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Møsi : l'album Noble dans la défaite

L'album Noble dans la défaite de Møsi apporte une nouvelle couleur à la musique du duo : celle de l'urgence.

Mosi

Pouvez-vous nous présenter votre album Noble dans la défaite ?
Marien (guitare / chant) : Noble dans la défaite est notre 3ème LP depuis 2017, le premier réalisé avec notre label et notre éditeur. C'est toujours difficile de parler d'un de ses disques quand on est encore dans le chaud mais je pense que c'est une bonne synthèse de nos travaux précédents. La balance entre Melen et moi est de plus en plus fine, le son et les choix de production nous ressemblent vraiment. Ça nous a aidés à pousser plus loin notre écriture et sortir de notre zone de confort vis-à-vis de nos instruments respectifs.

On a parfois du mal à vous catégoriser dans ce que vous faites. Vous n'aimez pas ce concept de case ou de genre artistique ?
Marien : oui et non ; ça aide à se repérer quand on cherche de nouveaux artistes à découvrir mais on peut vite se perdre dans la cartographie des sous-genres. Chacun y voit un peu ce qu'il veut aussi en fonction de son  bagage. Si on va trop dans le spécifique on perd beaucoup de monde, mais quand on est trop générique ça ne raconte pas grand chose. Et puis surtout une étiquette trop marquée peut enfermer dans un exercice de style, ce qui serait un vrai cauchemar.
Melen (batterie / voix) : Et ça ne correspond pas à notre manière de travailler : qui dit style (ou genre) veut dire codes de genre et influences, alors que lorsque l'on compose, on essaye de justement s'éloigner le plus possible de ce qui nous inspire, afin de faire quelque chose de plus personnel, et donc de plus vrai en quelque sorte. Donc forcément, lorsqu'il vient le temps de catégoriser ce que l'on fait, ça va un peu à l'encontre de notre démarche.

Comment composez-vous et quelles ont été vos inspirations pour cet album ?

Melen : Justement, comme évoqué plus haut, l'idée lorsqu'on rentre en phase de composition, c'est de se départir au maximum de ce qui pourrait être une influence - du point de vue du style en tout cas. Ce qui pourrait être une inspiration, ça serait plus des méthodes de travail de groupes que l'on apprécie. Par exemple, la scène issue d'Hummus Records en Suisse, et notamment Coilguns, avec leur manière de travailler qui est hyper DIY, expérimentale, sans aucunes limites. C'est une grosse influence à avoir je pense lorsque l'on créé, et la manière dont on a abordé l'écriture et l'enregistrement de l'album ont été marqué par cet état d'esprit.
Marien : Etre inspiré par des démarches me paraît plus intéressant. C'est un vrai carburant de voir des gens créatifs, capables de repousser leurs limites. Ça incite à repousser les nôtres et à explorer nos idées jusqu'au bout, plutôt que d'essayer de jouer comme un-tel, ou d'avoir le son de tel ou tel album.

Quels sont vos choix sur la partie instrumentale pour Noble dans la défaite ?

Marien : A chaque album j'essaye de trouver de nouvelles textures sonores, autant avec le matériel qu'avec la manière de jouer de la guitare. Finalement une chanson c'est toujours plus ou moins la même chose quand on dépouille. Le fun vient dans la manière de faire ensuite. Cette fois-ci j'ai beaucoup travaillé un son plus électrique, plus distordu, mais en essayant de garder en tête un jeu de guitare acoustique. J'avais envie de mettre plus de notes que d'habitude et de vraiment occuper l'espace. Peut-être beaucoup de frustration à évacuer ! 
Melen : Pour ce qui est vraiment percussions, mon kit n'a pas beaucoup changé depuis 2017 et La Mise en Scène. J'ai juste rajouté un hybride tom / caisse claire en accord avec ma caisse claire principale (jouée sans timbre), pour aller chercher vraiment un principe de question / réponse entre ces deux éléments - un peu comme de TRÈS GROS bongos haha
Sinon je suis resté assez proche de ma manière d'appréhender la rythmique, avec toute la qualité de ses défauts et inversement !

Comment se sont passés les enregistrements en studio ?

Melen : Comme à la maison ! Au Studio du Faune dans la grande campagne rennaise, avec Alexis Bouvier aux manettes, avec qui on travaille très souvent et qui fait complètement parti du projet lorsqu'il vient le temps d'enregistrer. Il nous suit depuis longtemps, et on apprécie toujours ses oreilles et son avis. On accorde beaucoup d'importance au son, et avoir quelqu'un comme ça pour travailler activement avec nous sur la recherche de son et ajouter sa patte au projet, c'est super agréable.
Marien : On a joué en live, face à face, comme en concert et en répétition. On a besoin de garder la complicité dans le jeu, quitte à ce que ce ne soit pas parfait. C'est plus intéressant pour nous d'essayer de capturer l'énergie de la pièce et d'entendre vraiment jouer les musiciens, avec les doigts qui glissent, les ''clicks'' de pédales, les respirations... Ça humanise le disque et c'est très bien.

Parlez-nous du titre Le temps où les arbres étaient vivants et de son clip…
Melen : pour "le temps", l'idée de base était de travailler sur le contraste entre le thème principale à l'archet, comme un vrombissement lancinant sorti de l'enfer, sans attaque, doublé d'une partie kick/snare/toms assez simpliste axée sur la résonance, en opposition à la partie de hi-hat qui elle est complément effrénée, comme un leitmotiv dont on ne s'échappe pas - on a essayé de transcrire un peu cette idée d'urgence et de malaise que peuvent créer les gros centres urbains.
Marien : En fait j'avais en tête le son des bateaux qui sonnent leur corne. J'ai assisté une année au dépôt de gerbe pour les marins disparus en mer lors du Pardon des Glénan, et la puissance des cornes réunies ensemble sur l'eau m'a vraiment marqué. C'était terriblement beau, cette manière de rendre hommage au drame. J'avais envie de provoquer la même sensation, mais avec une seule guitare à la place des 300 bateaux.
Melen : venu le temps de le transcrire en image, y'avait cette évidence là qui se dégageait, de vouloir enfoncer le clou sur cette idée de contraste. On n'avait pas envie de faire quelque chose de narratif (ce qui de toute façon était impossible avec un animal comme personnage principal). On voulait travailler sur l'émotion en opposant des images de villes dans tout ce que ça a de plus laid, avec un montage très nerveux, et des moments d'ouverture où Gina, la chienne, apporte un peu d'innocence et de beauté dans cet univers cra-cra.

Quelle importance ou regard portez-vous au choix du nom des titres pour vos compositions ?

Marien : On a tous les deux un faible pour les bons mots et la joute verbale. Dans nos conversations, sérieuses ou non, on a une forte tendance à embarquer là-dedans très vite pour le plaisir de la formule. C'est parfois de là que viennent les titres d'album, ou certaines idées de chansons. Assez souvent on garde aussi les titres de travail. On a encore une fois un contraste entre le fait qu'on attache de l'importance aux idées qu'on aime bien et qui illustrent ce fameux contraste, et les fois où on n'a pas spécialement d'idée brillante. On ne se force pas à mettre un titre par principe. Il faut que ça fonctionne dans la démarche.  

Quelle est votre plus grosse "défaite" artistique et est-ce important de rester humble ?
Melen : Je pense que c'est compliqué de cibler un moment précis, et même de parler de défaite. Justement, "Noble dans la défaite" évoque ça : tout est une question de point de vue, on peut trouver de la noblesse même dans les moments qui peuvent avoir l'air d'être une défaite au premier regard. C'est un peu comme les anecdotes de tournées : chaque concert ne peut pas être un événement extraordinaire, mais finalement un plan foireux fera toujours une histoire à raconter. Le concret pas-glamour fait parti de notre vie, mais on en tire un bonheur sincère.

Que souhaitez-vous transmettre au public avec l'album Noble dans la défaite ?

Marien : C'est pas mal la même réponse que ce que Melen explique dans la question précédente. La défaite c'est une attitude, ce qui compte c'est de trouver le bon côté des situations, d'avoir une démarche active. C'est un disque qui aborde pas mal de sujets sociaux en filigrane, la pulsion de vie ou le deuil. Le message qui lie tout ça, si il doit y en avoir un, c'est qu'abandonner est la seule défaite. Après il ne faut pas trop tomber dans l'auto-analyse non plus. À vrai dire c'est le genre d'éléments qu'on découvre en même temps que vous en y réfléchissant. Dans l'écriture on ne pense pas à tout ça ; on laisse quand même beaucoup l'instinct opérer. Même les textes sont ''écrits'' à l'oral, quand on jamme sur la musique. Il n'y a pas ce processus de thème choisi devant une feuille blanche.

Avec plus de 200 représentations, l'arrêt des concerts ne vous manquent-ils pas ?
Melen : Évidemment ! Tout ce que l'on compose est voué à être joué en concert : nos chansons vivent vraiment lorsqu'elles résonnent avec un public. Sans ça, j'ai un peu l'impression d'être un dessin de Sempé, comme un tout petit bonhomme qui crie tout seul de grandes questions existentielles au milieu d'une grande page blanche ! Et d'un point vue plus pragmatique aussi : il ne faut pas oublier que c'est sur la route que les artistes gagnent leur croute, certainement pas grâce au streaming. Donc à la frustration de ne pas se confronter au public, s'ajoute la frustration et l'inquiétude de ne pas pouvoir juste faire notre métier.

En général, quelle est l'ambiance sur scène et en coulisses et espérez-vous pouvoir retrouver le public rapidement ?
Marien : en concert c'est très intime. Quand on peut on préfère jouer sur le plancher, avec les gens autour, sans distanciation... C'est un moment très concentré, on parle très peu pour éviter de sortir de la narration du spectacle et laisser la dynamique sonore et physique prendre l'espace. C'est comme éteindre la lumière et rentrer dans son corps, se focaliser sur le souffle et les vibrations. A contrario avant et après c'est plutôt une ambiance très enthousiaste et franche rigolade. Quand on a la chance d'être accueillis par des gens et de canaliser avec eux 1h durant toutes les émotions complexes à gérer au quotidien on a aucune raison de tirer le nez !

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Allez voir du spectacle vivant, explorez les petites salles autour de chez vous parce que c'est là que tout se passe, achetez des disques aux artistes émergents et brûlez Spotify avant qu'ils ne nous achèvent tous !

Merci à Møsi d'avoir répondu à notre interview !
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MØSI - Le temps où les arbres étaient vivants

Musique interview

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