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OVNI baroque – Retour vers le futur

Maxime Lopes Par Le lundi, 09 novembre 2020 à 13:59 0

Dans Culturel

Il s’agit d’un challenge instrumental qu’aucun violoniste n’osait relever jusqu’alors, de la renaissance d’une pratique pourtant certainement répandue aux XVIIème et XVIIIème siècles : l’OVNI baroque (orgue violon nouvelle interprétation) est la proposition par laquelle une seule musicienne interprète la partie mélodique d’une œuvre au violon, en s’accompagnant elle-même avec le pédalier d’un orgue.

Emmanuelle Dauvin - OVNI baroque

Cette musicienne, c’est Emmanuelle Dauvin, jeune violoniste diplômée du Conservatoire Royal de Bruxelles dans la classe de Mira Glodeanu, puis de la Schola Cantorum de Bâle entre les mains d’Amandine Beyer. « Au début, c’était un peu une blague : alors que je préparais un récital à Paris, je me suis essayée à l’exercice pour m’amuser… et il se trouve que ça fonctionnait très bien ! » Il n’en fallait pas plus pour que l’expérience se dote d’un nom et d’une autonomie, avant de grandir et voyager avec sa créatrice. A force de travail acharné de coordination, la gymnastique est devenue un jeu très excitant :« je pense que des connexions se sont faites dans mon cerveau ; j’éprouve désormais un plaisir physique à jouer la basse qui m’accompagne ! »

L’exercice du XVIIème siècle

Il existe aujourd’hui peu de documents illustrant la pratique, et pourtant certains éléments alimentent les cours d’histoire de la musique dans les conservatoires : on sait notamment que le compositeur Nicolaus Bruhns ajoutait lui-même une partie de pédales à ses polyphonies de violon. « Je pense qu’on peut extrapoler en considérant que les compositeurs Allemands des XVIIème et XVIIIème siècles étaient capable de jouer de la sorte – ils étaient aussi bons organistes que violonistes, c’était certainement très naturel pour eux… ». Un naturel qui expliquerait le peu de traces écrites s’agissant d’un exercice sans doute très aisé pour nombre de musiciens, à une époque où la construction intellectuelle de la musique était extrêmement complète : écriture, maîtrise de nombreux instruments… « Nous sommes aujourd’hui moins polyvalents et beaucoup plus cloisonnés que les musiciens de l’époque ».

Pédalier sur mesure

Cette polyvalence ne demande qu’à s’exposer ! C’est pour garder le contact avec son public qu’Emmanuelle Dauvin a décidé de se faire construire un pédalier qui lui permet de jouer face à l’auditeur, sans être cachée derrière une masse imposante, à la tribune d’un orgue. Un organiste et facteur spécialisé dans les instruments électroniques lui a ainsi développé un « simulateur d’orgue », utilisant des banques de sons extraites d’instruments historiques. « Les sensations sur le pédalier sont très fidèles, avec un peu de résistance… ». Le pédalier sur mesure est encore en cours d’évolution, l’objectif étant désormais de le faire le moins encombrant possible… ce qui donnera lieu – pourquoi pas – à la naissance de petits frères et sœurs, pour une clientèle appelée à se développer !

Un répertoire en grand

Pour cette configuration inédite – du moins au siècle présent – le répertoire baroque s’ouvre en grand ! « J’ai pensé réaliser des arrangements, mais je cherches surtout des pièces du répertoire appropriées à l’association violon – pédalier ». Pour cela l’idéal est une basse sobre, et des mélodies riches et développées par-dessus. « Les sonates du Rosaire de Biber s’y prêtent tout à fait. Jouer ainsi rend le discours très lisible ; l’orgue est présent mais l’écart de tessiture est tel que le violon passe très bien. On retrouve ainsi l’impression de la musique improvisée, la folie du Stylus Fantasticus ». Pour la suite, aucune porte n’est fermée : une adaptation d’un concerto pour clavecin dont la ligne mélodique serait jouée par le violon pourrait être envisageable, tout autant qu’une commande expresse, passée auprès d’un compositeur !

Projets d'ensembles

Ce répertoire est déjà gravé au disque pour partie, avec une sortie prévue au printemps prochain - et un récital d’Emmanuelle a été filmé avec un prototype de son pédalier. Au programme : Bach et Biber ! Emmanuelle Dauvin poursuit par ailleurs ses participations aux projets de multiples ensembles. Le spectacle Combattimento créé en septembre avec l’ensemble Ausonia (dont la reprise à Louvain-la-Neuve en Belgique prévue le 24 novembre est reportée) : « un superbe spectacle centré sur le Combattimento de Monteverdi, dans lequel se croisent musique baroque, musique contemporaine, et danse autour d’une chorégraphie qui fait magnifiquement dialoguer ces deux esthétiques ». Le mois de décembre marquera une nouvelle collaboration avec les Arts Florissants dans un programme de messes vénitiennes à l’Opéra Garnier : Vivaldi et Corelli seront à l’honneur !

Emmanuelle Dauvin - OVNI Baroque ou la pratique simultanée du violon et de l'orgue :)

Soutenir le projet OVNI baroque

"Jouer du violon et de l'orgue en même temps, comme Bruhns au XVIIème siècle, c'est possible : j'ai nommé cette pratique l'OVNI Baroque ! Pour la partager avec un public plus large, j'ai besoin de votre aide. Vous avez la possibilité de participer à la création d'un prototype de pédalier réalisé spécialement pour ce projet !"

Musique

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