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Marc Sarrazy et Laurent Rochelle préparent l'album Cyclotimic songs

Maxime Lopes Par Le jeudi, 22 avril 2021 à 15:53 0

Dans Culturel

Marc Sarrazy et Laurent Rochelle préparent l'album Cyclotimic songs, qui sortira en juin 2021. Les passionnés pourront le découvrir sur un LP vinyle 33 tours.

Marc Sarrazy & Laurent Rochelle

Comment vous est venue l'idée de former ce duo ?
Marc : J'ai d'abord été en contact avec la musique de Laurent lorsque j'ai eu son premier disque à chroniquer pour la revue Improjazz, pour laquelle j'ai activement travaillé dans les années 1990 et 2000. Il s'agissait de son solo Conversations à voix basse, la première parution du label Les Disques Linoleum (2003). J'avais vraiment aimé son univers pour soprano, clarinette basse et d'autres choses encore, à la croisée de John Surman, Michel Portal et des minimalistes américains. A l'époque, je vivais à Paris, puis j'ai emménagé dans le Tarn quelque temps après. Laurent étant basé dans la Haute-Garonne, nous nous sommes naturellement contactés pour jouer ensemble, comme ça, pour voir. Nous nous sommes régalés.
Nos univers se sont enrichis l'un l'autre. La formule du duo acoustique est née comme ça, et elle se poursuit aujourd'hui encore.

Pouvez-vous nous présenter l'album Cyclotimic songs ?
Marc : Contrairement à Intranquillité (2008) et Chansons pour l'oreille gauche (2017), qui sont des albums de notre duo acoustique, et contrairement à Qui s'en va un peu... qui propose 5 fois la même chansons mais en 5 langues et avec 5 instrumentations différentes, notre nouvel album Cyclotimic songs prend encore une autre direction. Pour chaque « chanson », Laurent utilisait un de nos morceaux acoustiques pour en sampler quelques fragments, en faire des boucles, ajouter des rythmiques pour tisser un premier canevas instrumental. A partir de là, nous ajoutons des parties jouées pour l'occasion (au sax, au piano préparé, etc.) et nous insérons également des bribes de bandes sonores venus du cinéma ou d'ailleurs. Nous avons aussi invités différents artistes pour ce projet : jazzmen, chanteurs et l'écrivain Antoine Volodine. Autre nouveauté, nous utilisons nos voix sur deux morceaux. Cyclotimic songs
comprend des chansons pop-jazz et des morceaux plus expérimentaux, des explorations cinégéniques (Fantômas, John Malkovich, le western spaghetti, Bollywood...).

Comment composez-vous et quelles sont vos inspirations ?
Marc : Pour ma part, j'improvise beaucoup au piano, at home, et bon nombre de mes compositions naissent d'harmonies ou de cellules mélodiques esquissées dans ces improvisations.
Laurent : de mon côté je compose aussi bien au piano, à la clarinette ou au saxophone en faisant des passages de l'un à l'autre. Je me sers aussi parfois de l'ordinateur pour enregsitrer et travailler des idées ou grâce ègalement à des logiciels de partitions. Mes inspirations sont très nombreuses et je me nourri de plein de choses, artistiques (cinéma, musique, littérature, photo, peinture) mais aussi de tout ce que je trouve autour de moi (paysages, visages, lumière, sons..)
Marc : Mes inspirations :
Musique baroque, tout Bach par Glenn Gould, les concertos de Vivaldi, Haendel, Purcell.
Les œuvres pour piano de Debussy, Satie, Ravel.
Le free jazz européen autant qu'américain.
Charles Mingus (Pythecanthropus Erectus, Ah Hum), Mal Waldron (The Quest avec Dolphy), John Coltrane, Miles Davis... pas très original mais tellement importants ! Bien sûr Chick Corea, Keith Jarrett, Herbie Hancock.
En France Michel Portal, Louis Sclavis et le Workshop de Lyon, les anglais (Nucleus, Keith Tippett, John Surman...), les sud-africains (Christ McGregor, Dollar Brand...), les polonais (Krzysztof Komeda !!!), les soviétiques Sergey Kuryokhin, le Ganelin Trio, Valentina Ponomareva, le jazz-mugam de Vagif Mustafa-Zade, la chanson sibérienne de Kola Beldy, le jazz symphonique caucasien de Murad Kazhlaev.
En Allemagne Wolfgang Dauner. Joachim Kühn. Evidemment Joachim Kühn. Il est mon phare. J'ai écrit tout un ouvrage sur lui.
L'Afro-Beat (Manu Dibango, Fela Kuti) et l'ethio-jazz de Mulatu Astatke. La pop exotique, turque (Erkin Koray, Baris Manco), iranienne (Googoosh), nippone (Maki Asakawa), thaï...
Ennio Morricone, Lalo Schifrin, les musiques de films d'horreur (Goblin et les autres).
La pop des sixties, jusqu'en 1974, en gros. Pink Floyd avant toute chose. Puis King Crimson, Comus, le Velvet Underground & Nico, The Doors, Love, le psychédélisme, le krautrock, le rock progressif, Robert Wyatt, Kevin Ayers (Joy of a Toy, Shooting at the moon), Nick Drake, le Norman Haines Band, Elephants Memory, Komintern...
Le rock-in-opposition avec Magma, Art Zoyd, Univers Zero, les Residents, Tuxedomoon, Denis Frajerman et Palo Alto, Ghédalia Tazartes...
Le minimalisme. Le maximalisme.
Et Mozart.
Juste pour donner une idée. En littérature, voici ce qui me vient présentement :
Les spleeniens, saturniens : Rimbaud, Verlaine mais surtout Baudelaire. Dans l'album, je dis d'ailleurs son célèbre poème « Enivrez-vous ».
La littérature fantastique de Maupassant, Lovecraft, Richard Matheson... Le poème « Les Djinns » de Victor Hugo.
Kafka. Boris Vian. Les nouvelles de Borges. Buzzati. Faulkner (Le bruit et la fureur, Tandis que j'agonise), Harry Crews, mais aussi auteurs de science-fiction de l'âge d'or : le très humain Theodore Sturgeon, le poétique Ray Bradbury, K. Dick et ses dédales psychologiques. Mais aussi Paul Auster, les deux Murakami. Le Robbe-Grillet de La reprise. Christian Gailly. Céline. Pennac. Anthony Burgess qui manie les langues comme personne. Andrei Kourkov et son pingouin...
La science-fiction française stylistique des 1980s : Jacques Barberi, Emmanuel Jouanne, Francis Berthelot, Philippe Curval... Et Serge Brussolo. En fait, j'aime la science-fiction lorsqu'elle ne s'égare pas dans le space-opéra et qu'elle explore plutôt des territoires psychologiques un peu chaotiques. Le monde dans lequel le héros évolue est-il dans un monde parallèle ou son esprit est-il simplement malade ? Ce genre de choses.
Le polar : la série noire américaine des années 1950 et 1960, les modernistes français comme Thierry Jonquet, Jean-Bernard Pouy.
Evidemment Antoine Volodine.
Un bain de cinéma : Tout le Nouvel Hollywood. Les films avec Dustin Hoffmann de la grande époque. Peckinpah et Les chiens de paille. John Schlesinger et Macadam Cowboy puis Marathon Man. Little Big Man.
Et les autres. Les grands films du Vietnam, Voyage au bout de l'enfer, Apocalypse Now... Scorcese et De Niro, surtout Taxi Driver. De Palma. Cimino.
Les premiers Polanski. Le Locataire. Les films d'Alan Parker. De Cronenberg. De Kubrick. de Richard Fleischer. Sergio Leone. Et le western italien. Le dernier face à face (de Sergio Solima), Tire encore si tu peux, Le grand silence (de Sergio Corbucci)...
Et Don Siegel. Les films avec Clint Eastwood. Les proies. Un frisson dans la nuit. Et L'invasion des profanateurs de sépultures... Et donc la SF américaine des années 1950 et 1960. Jack Arnold : L'homme qui rétrécit, La Créature du Lac Noir, Tarantula. Voire 1970. La planète des singes, Soleil Vert.
Films de monstres des années 1930 (King Kong et La fiancée de Frankenstein en tête), films de la Hammer, et surtout les films d'horreur du cinéma underground et des Drivin', subversifs et innovants : George Romero et ses morts-vivants mais aussi Martin, les Dario Argento et ses ambiances rouges et vertes, Goblin, la violence sadique de Pete Walker (Mortelles confessions, Flagellations), les films de Mario Bava, ceux avec Barbara Steele, les films de pacotille de Roger Corman...
Carnival of souls (Herk Harvey, 1962, avec la troublante Candace Hilligoss)...
Et le cinéma bis, les ambiances mortifères de Lucio Fulci, les films pop japonais de la Nikkatsu (qui ont inspiré Tarantino), ou pire le Jess Franco de L'horrible docteur Orlof, Venus in Furs ou de La comtesse perverse, le Jean Rollin du Viol du Vampire, au noir et blanc surréaliste... Le premier Mad Max. La proie de l'auto-stop...
Les films de rednecks, évidemment Delivrance mais aussi Deranged, Sans retour, Regal d'asticots...
Chez les français : Bertrand Blier avec Depardieu, les films avec Dewaere (Coup de tête), les films visionnaires d'Alain Jessua (Paradis pour tous, Traitement de choc), Yves Boisset (Le prix du danger).
Et Monty Python.
En animation : La Planète sauvage, Le tombeau des lucioles...
Et bien-sûr : les très grands Hitchcock, les très grands Chaplin.

Quels sont vos choix sur les instruments utilisés dans l'album ?
Marc : Je l'ai expliqué plus haut. Mais en gros, je suis au piano et au piano préparé, Laurent aux instruments à vent (sax et clarinette basse) et aux manettes de la table de mixage. Parfois, je peux dire : « Tiens, insérons le passage de la balançoire qui grince, du film Sholay, à cet endroit du morceau pour lui donner une coloration de western Bollywood... », il s'y colle, on écoute, on modifie, etc.
Laurent : il y a à la base de cet album un gros travail de sampling notamment sur le piano de Marc, puis la mise en forme de morceaux à partir de ces boucles préalablement préparées. La plupart des morceaux ont été réalisés avec le logiciel Ableton live, ce qui a permis l'ajout de rythmiques électro puis aussi de sons acoustiques, sax, contrebasse, basse et bien sur les voix.

Que peut-on savoir de la présence d'Antoine Volodine (écrivain) et Mike Ladd (rappeur) sur votre projet ?
Laurent : pour Mike, j'avais envie d'une voix qui slame ou rappe sur le morceau Talking to malkovich. J'ai tendu des perches à plusieurs personnes notamment le chanteur Nya (Erik Truffaz) mais sans résultat et finalement j'ai contacté Mike Ladd par l'entremise d'un ami musicien. On ne se connaissait pas mais le morceau lui a plu, je lui ai envoyé et il a enregsitré la voix de son cote à Paris, ça s'est fait très facilement.
Marc : J'ai commencé à lire les ouvrages d'Antoine Volodine dès la fin des années 1980. D'abord les Présence du Futur, puis les Minuit, puis Gallimard, etc. J'ai eu la chance de lire son oeuvre dans l'ordre chronologique, et ça continue aujourd'hui ! Guettez le prochain, il arrivera bientôt. Sa littérature m'a marqué au fer rouge et fait désormais partie de moi : j'entends par là que sans elle, je ne serai pas tout à fait le même... Je pourrais citer Biographie comparée de Jorian Murgrave, Rituel du mépris, Alto Solo, Ecrivains, Frères sorcières ou le chef-d'œuvre absolu : Lisbonne dernière marge.
Nous avons longtemps eu un échange épistolaire, avec Antoine, puis je l'ai rencontré le 11 août 1999, jour d'une éclipse et... de mon anniversaire. Comme il collabore étroitement avec le compositeur Denis Frajerman, qui est un ami très proche, nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Lorsque je lui ai proposé d'écrire et de dire un texte inédit sur une composition en friche que je lui ai envoyée, il a immédiatement accepté, enthousiaste. C'est devenu le morceau « Buffalo IV », une pièce... post-apocalyptique !

Parlez nous du titre Fantômastic et pourquoi avoir choisi le célèbre personnage cinématographique tant recherché par De Funès ?
Marc : Fantômas a bercé notre jeunesse cinématographique, cet homme vert au rire fou, mais il y a aussi les Fantômas de Louis Feuillade et surtout celui d'Ernst Moerman (Monsieur Fantômas, 1933), chef-d'œuvre de cinéma surréaliste, que nous avons utilisé pour le clip de Fantômastic.
Laurent : Fantômas c'est aussi un clin d'oeil à la pochette de l'album réalisé par Brenda. En fait à sa réalisation le premier morceau de l'album n'avait pas de titre et la pochette nous a inspiré Fantômastic ainsi que l'ajout de samples que je suis allée chercher chez Louis de Funès et une version tchèque des films Fantômas.

Que souhaitez-vous transmettre avec cet album ?
Marc : Du plaisir d'écoute et de l'émotion, le besoin d'être curieux, l'envie de se laisser surprendre...

Qu'est ce qui vous a motivé à faire un financement participatif ?
Marc : Tous les disques et projets que nous avons finissent par coûter cher au label. Le système de financement participatif est un excellent moyen de trouver des fonds qui permettront de concrétiser certains pans de nos productions (ici, un disque vinyle en édition limitée), mais aussi une façon d'élargir notre public, à la base issu du jazz et des musiques nouvelles.

Pensez-vous sortir des clips ?
Marc : Fantômastic vient de paraître, un autre est en préparation, Moving in circles, actuellement en tournage.
Laurent : Moving in circles est un clip fictionnel écrit et réalisé par l'équipe toulousaine Skopika, de jeunes talentueux vidéastes avec qui nous avons déjà travaillé. Parution début juin 2021... Il y aussi un clip sur le titre L'heure de s'enivrer qui est déjà disponible car ce titre est paru sur une compilation du label en 2020.

Quels sont vos choix pour l'artwork de l'album Cyclotimic songs ?
Marc : C'est la graphiste Brenda Machin qui réalise toutes les pochettes des albums Sarrazy - Rochelle depuis Chansons pour l'oreille gauche. Nous aimons particulièrement son travail.

Pourquoi proposer Cyclotimic songs au format vinyle et que représente-il pour vous ?
Marc : Le vinyle reste pour moi le meilleur objet d'écoute, j'en met tous les jours sur ma platine. C'est aussi le plus classe, de très loin. J'ai une collection de plusieurs milliers de vinyles. C'est un plaisir sans cesse renouvelé. Comme pour les bouquins.

Aimeriez-vous défendre cet album sur scène et que représente-elle pour vous ?
Marc : Pas facile d'imaginer cette musique sur scène en l'état car il y a beaucoup de montages, de bidouille sonores et d'invités. Mais nous pourrions inventer un dispositif : jouer sur scène un morceau qui a servi de matière première à un morceau du disque puis enchainer avec l'écoute du morceau sur disque, avec explications et échanges avec le public (« Que retrouve-t-on du morceau original ? Quelles transformations a-t-on opérées ? etc. »). Puis recommencer avec les autres morceaux.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Laurent : restons libres et créatifs.

Merci à Marc Sarrazy et Laurent Rochelle d'avoir répondu à notre interview !
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interview Crowdfounding Musique

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