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Marie-José Astre-Démoulin : son livre Le nid vide

Maxime Lopes Par Le jeudi, 12 mai 2022 à 07:21 0

Dans Culturel

Marie-José Astre-Démoulin est experte en communication interculturelle dans des institutions internationales ainsi qu’au Musée de la communication de Berne. Elle dévoile une version augmentée du livre Le nid vide.

Marie-José Astre-Démoulin

Le livre Le nid vide

Son livre, écrit à la première personne du singulier, est une compilation d’expériences vécues par diverses mères à l’âge où elles ne sont plus valorisées ni dans leur rôle de maman ni souvent dans leur féminité ; un récit plein d’empathie et d’humour, pour aider les mères – mais aussi les pères – qui souffrent de l’indifférence ambiante.

D’un ton où le tragique le dispute au comique et à l’autodérision, une quinquagénaire désemparée nous fait part de son angoisse et de son sentiment d’abandon face au mariage de son fils, qui part ensuite pour un autre continent.
C’est toute une génération de femmes qui se retrouvera dans les crises de larmes et les éclats de rire de cette héroïne. Elle nous invite à explorer les « charmes » des soirées en ville quand on tente de s’occuper l’esprit en vaines sorties, les arcanes d’un stage de « sexualité sacrée », les affres des consultations psy ou le stress lié à l’achat d’une robe de cocktail en taille... non filiforme.
Le récit est suivi d’un « guide de survie » plein de complicité, qui apporte quelques recettes bien-être pour les parents confrontés à un « syndrome du nid vide », sujet étonnamment tabou en dépit de son universalité.
Cette édition augmentée propose une savoureuse troisième partie, intitulée « Dix ans plus tard », qui permettra d’envisager avec optimisme la nouvelle donne – familiale et personnelle – une fois le cap du départ des enfants franchi..

Interview Marie-José Astre-Démoulin

Marie-José Astre-Démoulin, pouvez-vous nous présenter votre livre Le nid vide ?
"Le nid vide" est un récit à fleur de peau. Il raconte la traversée émotionnelle douloureuse d'une mère de famille confrontée au départ de ses enfants.
"Le nid vide" est paru pour la première fois en 2014. Une version augmentée vient de sortir car, 8 ans plus tard, ce livre se vend toujours très bien. Il en est à son quatrième tirage, ce qui est un phénomène rare dans l'édition. En général, les ouvrages passent aux oubliettes après quelques mois. Le succès de ce livre est en grande partie due à son sujet.
Le départ des enfants du foyer familial reste un sujet étrangement peu discuté, malgré son universalité.

En quoi était-ce important d'évoquer le départ des enfants du nid parental dans un ouvrage ?
Lorsque mes enfants ont quitté la maison, je me suis sentie désemparée. Cela me semblait tout à fait normal, compte tenu du nombre d'années que nous avions vécues ensemble. Même lorsqu'un vague colocataire s'en va, il nous faut un moment d'adaptation, alors lorsqu'il s'agit de ses propres enfants, il est évident que le choc est rude.
Pourtant, quand je voulais en parler à mon entourage, on me coupait très vite la parole avec des formules telles que "tu ne vas pas les retenir", "laisse-les vivre leur vie", etc. Et j'étais d'accord avec tous ces commentaires. J'étais plutôt contente qu'ils partent (oui, oui, je l'avoue) car j'avais envie de faire des missions professionnelles longues à l'étranger). Je ne cherchais pas à m'accrocher à leur présence mais le changement était radical. Ils me manquaient, bien sûr. Comment aurait-il pu en être autrement... ?
Je voulais juste être autorisée à passer le cap de leur départ sans avoir à cacher mon désarroi. Or, il y avait une sorte de tabou une loi du silence, une interdiction à m'exprimer. J'ai cherché des livres sur le sujet du syndrome du nid vide mais il n'y avait pratiquement rien, ou alors il s'agissait de conseils sur la manière de gérer sa vie après le départ des enfants. J'étais pleine de projets, je n'avais pas besoin de recettes pour l'après. J'avais besoin d'être entendue dans ma tristesse, tout simplement.
Alors, j'ai décidé d'écrire. Pour ne pas sombrer dans la dépression, pour me sentir "légitime" dans ce que je vivais et aussi pour aider d'autres femmes -- car je me doutais bien que je n'étais pas la seule à en baver en silence.

Comment les expériences de différentes mères ont inspiré ce livre et l'une d'elle vous a-t-elle particulièrement marquée ?
Quand j'ai commencé à parler de mes sentiments et, surtout, quand j'ai commencé à dire autour de moi que je voulais écrire sur cette phase majeure du départ des enfants, de nombreuses connaissances ou collègues se sont alors confié.e.s à moi.
J'ai découvert que beaucoup de mères avaient été très affectées mais qu'elles n'avaient jamais osé en parler, de peur qu'on se moque d'elles. C'est ce qu'elles craignaient : qu'on se "moque" d'elles.
Cela m'a semblé cruel. Pourquoi ce chagrin-là aurait-il dû être muselé ?! D'autant plus que les récits qu'on me faisait étaient empreints de très nombreux sentiments, parfois contradictoires. Tristesse, bien sûr mais aussi dérision, ironie.
On passait des larmes aux éclats de rire. On découvrait qu'on vivait des choses similaires, ça nous allégeait. C'était rassurant, réconfortant. Et, franchement, plutôt amusant quand on commençait à partager des anecdotes.

Pourquoi avoir voulu compléter votre livre d'un guide de survie ?
Mon désir était d'aider les femmes à deux niveaux :

  1. Eviter qu'elles aient "honte" de leurs émotions. Elles ont donné d'immenses parties de leur temps, elles ont adapté leurs carrières aux enfants (elles y ont parfois renoncé....), le bien-être de leur famille a été leur priorité pendant deux décennies, elles méritent bien qu'on les soutienne au moment où toute leur vie est à repenser, tout de même !
  2. Etant une spécialiste des relations interpersonnelles de par ma profession, j'avais envie de leur proposer quelques outils afin de leur permettre de franchir ce passage au plus vite et avec un brin d'humour.

Qu'est ce qui est le plus important pour vous lorsque les enfants quittent le foyer ?
Vivre ses émotions ! Les accepter et se sentir entendue. Avoir le droit de dire ce qu'on ressent et être validé dans son ressenti. Je ne fais qu'énoncer ici les principes de base de la résilience.
Appliquons-le au syndrome du nid vide. D'urgence !
De plus, lorsque la mère, ou les parents, verbalisent leur tristesse, c'est souvent libérateur pour les enfants. Il suffit de leur dire que oui, bien sûr, on est affecté par leur départ parce qu'une période de vie riche et intense se referme. Pour autant, cela ne signifie pas qu'on veut les retenir. On doit juste s'habituer à la nouvelle donne et mettre en place des schémas de vie différents.  Ces échanges permettent la mise en place de rapports plus sains et plus matures entre parents et enfants devenus adultes.

Le nid vide se termine par une 3ème partie intitulée Dix ans plus tard. Qu'est-ce qui vous a intéressé de vous projeter sur le long terme ?
Au regard du succès de cet ouvrage, mon éditrice m'a proposé cette année de sortir une édition augmentée du livre. C'est ainsi que j'y ai rajouté le chapitre "10 ans plus tard", dans lequel j'intègre les témoignages des nombreuses lectrices qui m'ont écrit ou que j'ai rencontrées sur des salons.

Aurez-vous l'occasion de rencontrer prochainement vos lectrices et lecteurs lors de salons ou en librairie ?
J'accepte toujours les invitations de bibliothèques ou librairies. Les échanges avec le public sont très enrichissants et souvent émouvants. Une librairie haut-savoyarde m'accueillera prochainement et différents médias (presse et radio) sont en train de redonner de la visibilité au sujet. J'en suis vraiment heureuse. En général, je relaie les informations sur mon site Internet.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Ces dernières années, le discours autour des sujets considérés comme "féminins" s'est vraiment libéré, notamment grâce à "Me too". Je m'en réjouis. Toutefois, les questions concernant les femmes de plus de cinquante ans restent peu abordées : la ménopause, par exemple, est un sujet relativement confidentiel. Pire encore, la perception du physique des femmes âgées, est en pleine dérive.
L'injonction à paraître jeune est très violente aujourd'hui, ce qui amène de nombreuses femmes à se croire obligées de se soumettre à des mutilations chirurgicales ou autres injections de produits agressifs. Alors que vieillir et "faire son âge" me semblent constituer des droits fondamentaux. Non ?
Des droits dont il serait bien dommage de ne pas profiter car, à la cinquantaine, les mères de famille entrent dans une phase fabuleuse de vie puisqu'elles peuvent -enfin !-, si elles le désirent, se consacrer pleinement à leurs passions.
 Nous savons tous que les enfants partent du foyer pour prendre leur liberté. Ce que nous ne savons pas suffisamment, c'est que cela nous permet, à nous aussi, parents éducateurs, de prendre la nôtre.
Qu'on se le dise !

Merci à Marie-José Astre-Démoulin d'avoir répondu à notre interview !

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