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Matthieu Stefanelli : une symphonie de gestes avec l'album Chroma

Un après-midi d’hiver parisien, à l’écart du bruit. Rendez-vous pris pour parler de timbres, rythmes et couleurs avec un artiste dont la voix nous est encore étrangère, mais la musique déjà connue. On le sait pianiste, compositeur et chef d’orchestre. Une incongruité presque, dans un monde qui estime tant les positions précises. Mauvaise pioche, donc ! En effet, Matthieu Stefanelli associe les domaines et les arts, traverse, fusionne les esthétiques et les répertoires, brouille les cartes de ses passions.

Matthieu Stefanelli

Le maître et l'artisan

Le pianiste, tout d’abord, influence le compositeur. Et inversement. La tentation de l’interprète se révèle irrépressible quand il s’agit, au piano, d’entrer dans l’univers d’un autre créateur. Le premier accompagne du regard l’encre encore fraîche du second. Il retrace le cheminement d’une pensée et d’un univers sonore unique. Au point que Matthieu Stefanelli rêve, parfois, qu’à chaque compositeur correspondrait une technique pianistique ! Il imagine capter la morphologie des mains qui ont façonné la beauté du toucher. Longtemps, il a imité, par jeu, le toucher de Claudio Arrau. Le légendaire pianiste chilien a été une sorte de modèle. A l’égal des maîtres de la Renaissance, qui accueillaient les apprentis dans leurs ateliers pour qu’il copient leur art et qu’un jour, peut-être, ils s’affranchissent de la présence écrasante de leur maître…

Pour l’artisan qu’il est également, tout réside dans le modelage de l’espace, le geste avec lequel le visible devient matière sonore. Transmettre une émotion, donner du sens à l’emphase sans perdre le contrôle du texte… Dès l’année de son Prix au Conservatoire de Paris, Matthieu Stefanelli s’est intéressé à la musique de chambre et à la direction d’orchestre qu’il a découverte avec Philippe Ferro.

En 2007, il crée le Trio Métabole et neuf ans plus tard, les Chœurs Lacryma Voce. Il passe ainsi du clavier à la direction d’ensemble. La gestique s’enrichit par un temps d’avance sur la levée de la baguette et quelques mesures en mémoire, devant le clavier. « Les grands chefs d’orchestre dirigent plus horizontalement que verticalement » remarque le musicien. Leur mouvement n’est pas si éloigné de celui du pianiste. Tout, presque, s’apprend.

Terres natales

« Je ne suis pas entré trop jeune au Conservatoire de Paris. J’avais étudié le piano à Nice. Ma première année parisienne fut rude : tant de talents réunis ! Ne pas perdre pied, surtout, et apprendre à gérer ses propres doutes ». Le voici dans la classe de Jacques Rouvier. Il lui enseigne la méticulosité et lui pose les bases de l’analyse sonore. Puis c’est la rencontre de Bruno Rigutto, « un grand intuitif dans tous les gestes. Il proposait des images simples, évidentes, et faisait en sorte que chaque détail du chromatisme de la partition soit porté par une nécessité musicale ». La personnalité de l’étudiant s’affirme sur des bases techniques solides. Elles mêmes, reposent sur l’exploration des arts, dès l’enfance. « Je viens d’une famille cultivée. Père peintre et musicien amateur. J’ai vécu entouré d’artistes et d’artisans. La pratique de la musique ne fut pas une découverte, mais une nourriture distillée en préambule. Pratique et création se sont confondues.»

Les voix de l’écriture

« J’écrivais de la musique à l’âge de six ans »
Ecrire et non pas improviser. Ou, plus exactement, retranscrire d’oreille ce que l’on entend. A l’ère de l’ordinateur naissant, Matthieu Stefanelli utilisa les premiers programmes de composition et d’orchestration. Peu intuitifs, ceux-ci lui furent, paradoxalement, d’une grande aide. En effet, le jeune musicien devait retranscrire sans erreur, la durée des notes. Travail fastidieux, mais si précieux pour les années à venir.

Debussy, Fauré, Ravel, Rachmaninov composèrent son panthéon musical original. Puis un premier choc, une révélation : le Concerto pour violoncelle Tout un monde lointain d’Henri Dutilleux. Suivi d’un second choc : la rencontre avec le compositeur Bernard Cavanna. L’écoute et la bienveillance de son aîné s’ajouta à l’ouverture vers d’autres écritures : Stravinsky, Ligeti, Berio, Berg… Ce dernier fascina l’artiste qui travailla sur les échelles à douze sons, attiré par le « total chromatique », mais aussi l’étude des modes inspirés par Messiaen.

Au fil du temps, Matthieu Stefanelli n’a cessé d’entreprendre des périples entre le passé et le présent. En chemin, les points d’eau se sont multipliés : Scriabine, Bartók, Wyschnegradsky… Aux révolutionnaires des rythmes et de l’harmonie se sont ajoutés les contemporains de Sofia Gubaidulina à Einojuhani Rautavaara en passant par Alfred Schnittke, Régis Campo, Richard Dubugnon, Philippe Hersant…

D’autres sources musicales nourrissent aujourd’hui son inspiration : la sculpture, la peinture, la poésie, le théâtre… Les objets sonores parfois les plus improbables l’attirent, des bruits ambiants aux cris de la nature comme ces chants d’oiseaux, recueillis après un voyage au Costa Rica, préludes à un quatuor à cordes.

Le partage de la scène

Pourquoi ou pour qui compose-t-on ? « Un compositeur ? Je voyais Beethoven ou bien un Jean-Louis Florentz, musicien en quête d’absolu ». Matthieu Stefanelli confie peu ses partitions. Son “opus 1” est une Sonatine pour piano. Nullement destinée au concert, jardin secret en somme, la pièce est créée en public sur l’insistance d’un ami. Un catalogue prend forme. Musique de chambre, pièces lyriques et pour le piano, concertos… Ecrit entre 2013 et 2016, le Concerto pour piano a pour titre Chroma. Les obsessions encore et toujours de la couleur et du rapport entre le compositeur et l’interprète. Les idées musicales circulent dans la partition. La forme de l’œuvre est au cœur de l’écriture. Imprévisible, au départ, elle se métamorphose au fil des pages avant de prendre son aspect définitif.

Quant à l’esthétique… Matthieu Stefanelli n’en revendique aucune. Le goût de la liberté et la passion du son acoustique, de ses vibrations au service d’une théâtralisation étanchent sa soif. Le théâtre, précisément, demeure au cœur de sa pensée musicale. La voix n’est-elle pas le premier des instruments ?

[TEASER#1] CHROMA Album - Stefanelli Matthieu - Piano Concerto

Concert de sortie 7 octobre 2020 Salle Colonne
Concert de sortie du disque Chroma - Label Paraty
Salle Colonne (Paris) sous la Direction d'Olivier Cangelosi
Avec le Concerto pour piano et orchestre de chambre Chroma

Musique

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