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Mathilde prépare l'album La Nuit · Le Jour

On a pu découvrir Mathilde à The Voice. Elle revient avec des textes forts dans l'album La Nuit · Le Jour, soutenu par les internautes.

Mathilde

D'où vient votre passion pour la musique ?
Depuis l’enfance. Je ne me souviens pas d’une époque où je n’ai pas affirmé que je serai chanteuse ! Je pense que ça vient de la magie de la musique, celle qui fait qu’on peut partager toutes les émotions humaines avec de complet·e·s inconnu·e·s en simplement quelques notes.

Pouvez-vous nous présenter l'album La Nuit · Le Jour que vous préparez ? Pourquoi avoir nommé l'album La Nuit · Le Jour ?
C’est l’album de l’émancipation ! De la libération, même ! Depuis Je les aime tous, ma vie a complètement changé. Aussi bien sur le plan personnel que professionnel, ces quatre dernières années ont été une descente aux enfers puis une remontée de la pente difficile, mais salutaire. Je suis littéralement passée d’une vie plongée dans les ténèbres à une vie baignée de lumières ! Et j’ai documenté ça de la seule manière que je connaisse et qui me fasse du bien : écrire et composer. Ça m’a aidé à avancer, à poser des mots sur ce que je vivais dans l’intime, dans mon coeur. Ce qui m’a aidé à écrire aussi, c’est que, je me suis rendue compte que ce dont je parlais dans mes chansons était universel. C’est ce qui m’a décidé à sortir cet album, aussi brut de décoffrage soit-il ! Car tout le monde connaît la tristesse, le désarroi, la colère, l’amour, le doute, la solitude, le désir, la passion... je pense que ce sont des émotions qui ont besoin qu’on pose des mots dessus pour les transcender, puis de musique ensuite, pour les partager, et apaiser ensemble nos âmes humaines.

Comment composez-vous et avez-vous un endroit où vous aimez aller pour écrire ?
Je n’ai pas de processus strict, à part de réduire au maximum ma dépendance aux écrans. Ma devise est de me maintenir dans un état d’accueil de ce que mon inspiration aurait à me donner. Elle est un peu une Marraine La Bonne Fée qui survient avec sa baguette magique et transforme mes citrouilles en carrosses ! J’ai un carnet où je note des mots, des phrases, des titres de chansons, et je laisse macérer dans le fond de ma tête. Souvent, si la matière est bonne, ça revient un jour sous forme de chanson, souvent presque intégralement écrite. Je ne force rien, car forcer n’est pas consentir, et absolument r.i.e.n. de bien ne peut découler d’un déni de son propre consentement. Si par contre, je veux écrire sur un sujet précis, alors je me fais une auto-disserte sur le sujet, et je laisse le temps et mon inspiration synthétiser ça en chanson. Ensuite, je passe tout ça au tamis. Je suis très, TRES, exigeante avec moi même, et une bonne partie de ce que j’écris ou compose n’arrivera jamais jusqu’aux oreilles des gens. Par exemple, pour La Nuit · Le Jour, j’ai écrit une soixantaine de chansons, pour n’en retenir que 16.

Des clips seront-ils prévus et quel sera l'univers visuel de l'album La Nuit · Le Jour ?
Un premier clip va sortir le 25 novembre prochain, à l’occasion de la Journée Internationale pour l'Elimination de la Violence à l'Egard des Femmes. C’est important pour moi de chaque année marquer cette journée, en raison de mon vécu personnel de victime de violences conjugales mais aussi de par mon engagement de femme et chansonnière féministe. Mais il s’agira d’un univers visuel vraiment à part, car il rendra femmage à un mode de lutte que mes soeurs héroïnes de la rue et moi pratiquons depuis plus d’un an maintenant.
L’univers visuel de l’album et des autres clips sera, lui, à mon image. Franc, intègre, sobre, créatif, artistique. J’ai bien envie de laisser la part belle à la danse pour quelques uns des clips à venir, et, pour d’autres, de les envisager presque comme des court-métrages, à travers lesquels je veux impérativement valoriser et prioriser le travail des femmes : des réalisatrices, des monteuses, des éclairagistes, des
comédiennes, des danseuses, des photographes... Je prépare aussi une série de clip en Langue Des Signes avec une équipe de femmes artistes sourdes, malentendantes et traductrices LSF, car l’accessibilité de l’art est une problématique qui me touche beaucoup. Quoiqu’il en soit je resterai fidèle à moi même et mes valeurs, quoi qu’il en coûte. Mon public mérite que je sois honnête avec lui, et je le crois assez bienveillant pour m’accueillir dans toute ma vérité.

Souhaitez-vous nous parler de la partie instrumentale ?
Avec plaisir, car ça a été tout un processus, et assez nouveau pour moi qui vient du classique, du jazz et du gospel, c’est à dire des musiques qui s’enregistrent plutôt en “live”, où tout le monde joue et chante en même temps, et enregistre l’ensemble de la musique au même moment. Au départ, je voulais rester sur ce même mode sauf que, crise Covid oblige, il nous a fallu changer notre fusil d’épaule ! Éclatement des budgets, gel des subventions, impossibilité de se réunir en studio... l’enregistrement prévu initialement en avril/mai avec mon groupe de musicien + ensemble de cordes est passé tout de suite à la trappe. Heureusement, j’étais bien familière avec des artistes comme Jacob Collier, Charlie Puth, Billie Eilish, qui enregistrent leurs albums quasi seul·e·s dans leur chambre, et je me suis dis “Bingo ! La solution est là !”.
J’ai échangé avec mon ami musicien et réalisateur discographique Britannique Josh Renton, qui terminait tout juste une collaboration avec Bonnie Tyler. Moi confinée en France, lui confiné à Brighton, nous avons travaillé en reprenant tout à zéro (par la force des choses), sans jamais discontinuer depuis Mars, en distanciel, chacun dans nos piaules, lui à jouer de tous les instruments et à les digitaliser pour construire les pistes instrumentales, et moi à faire les voix témoins et peaufiner les mélodies et textes depuis la France. Le seul moment commun aura été les quatre semaines d’enregistrements des voix définitives, en complète immersion au studio privé de Josh à Brighton, qui s’est terminé juste au début du second confinement Français.
Mais vous savez quoi ? Avec tout ça, l’album s’en porte en fait d’autant mieux ! Le résultat final est au dessus de toutes nos espérances, et bien plus beau et puissant que tout ce que j’avais pu imaginer.

Quelle importance accordez-vous à l'interprétation vocale ?
IMMENSE. Je suis de cette école de l’excellence où tout doit être au top : la qualité musicale, instrumentale, vocale, sonore, émotionnelle. Je ne supporte pas la médiocrité, dont j’estime qu’elle est une insulte même à l’art et à toute la philosophie qui se cache derrière la pratique artistique. De facto, j’ai beaucoup de mal également avec la désinvolture et la suffisance, qui relèvent, à mon sens, de l’amateurisme. Tout naturellement donc, je pose pour moi même un cadre de travail très intense - les jeux olympiques de la voix ! - où je travaille tout avec assiduité, comme une sportive de haut niveau, la prononciation, le souffle, le soutien, le timbre, l’agilité, la justesse, la puissance... Une fois que tous ces éléments techniques sont maîtrisés et sont à un niveau de pilotage automatique de haut vol, je peux lâcher prise, leur faire confiance, et ils deviennent alors la base solide, sécurisée et soutenante de mes émotions. En résumé, je veux proposer à mon public des choix artistiques délibérés et réfléchis et des émotions puissantes nées d’une palette des plus riches que j’étends à chaque séance de travail, et non “voilà ce que j’ai pondu faute de mieux parce que j’avoue j’ai eu un peu la flemme”. J’ai plus d’ambition pour moi-même (et mon public !) que ça, et mon art mérite lui chaque goutte de ma sueur.

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
Déjà, égoïstement, parce que j’avais hâte de partager cet album qui mijote donc depuis 4 ans déjà ! C’est long comme gestation, il était temps d’accoucher ! Quand est arrivé la crise Covid, tout a été repoussé, j’étais dégoûtée. Du coup, la plateforme KissKissBankBank offrant une option “pré-commande” a sauvé mon moral ! Je pouvais alors commencer à partager ce bel album avec mon public !
Sans compter évidemment le soutien financier que cela apporte à mon équipe de production, composée principalement de Gérard Davoust et de ses équipes aux Editions Raoul Breton, et de... moi-même ! Parce qu’il était important pour moi d’investir dans mon travail, être ma propre productrice, et ainsi rester maîtresse de mon travail sur cet album. Les sommes récoltés via KissKissBankBank vont donc nous aider à gagner d’autant plus en autonomie, et en qualité de rémunération pour nos différents partenaires, qui, en ces temps de crise, ont bien besoin de soutien eux aussi.

Qu'est ce qui vous a plu dans le fait de proposer des titres au format karaoké aux contributeurs ?
Je vais pas vous mentir, mes amies et relations proches sont mon premier “public test”. Du coup, les chansons tournent dans mon réseaux de potes depuis un certain temps, et je les vois les chanter à tue-tête dessus depuis des mois maintenant. Ça m’a rappelé que dans le commerce, les pistes Karaoké de qualité des chansons qu’on aime sont assez rares ! Tout fait un peu tsoin tsoin. Alors après un petit sondage sur mon compte Instagram, je me suis décidée à offrir cette option face à l’engouement général. Et je ne me suis pas trompée ! Il ne reste que très très peu de Pack “Chante avec moi” sur la plateforme de pré-commande !

Quel regard portez-vous sur l'industrie musicale actuelle ?
Inquiet. Très inquiet. Je pense que la musique “mainstream” s’en sortira clopin clopant, mais que les musiques plus “niche”, celles qui ont besoin de davantage de soutien financier donc, vont vraiment dérouiller, voire disparaître faute de moyen pour les produire, phonographiquement comme scéniquement... Je crains fort que cette crise aseptise le paysage musical, alors que tout art a justement besoin d’être valorisé dans sa richesse et sa diversité.

Allez-vous proposer des live sur les réseaux sociaux pendant le confinement et selon vous la scène doit-elle se réinventer dans le contexte actuel ?
Mes équipes et moi avons encore pas mal de boulot à réaliser sur l’album, donc je ne sais pas si j’aurais le temps de m’investir dans de la création de contenu digital pendant cette période. Mais je me pose de toute façon la question de la pertinence de balancer notre travail en accès libre, et donc non rémunéré, sur le web, comme si les artistes étaient exemptés de payer loyers, factures, courses, bref, les imposés de la société. Nos métiers ne sont pas nos loisirs, ce sont nos professions, et si nous devons nous réinventer pour survivre, il nous faudra tout de même et impérativement un gouvernement investi dans le sauvetage de la culture qui prend désormais l’eau de toute part, avec nous artistes coincés dans la cale du bateau.

En 2016, vous évoquez les violences conjugales (Il était une fille) ou encore le droit des femmes (Le corps des femmes). Retrouvera-on des textes fort dans votre album et en quoi est-ce important pour vous ?
Ô que oui ! D’ailleurs, on retrouvera ces deux chansons dans l’album, dans des arrangements tout neufs et très intenses. Musicalement, j’ai vraiment pris un virage carrément plus pop, mais le coeur d’une chanson, son âme, reste le texte. De plus, je suis quelqu’un de nature très engagée mais aussi hypersensible, et donc toutes les injustices du monde me heurtent profondément. J’avais besoin d’en parler, parce que je suis convaincue que l’art est un outil de lutte super puissant pour un monde meilleur. Et je crois que je ne suis pas être la seule que ce monde angoisse !
Dans cet album, je parle bien sur de la condition de la femme sous différents angles, pour me rendre justice et rendre justice à toutes les femmes sur qui sévit la société patriarcale, des fois jusque dans leurs familles et foyers. Mais je dénonce aussi d’autres choses : l’écocide qui mène notre civilisation à sa perte, la violence qui sévit, inouïe et néanmoins impunie, sur les réseaux sociaux... J’avais envie de poser des mots sur tous ces maux pour apaiser celles et ceux qui m’écouteront, comme pour leur dire : “tu n’es pas seul·e. Voici une chanson-câlin pour te rassurer et nous consoler ensemble”.

Craignez-vous que ce genre de comportement continue, voir s'intensifie avec les confinements ? Que souhaitez-vous dire aux personnes victimes de violences conjugales ?
De toute évidence, les chiffres le prouvent, le confinement a aggravé la situation des femmes victimes de violences conjugales. Déjà, en temps “normal”, ce sont des situations profondément complexes dont il est très difficile pour les victimes de s’échapper (emprise psychologique, mécanismes de survie, etc), mais alors là, être assignée à résidence avec son bourreau, c’est tout bénef pour les hommes violents qui ont leurs proies à l’oeil H24. Et, encore une fois, les victimes sont les dernières roues du carrosse dans l’histoire, parce qu’il manque un fric fou dans les mécanismes de résolution de ce fléau planétaire. Tout cela me fout dans une colère absolue. On est en 2020, on envoie des bidules jusque sur Mars et on fabrique des armes tout ça au frais du contribuable, mais alors s’organiser pour sauver les femmes victimes de violences, ça, non ? Les priorités de cette société me donnent trop souvent la nausée.
Aux femmes victimes, j’ai envie de dire : Je te crois. Tu n’es pas responsable, le coupable, c’est lui. La loi interdit ce qu’il t’infliges, et des structures peuvent t’aider à sortir de cette situation, et même t’accompagner pour porter plainte si tu le souhaites. Appelle le 3919 et/ou contacte le collectif Nous Toutes. Prends courage : tu ne mérites en rien ce que tu subis. Parles-en à quelqu’un de confiance.

Quelle est pour vous la plus grande représentante féministe, ou celle qui a marqué l'histoire ?
C’est une question très complexe, car “les féministes” ne sont pas un groupe homogène. Il y a des courants, des différences de convictions, d’opinions, de vécus, de niveaux de conscience. Moi-même je ne suis pas la même féministe aujourd’hui que celle que j’étais même l’an dernier ! Et alors y’a 10 ans, j’avais carrément les idées à l’envers !! Je dirais aujourd’hui que, pour moi, chaque féministe qui aide une femme à radicalement se libérer des chaines du patriarcat plutôt que de s’en accomoder est une héroïne féministe qui marque l’histoire.

Quel souvenir gardez-vous de votre participation à The Voice ?
Ça a littéralement changé ma vie, et si c’était à refaire, malgré le séisme que ça a été dans ma vie personnelle comme professionnelle avec tout ce que ça comporte de dommages collatéraux, je referais tout, tout, TOUT pareil. J’ai rencontré des collègues artistes incroyables, j’ai découvert le milieu exigeant et effervescent de la production télévisuelle, j’ai rencontré Zazie qui me soutient encore aujourd’hui, j’ai été signée tout de suite après pour l’album tout doux qu’est Je les aime tous, j’ai fait une belle tournée, j’ai transformé cet album en spectacle musical qui a super bien marché, et aujourd’hui je sors mon deuxième album. Franchement, RIEN de tout ça n’aurait eu lieu sans The Voice ! Cela étant dit, le plus beau dans cette aventure, c’est que j’y ai rencontré mon public. Ces hommes et ces femmes qui m’ont accueillis dans leurs maisons à travers l’écran de télé, dans leurs cœurs à travers nos émotions partagées, et qui me restent fidèles aujourd’hui. Et ça, c’est le cadeau le plus émouvant que cette émission m’ait donné de chérir, et pour lequel je lui serai à jamais reconnaissante.

Merci à Mathilde d'avoir répondu à notre interview !
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MATHILDE & Friends ⎟ Le Corps Des Femmes

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