Publicité

Marion Rampal présente l'album Tissé

Maxime Lopes Par Le vendredi, 25 février 2022 à 11:48 0

Dans Culturel

Voix posée, nue et frémissante, écriture musicale et poétique subtilement créolisée par le travail du temps et boucanée par le feu de l’expérience : Tissé de Marion Rampal est un album de chansons faites maison, une sorte de pays natal choisi, comme seule peut le dessiner et le découvrir une âme libre, ayant réellement pris la peine de vivre et le temps de rêver.

Marion Rampal (crédit Alice Lemarin)

crédit photo : Alice Lemarin

Après bien des pérégrinations entre les genres (jazz, blues, chanson, classique…), des collaborations fertiles et trois albums sous son nom, Marion Rampal nous offre un album qui lui ressemble, tant dans la variété de ses ressources naturelles que dans la limpidité de ses contours;  elle y rayonne avec une élégance d’astre.

Marion Rampal a toujours été une empêcheuse de chantonner en rond. Trop follement éprise de la musique pour la ranger dans des boîtes étanches, elle n’en a jamais fait qu’à sa tête, qu’elle garde aussi près des étoiles que du cœur. Après bien des pérégrinations entre les genres (jazz, blues, chanson, classique…), des collaborations fertiles avec Archie Shepp, Raphaël Imbert ou le Quatuor Manfred, et trois albums sous son nom qui l’ont notamment conduit des brumes électriques de Main Blue aux plages épurées du Secret, son duo avec le pianiste Pierre-François Blanchard, c’est avec des chansons faites maison qu’elle reprend sa route.

Voix posée, nue et frémissante, écriture musicale et poétique subtilement créolisée par le travail du temps et boucanée par le feu de l’expérience : Tissé est plus qu’une simple étape sur son parcours. Avec ce répertoire, c’est comme si Marion Rampal inventait et investissait un bercail qu’elle n’avait pas encore eu l’heur d’habiter. Une sorte de pays natal choisi, comme seule peut le dessiner et le découvrir une âme libre, ayant réellement pris la peine de vivre et le temps de rêver. Tissé, c’est la “chambre à soi” de Virginia Woolf étendue aux proportions d’une “île aux chants mêlés”, où tout – mots, musiques, pensées, sentiments – arriverait comme “au gré des vents”. C’est, pour Marion Rampal, un lieu qui, dans la variété de ses ressources naturelles comme dans la limpidité de ses contours, lui ressemble, et sur laquelle elle rayonne avec une élégance d’astre.

Interview avec Marion Rampal

Pouvez-vous nous présenter l'album Tissé et son univers ?
Tissé est mon troisième album avec des chansons à moi. J’ai souhaité y entrelacer dans un style personnel plusieurs influences musicales qui ont beaucoup compté plans mon parcours, notamment le Folk, les musiques de Louisiane, le Jazz. C’est un album intimiste, réfléchi entre entre ombre et lumière. Ce qui compte dans le disque ce sont les chansons, la voix qui porte les poèmes, et tout autour une musique qui a été pensée pour servir au mieux cette poésie.

Comment composez-vous et quelles sont vos sources d'inspirations ?
Je pars souvent d’une mélodie qui vient spontanément, qui devient vite entêtante. Parfois j’entends aussi un riff, une ligne de basse ou un motif qui va m’aider à porter la mélodie. Il y a des mots, des bribes de mots qui arrivent, et je m’attache ensuite à rêver une sorte de contexte, de petite histoire, une problématique aussi, et je me mets à façonner tout ça pour avoir une base de chanson. Pour Tissé c’était la première fois que je travaillais avec un directeur musical, Matthis Pascaud qui a réalisé l’album et joue les guitares et pleins d’autres instruments sur le disque. Nous avons profité du confinement du printemps 2020 pour échanger des maquettes, faire des allers retours de pistes de chansons, parfois il proposait des instrumentations complètement différentes sur mes mélodies, c’était toujours très stimulant et étonnant, ça a vraiment révélé les chansons. Aujourd’hui, forte de ce travail, je compose d’abord seule avec chant et guitare, et on trouve ensuite ensemble la « tournure » de la chanson.
Mes sources  d’inspirations sont souvent des histoires intimes qui font la trajectoire vers le Monde, parler de petites choses tout en posant des grandes questions. J’aime les histoires d’amour malheureuses des vieilles chansons traditionnelles, les chansons de marin, les spirituals… J’essaie de garder un abord simple et de glisser pleins de doubles sens sous la chanson. Je suis aussi très inspirée et émue par des petites beautés du quotidien, les herbes le long des rails en train, une ombre sur le parquet, je me mets dans une sorte d’état de grande sensibilité, et il y a des chansons qui se mettent à arriver, en tout cas des premières pousses, c’est après qu’il y a du labeur, pour en faire quelque chose de défini. Et forcément je jette beaucoup de pistes au passage !

Quel regard portez-vous à la voix et à l'interprétation ?
En 25 ans de chant , j’ai abordé plusieurs répertoires et styles expressifs : Folk Rock, pop anglaise, jazz et autres musiques noire américaines, cabaret allemand, chanson, improvisation libre… j’ai une voix qui « en a vu ». Peu à peu j’ai eu à cœur de me concentrer sur les images, les textes, avec une plus grande économie sonore, en tout cas je vise plus de subtilité. Et puis il y a l’effet que produit sur moi cet exercice très exigeant de chanter ses propres chansons, cela génère une fragilité, une hyper sensibilité dans laquelle j’aime me situer. Je n’ai en tout cas plus du tout le goût des effets, même si j’essaie toujours que ce soit beau et juste, mais si ça doit m’echapper un peu, c’est pas plus mal, je me laisse fragiliser.

Quels sont vos choix sur les instruments utilisés ?
L’instrumentation a été très réfléchie par Matthis Pascaud, même si je m’étais déjà entourée de musiciens qui comptaient pour moi comme PF Blanchard au piano ou Sébastien Llado au trombone. Sur Tissé il y a une grande variété de guitares, lap steel, claviers, des choses qui vont de l’acoustique a des textures plus psychédéliques, et quelques sons surprenants, des verres en cristal, des objets détournés par le batteur Raphaël Chassin, de la pluie, des oiseaux…

Parlez nous du titre A volé et de son clip...
A volé c’est un peu le délice de la nostalgie, c’est une petite histoire de bal malheureuse que je me suis racontée pour écrire la chanson. Ça vient de l’idée  de tomber amoureux d’une personne qui n’est pas pour vous, c’est raté d’avance, alors je me suis demandée comment faire une chanson de dépit amoureux qui soit très joli ! La chanson et le clip empruntent à l’univers du bal folk, cajun, avec un danseur dragueur qui me laisse tomber, et moi dans mon rêve, dans ma fantaisie , aussi en clown triste. On s’est inspiré des Portes du paradis de Michael Cimino avec Martin Sarrazac qui a réalisé le clip, mais aussi des peintures de Renoir, c’était un vrai plaisir d’aboutir ce morceau dans toute sa richesse imaginaire, grâce à la danse de Jean Gaudin, le clip, la réalisation musicale.

On retrouve des duos avec Piers Faccini, Anne Paceo ou encore Archie Shepp. Comment se sont passés ces échanges ?
Avec Archie ou Anne, il y a de longues complicités, et chacun je trouve apporte son esprit dans des morceaux qui vont bien à leur poésie, à ce que leur art me raconte depuis longtemps. Pour Anne il y a l’esprit du voyage et la pulse intime qui a soif de découverte, d’Autres Soleils raconte ça. Archie j’avais envie de le convier à une petite prière, comme une conversation transatlantique et entre générations, comme si d’hier et d’aujourd’hui, on espérait vers demain. J’ai contacté Piers, que j’admire beaucoup, sur les conseils de Matthis, et la rencontre artistique a été très riche et évidente sur « Où sont passées les roses », Piers a proposé une mélodie et un texte à lui qui se glissent dans la chanson, il chante aussi le refrain avec moi. On a pu vraiment « Tisser » ensemble ce morceau.  

Comment se sont passés les enregistrements en studio ?
Nous avons beaucoup enregistré à part, en petits comités, en solo, en duo… c’est une production un peu confinée et déconfinée, tout ça s’est assemblé avec évidence en bout de parcours parce que Matthis savait très bien où on allait, et on a eu un bel échange aussi avec notre inge son, Sébastien Tondo, et ensuite Tony Paeleman au mix. Personnellement j’ai enregistré mes voix dans une grande intimité, la plupart avec Matthis, dans le sous sol d’une maison, quelques unes en studio, pour ce disque  j’avais besoin d’être préservée de l’effet « groupe », ça a aidé ma concentration, mon engagement. Autour de ma voix, chacun a su apporter sa pâte avec une grande écoute et beaucoup de sensibilité, je leur en suis très reconnaissante.

Que souhaitez-vous apporter au public avec l'album Tissé ?
D’abord qu’il soit un album agréable et doux, un vrai moment un peu décalé et généreux. Ensuite j’espère que les textes sauront résonner pour certains. J’ai écrit Tissé après plusieurs deuils et à un passage important de ma vie, mes 40 ans, je souhaite qu’il transpire de cette étrange joie de vivre que j’ai trouvée en accueillant enfin mes doutes, ma tristesse… Qu’il donne aussi un peu l’espoir « d’autre chose », pour chacun mais aussi à inventer avec les autres. Mais c’est un art modeste la chanson, on espère simplement créer des petites bulles d’emotion et réflexion de 3 min !

Quelles ont été vos inspirations pour la pochette du disque ?
J’ai demandé à Remy Poncet de travailler sur l’idee du tissage, de la chaîne et de la trame, et il a proposé une magnifique piste en entrelaçant deux couleurs Pantone, l’image est donc tissée de bleu et de rouge. La photo réalisée par Alice Marin, c’est aussi avec Remy que nous l’avons choisie. J’aime ce portrait qui a un aspect retro et très classique dans la pose, et un traitement graphique très contemporain, c’est l’esthétique que je défends aussi dans mes chansons.

Des concerts sont-ils prévus et qu'appréciez-vous dans la scène ?
Nous serons le 29 Avril à la Garde, le 4 Juin à Cannes, mais surtout le 18 Mai au Festival Jazz a St Germain des Près pour fêter la sortie du disque, en compagnie deux deux invités : Naïssam Jalal et Piers Faccini. Sur scène Tissé se joue en sextet, c’est très chaleureux et on a eu plaisir à réfléchir le concert en correspondance avec le disque mais dans un vrai esprit « live », donc avec plus d’improvisation, des reprises, une création lumière.  Il y aura aussi des très belles dates cet été.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
J’espère que nous irons vers des temps plus sereins et que les gens vont garder ou retrouver le goût des concerts, des spectacles, parfois les salles peinent à se remplir et cela m’inquiète. C’est le signe d’un repli vers le domestique « numérique » où on peut tout consommer via nos écran en commandant à manger… Jean Pierre Sarrazac écrit « je vais au théâtre pour voir le monde », c’est un rituel important, peut être nous faut il aussi le réinventer. Je sais aussi que c’est le signe qu’un public plus modeste peine à payer des places de spectacle, alors que la culture devrait rester un bien commun, accessible au plus grand nombre.

Merci à Marion Rampal d'avoir répondu à notre interview !

Marion Rampal - A volé (Official Video)

Musique interview

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam