas encore quelles sont toutes ses références, mais parfois il me semble déceler une écoute prolongée du groupe Camel ou encore King Crimson, Pink Floyd et autres troubadours du psychédélisme. Le tout nouvel arrivant du projet “Petite fille”, dont le pseudonyme rester à confirmer, est un pianiste plus que confirmé. Il vit l’instrument et nous le montre par sa capacité à improviser constamment, qu’il s’agisse d’une répétition ou d’un live enflammé. Il a peu de limites, pas même le ciel. Sa réputation se fera d’elle-même, nous en avons tous conscience.
Je ne remercierai jamais assez les membres qui ont partagé l’aventure et la scène avec nous et poursuivent leurs propres quêtes artistiques.
Coco Grand Marnier continue de chanter avec une dose d’amour et de passion dévorante. Et pour ce qui est de Meunier, je crois pouvoir dire que le projet n’aurait pas vu le jour sans la dose de confiance et le soutien qu’il a pu m’apporter. Je l’aime très sincèrement et lui suis redevable de beaucoup.

Est-il possible de nous partager les coulisses des enregistrements studio et n'était ce pas trop l'enfer pour Petosaure ?
(rires) Si l’on considère que notre appartement est comme l’enfer. Non aucun soucis à ce niveau ! Nous privilégions maintenant une manière de faire plus intime. J’aime enregistrer saoul dans ma chambre ou celle d’XTRM Boï. Si vous souhaitez en savoir plus, il faudra passer un soir à la maison. Nous offrons le tabac, les vivres et les boissons. Nous prévoyons d’ailleurs d’organiser un concours de poésie sur les réseaux. Le prix à gagner : venir chez nous écouter ce que nous préparons mystérieusement pour la suite. Et il y a matière...

Pour l'album Le fantôme et l'enfant, vous nous aviez dit que vous aimeriez que les fans découpent des morceaux de leur peau pour vous les envoyer par La Poste. Personne n'a voulu vous faire ce genre d'offrande pour l'EP ?
Nous n’avons malheureusement pas reçu de peaux humaines... Les sous-vêtements odorants ont malgré tout trouvé leur chemin jusqu’à notre boîte aux lettres. Merci mes demoiselles. Pour ce qui est de l’EP, nous comptons nous investir nous-mêmes. Le titre parle de lui même. Le musc sera extrait de nos propres corps et imbibé dans chaque exemplaire de l’EP. Nous ne conseillons pas de consommer ce musc. Il doit y rester quelques substances dont l’ingestion reste peu recommandable.

Une indiscrétion ou une anecdote à nous raconter sur Le musc ?
Comme cité précédemment, l’EP physique sera accompagné d’un buvard discret. Sur lequel nous aurons déposé une goutte de ce fameux philtre d’amour. Nous laisserons le plaisir aux auditeurs d’en découvrir la senteur et les effets.

L'artwork de l'EP Le Musc de Petosaure

Si l'amour du public était suffisant, Petosaure serait-il vivant et le monde serait-il sauvé dans un EP qui aurait pu s'appeler "Le must" ?
(rires) Bravo ! Quoi qu’il en soit, Le Musc sera forcément le must. Je pense que cet EP ouvre la chanson française à la richesse que déploient le rap et la trap française dans ses acrobaties littéraires. La chanson française s’est trop reposée sur ses lauriers et entretient un niveau de recherche ou d’écriture honteusement néfaste. Contrairement à certaines personnalités de la musique actuelles, nous ne souhaitons pas prendre les auditeurs pour des abrutis. Nous n’iront pas tirer un style musical vers le bas pour le rendre accessible au plus grand nombre, nous allons rehausser le niveau de notre propre style musical pour intéresser de plus en plus de monde. Nous venons mettre les coups de pieds dans la fourmilière. L’amour du public a toujours été au rendez vous mais nos histoires personnelles nous rappellent que cela ne suffit pas encore et que tout reste fragile. Nous avons besoin du soutien du public plus que jamais. Petosaure est devenu colère et désolation. Qu’adviendra-t-il de sa succession ? Je crois qu’elle sera plus apte à sauver le monde.

Aura-on l'occasion de vous (re)voir prochainement sur scène pour vous faire ressusciter ?
Je ne sais pas si avez lu 20th Century Boys de Naoki Urasawa (un chef d’œuvre, mon plus grand coup de cœur de la culture manga)… Si ce n’est pas le cas, je vous le conseille. Tout y est expliqué ! Nous ferons néanmoins un concert d’adieu pour les funérailles de Petosaure à la fin du mois de mai en l’honneur de sa mémoire.

On a vu les références mythologiques dans votre EP et je souhaiterai juste faire un aparté sur l'incendie de Notre Dame de Paris qui a eu lieu mi-avril. Quel est votre ressenti sur cet accident ?
J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’être discret sur cette question. Si je dois répondre une chose, c’est que j’ai toujours été fasciné par la fragilité du monde et sa propension à disparaitre en un clin d’œil. C’est une leçon primordiale. Parlez en aux dinosaures... Cette fois-ci aucun mort n’est à déplorer et cela reste l’essentiel.

Vous nous aviez dit que vous rêviez notamment faire un featuring avec Booba et Kaaris. En attendant que cela se produise, LCI vient de nous révéler que leur combat se déroulera le 19 décembre à Genève, y assisterez-vous (pour de l'ensorcellement ?) avant que vous ne disparaissiez ?
Je ne paierai pas un centime pour voir ça ! Cela dit, je dois avouer que j’attendais depuis longtemps qu’ils remontent sur une scène ensemble, et ce sera l’occasion de voir ce rêve se réaliser. Quand ils ont commencé à se chamailler, je n’ai pas pu arrêter de penser à la perte que cela représentait pour la chanson française, car je considère le rap comme tel quand il est produit par d’aussi grands talents de la musique.
Booba et Kaaris auraient pu nous sortir un album en duo comme Jay-Z et Kanye West avec encore plus de profondeur et de verve à la clé.
Soyons clairs, nos rappeurs n’ont rien à envier à leurs camarades américains. Ils écrivent mieux c’est indéniable. J’ai énormément de respect pour leur travail et si la chanson française en prenait de la graine nous ne nous taperions pas le ramassis de merde qui inonde les radios.
En ce qui concerne un featuring avec Booba et Kaaris, nous devrions grandir très haut avant qu’une collaboration puisse les intéresser, mais cela ne me paraît pas inatteignable.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ? J'espère que ça ne se traduira pas en cérémonie d'adieux...
Il serait absurde d’annoncer sa mort lorsque nous visons la vie éternelle. J’adresse à toutes les âmes qui nous ont suivi jusque là un baiser des plus chaleureux. Vous êtes la flamme qui nous réchauffe et nous vous faisons la promesse de sortir de cette fin plus grands, plus forts et plus déterminés que jamais. Le cœur léger, plein de couleurs et d’espoir. Nous aimons la musique, nous aimons la vie et par ce biais nous vous aimons tous.
Signé, le roi d’un pays céleste.

Merci à Pétosaure d'avoir répondu à notre interview !
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PETOSAURE - Kielbassah

L'EP Le Musc

Le musc ressemble au journal intime d'un vampire romantique et sentimental qui prédit la brisure de son propre cœur et en affronte les conséquences. Il sombre dans le vice, le stupre et les paradis artificiels.

Le single Kielbassah

C'est le dialogue entre un homme perdu qui n'a plus rien à perdre et le Diable. Le diable lui offre les merveilles du monde, la gloire, en échange de son enveloppe désormais condamnée à la diminution et la déchéance.

interview Musique

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