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Maudits : l'EP Angle mort

Maxime Lopes Par Le lundi, 15 novembre 2021 à 13:58 0

Dans Culturel

Après un premier album salué par la critique, Maudits revient avec l'EP Angle mort.Maudits - Angle mort

Le groupe a ainsi mis à profit son « temps libre » lié aux multiples confinements, pour travailler à distance, et composer ce nouvel opus suivant de très près son prédécesseur.
Au menu : 2 nouvelles compositions, ainsi que 3 versions inédites de titres tirées du premier album, intégralement retravaillées, restructurées et réenregistrées. Le Mix et Mastering ayant été une fois de plus confié au Henosis Studio, c’est avec une vision fraîche que le groupe a créé cette nouvelle matière et réinterprété ses propres morceaux, ces derniers pouvant d’ailleurs être considérées comme du nouveau matériel, tant ils sont différents des originaux.
L'ensemble a été enrichi de multiples ambiances trip hop/dub rampantes et du violoncelle hanté de Raphaël Verguin(Spectrale /Psygnosis), spécialement invité pour l'occasion.
Cet album "confiné" ré-affirme cette quête de liberté musicale si chère à Maudits ainsi que sa soif d'exploration.

Interview

Entretien avec Olivier pour Maudits

Pouvez-vous nous présenter l'EP Angle mort et son univers ?
Olivier (Guitare et effets) : Angle mort est un gros Ep de 35 min de musique constitué de 2 nouvelles compositions et 3 versions totalement ré-enregistées, restructurées voir même renommées. L'univers est dans l'ensemble planant, mélancolique voir psychédéliques par instant sans oublier quelques explosions plus sombre et metal... du post metal protéiforme en résumé ! On s'est investi à 100% dans la création de ce disque, on en est très fier et,malgré ce que son format un peu "hybride" pourrait suggérer, il est pour nous beaucoup plus qu'une sortie pour patienter.

Pourquoi avoir voulu créer 3 versions inédites de votre précédent album et qu'avez-vous souhaité leur apporter de neuf ?
En fait le point de départ de ses nouvelles versions est finalement celui de l'EP tout entier... Initialement je m'étais mis à travailler une nouvelle version de "Résilience" seul avec ma pédale de loop, lors du second confinement, pour l'enregistrement d'une vidéo "live", histoire de remettre un peu de matière sur les réseaux. Finalement nous nous sommes dit avec Chris (batterie) qu'il serait bien d'étendre ça sur un ou deux morceaux de plus, de les enregistrer proprement, et pourquoi pas les proposer en téléchargement sur notre Bandcamp. Et comme nous ne savons pas faire les choses à moitié nous nous sommes mis à 100% dans le projet, et ce à distance... Pour finalement y ajouter deux morceaux inédits. L'idée de ses nouvelles versions était de déconstruire complètement les morceaux d'origine, en ne gardant que les thèmes de base. Et tant mieux à la rigueur si les auditeurs ne les reconnaissent pas vraiment du premier coup, cela prouve que qu'on aura réussi notre coup ! A l'arrivée nous avons quasiment recomposé de nouveaux morceaux...

Parlez nous du titre Epäselvä...
Epäselvä est notre premier "single". C'est du finnois et cela pourrait se traduire par "floue ou "ambiguë". Ce morceau a volontairement été composé au dernier moment. L'idée était de le construire sur plusieurs rythmes dub et très énergiques, improvisés directement en studio par notre batteur Chris, le tout sur un tempo choisi sur le moment un peu au hasard. J'ai par la suite construit mes ambiances, arpèges et riff sur ses parties dans un lapse de temps très court juste avant l'enregistrement final de mes parties de guitares. Nous avions procédé de la sorte sur "Verloren Strijd" et avons voulu retenter l'expérience. On a appris à aimer cet exercice car tout ce qui sort quand on est dans "l'urgence" est très spontané et cela a à chaque fois donné un résultat très particulier et organique. Raphaël a par la suite improvisé une très belle ligne de violoncelle (nous avons d'ailleurs gardé sa première prise), et pour finir Erwan a enrobé l'ensemble d'une ligne de basse bien dub et entêtante.
C'est l'un de mes moments préféré du Ep et je trouve que ce morceau dégage une émotion plus brut et sans filtre qui tranche avec le côté très réfléchi du reste.

Qu'est ce qui vous a intéressé dans les ambiances trip hop/dub rampantes et du violoncelle sur l'album Angle mort ?
Je n'ai jamais caché mon amour pour le trip hop avec entre autre Portishead, Massive attack, Ezekiel ou encore Scorn, et Chris notre batteur est un expert sur tout ce qui concerne le Dub... Il avait d'ailleurs un excellent projet du nom de Blue mountain avec qui il a enregistré un superbe album.
Ces influences, si elles étaient déjà présentes sur le 1er album, ressortent encore plus sur Angle mort. Je pense que le format du EP et le contexte dans lequel on l'a travaillé a naturellement favorisé ce genre d'expérimentation et a naturellement fait ressortir un peu plus cet aspect de notre univers musical.
Quand au violoncelle c'est un instrument merveilleux qui apporte beaucoup de feeling et de textures. Dès le départ dans Maudits nous avons intégré des arrangements de cordes, cela donne immédiatement une dimension "musique de film" qui nous correspond bien et à laquelle nous tenons beaucoup.

Pourquoi avoir invité Raphaël Verguin au violoncelle et comment se sont passés vos échanges ?
En fait je connaissais déjà très bien le travail de Raphaël avec Spectrale dont je suis fan, mais sans le connaître personnellement à l'époque. Il nous a commandé le premier album sur Bandcamp et j'ai cru reconnaître son nom... J'ai donc creusé un peu et une fois la confirmation de son identité validée, j'ai saisi cette occasion pour le contacter afin de savoir s'il était partant à l'idée de travailler avec nous sur ce projet d'EP, mêlant nouveau matériel et relecture... Il a gentiment accepté et franchement l'ep n'aurait pas eu la même saveur sans lui, il a fait un travail remarquable. Il a une approche très moderne de son instrument qui colle parfaitement à notre univers, a saisi immédiatement ce qu'il fallait ajouter et à quelle place. J'adore son feeling et sa manière de tisser ses mélodies et ses ambiances.il est de surcroît adorable, et c'est une personne avec qui il est extrêmement facile et naturel de faire de la musique.
En résumé on est enchanté à tout les niveaux :)

Comment les confinements que l'on a connus ont-ils affecté et inspiré l'EP Angle mort ?
En fait je pense qu'il y a deux axes d'analyse sur l'impact que ces confinements à répétitions ont eu cet Ep et le projet en général :
- Le premier est émotionnel et honnêtement on ne sent rend compte que maintenant, avec notamment les premiers retours et premières chroniques que je peux lire à droite et à gauche, et qui parle d'ambiance "distantes", de tension sous-jacente, d'une forme de violence contenu qui peine à le rester justement. Sur le moment à titre personnel je n'ai pas eu la sensation que la situation m'avait influencé pour la création des nouveaux morceaux et la relecture des anciens. Mais en y repensant le gros de cet Ep a été travaillé pendant le second confinement. Ce dernier est arrivé en plein hiver et contrairement au premier, qui était plus "ensoleillé" et improbable, celui ci a été un peu plus dur pour le moral des gens. Il n'avait franchement plus ce côté "vacances inattendues" et était sûrement plus anxiogène et beaucoup plus "gris".
Après je n'ai pas eu de mal à me mettre dans ma "bulle" pour créer, et c'est sûrement cette bulles introspective qui a donné ce sentiment et cette ambiance détachée, cotonneuse et faussement lumineuse qui ressort cet Ep. Je sais que Chris l'a très mal vécu car il a attrapé le Covid et a eu du mal à s'en remettre physiquement. Le fait de bosser sur Angle mort avec moi à distance l'a aidé à passer ses moments claustrophobes pour lui, et il a sûrement transmis un peu de cette tension à la musique.
- Le deuxième impact est bassement concret car il a largement contribué à l'éloignement du projet d'Anthony notre ancien bassiste, et donc à son départ du groupe. L'éloignement physique a creusé un fossé entre nous et comme les nouvelles technologies ne sont pas vraiment truc, il a un peu lâché et ne s'est jamais vraiment intéressé à ce projet d'EP avec le boulot à distance que cela nécessitait.
Je pense aussi que l'idée de base ne m'intéressait pas plus que cela. Bref nous on était à fond dedans et lui pas du tout. Ce qui l'embêtait chez nous et est ressortit, dans notre caractère à Chris et moi, notre manière d'avancer, nos prises de décisions et notre conception de ce projet qu'est Maudits. L'écart s'est creusé et le point de non retour pour lui et nous est arrivé.
Si ses situations arrivent à beaucoup de groupes en temps normal, ce contexte d'enfermement et de distance forcé a je pense accéléré ce processus de séparation et l'a donc concrètement précipité.
Et enfin on aurait peut être tout simplement pas fait cet Ep sans le deuxième confinement... ou du moins pas aussi tôt.

Souhaitez-vous nous parler des enregistrements en studio ?
Nous nous sommes entouré des personnes sûres et fiables avec lesquelles nous avions déjà collaboré à savoir les  excellents Emmanuel Rousseau (White Wasteland Studio) pour le gros des prises de guitares, et Frédéric Gervais (Henosis Studio) pour les prises de violoncelle, le mix et le mastering et enfin Sylvain Masur au Studio Le Chalet pour la basse et la batterie.
Cela fait beaucoup d'endroits différents mais n'habitant pas dans la même région nous avons du jongler avec toute les restrictions de déplacement... A l'arrivée tout s'est bien imbriqué et chacun a su faire sa partie pour que tout sonne cohérent !

Que souhaitez-vous transmettre au public avec votre musique ?
A la base on ne souhaite rien... La musique de Maudits est le reflet de nos émotions profondes et une fois livrée au public elle ne nous appartient plus.Chacun peut y voir ce qu'il veut en fonction de ce qu'il est, de son histoire personnelle et de son humeur du moment..

Des clips sont-ils prévus et que représente l'univers visuel en musique pour vous ?
Nous avons déjà produit 3 clips dont celui d'"Epäselvä" le premier extrait de notre dernier ep.
Nous attachons énormément d'importance aux visuels dans Maudits que ce soit artworks ou vidéos.
Déjà notre style musical instrumental est censé faire voyager l'auditeur de par les ambiances mises en place et la dynamique des morceaux. Il est indispensable d'accompagner notre musique d'un univers constitué d'images travaillées et cohérentes. En tant que gros collectionneur de disques j'aime quand un groupe travaille sa présentation et parvient à me saisir d'emblée, même si je n'en ai pas encore entendu une note. On essaie avec Maudits de faire de même et pour nous le visuel est définitivement indissociable de l'univers sonore.

Le trèfle semble imprégner votre univers visuel, au point qu'un pendentif a été fait pour l'occasion. Avez-vous peur d'être Maudits à ce point et que signifie-t-il ?
Le trèfle est présent depuis le début dans les artworks et il s'est naturellement imposé comme notre symbole. Je ne sais plus d'où est venue l'idée mais il faisait partie des symboles de "(mal) chance" qu'on voulait mettre en avant dans l'artwork du premier album (brillamment réalisé par les artistes Dehn Sora et Melle Ocytocine)... Outre la symbolique qui colle bien au nom du groupe, le trèfle est une plante à la fois fragile d'aspect, et coriace dans la nature. Cela nous correspond bien et visuellement il y a des tas de manières de le représenter. Effectivement une artiste avec qui je suis en contact sur un réseau social nous a fait un superbe pendentif très spontanément ce qui fait très plaisir évidemment, et montre que nous avons réussi à trouver avec ce trèfle un symbole marquant.

Que cachez-vous dans l'angle mort de cet opus et doit-on s'en méfier ?
On y cache l'angoisse du drame qu'on ne voit pas venir et qui remet en cause tout ce qu'on avait imaginer et prévu... On ne peut même pas s'en méfier car on a aucune idée de son existence jusqu'à ce que le problème arrive concrètement et sans prévenir... Cette tension émotionnelle sous-jacente est présente durant tout l'EP, même pendant les moment faussement lumineux.

Que représente la scène pour vous et quelle est l'ambiance en concert ?
La scène est pour nous à la fois la "récompense" du travail effectué en studio et en même temps une expérience bien à part... Les morceaux y prennent une dynamique différente et vivent leur propre "vie".
Pour le moment nous n'avons pu faire qu'un seul concert avec Maudits car le 1er album est évidemment sortie en pleins covid et les concerts reprennent tout juste.. Avant ce premier concert nous n'avions aucune idée de ce qu'allait vraiment donner notre musique en format trio dans les vraies conditions du live. Et franchement cela s'est très bien passé et nous a rassuré sur la pertinence de son existence. Ce fut franchement libérateur.

Des représentations sont-elles prévues prochainement ?
Oui le prochain concert arrive le 19 Novembre en compagnie des excellents Ddent à Nantes et ensuite nous verrons bien ce que l'on nous propose. Dans tout les cas nous allons tranquillement continuer à travailler le set live pour l'améliorer le plus possible.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Merci encore pour l'interview et continuez d'être passionné c'est ça qui nous fait tenir en ces temps troublés ;)

Merci à Maudits d'avoir répondu à notre interview !

Maudits - Verloren strijd

  1. Angle mort
  2. Verdoemd
  3. Perdu d'avance
  4. Résilience 2021
  5. Epäselvä

Olivier Dubuc : Guitares électrique et acoustique, effets
Christophe Hiegel : Batterie et sample
E. Lombard : Basse
R. Verguin : Violoncelle 
F. Gervais : Moog and effets additionels
Invité : N. Zivkovich : Voix sur "Verdoemd"

Musique interview

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