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Madeleine Melquiond présente le roman Violette au bois des fous

Maxime Lopes Par Le vendredi, 18 février 2022 à 14:10 0

Dans Culturel

Madeleine Melquiond, agrégée d’histoire et de géographie, vient de sortir son roman Violette au bois des fous, aux éditions Favre.

Madeleine Melquiond

Madeleine Melquiond commence à publier en 2007, après une carrière de journaliste et d’enseignante.

Trois livres se sont enchaînés : un ouvrage humoristique sur la soixantaine et deux témoignages personnels, le premier sur son addiction à l’alcool (Longtemps j’ai vécu avec une bouteille, Albin Michel) et le second, autobiographique également, où elle s’attaque au tabou de l’amour « naturel » entre mère et fille (Chère mère détestée, Max Milo).
En 2020 elle publie un recueil de poèmes sur le rapport étrange entre douleur et plaisir. Elle participe à des ateliers d’écriture et de lecture à voix haute et vit entre la Drôme et Paris.

Interview avec Madeleine Melquiond

D'où vient votre passion pour l'écriture ?
Ça a commencé par l’envie d'être journaliste. Petite fille je faisais de petits journaux. Ma mère a refusé que je fasse une école de journalisme. A l’époque une femme c’était institutrice ou infirmière ou au foyer ! Total, je suis rentrée à Normale’sup et j’ai vite démissionné de l’Education nationale pour me livrer à ma passion.

Pouvez-vous nous présenter votre roman Violette au bois des fous ?
Une dame âgée s’ennuyait, seule dans sa maison de campagne. Soudain, elle a décidé de se suicider, mais s’est manquée. Au terme d’un voyage rocambolesque en pleine crise des gilets jaunes et grève du personnel de santé, une ambulance la déverse aux urgences avant de la conduire le lendemain à l’HP. C’est un hôpital à la campagne avec d’agréables petits pavillons, juché sur une colline où pousse un bois de chênes.
La trame narrative décrit les étapes de sa guérison pendant son séjour de trois semaines, c’est un voyage intérieur. Force est de dire que pas les psychiatres à l’effectif insuffisant, mais que ce sont les « fous »  qui lui font réaliser peu à peu qu’elle n’avait pas de raison majeure de vouloir mourir. Bref, c’est les « fous » qui la guérissent. Les psychiatres ? En l’espèce; non, car ils sont peu nombreux. Violette découvre donc comment non sans malice, les patients s’adaptent aux conditions de vie, à l’emploi du temps et aux incongruités, souvent comiques des injonctions du règlement intérieur.
Ils ont pris de la distance, en particulier en s’affublant de surnom de « zigs » ains en donnant à tous des sobriquets. Violette devient « poésie », une délirante, « moulin à paroles », un brave homosexuel qui a parfois des crises de destruction est devenu « gros tas », et la cadre de santé ne pouvait que se nommer Kapo. En outre, j’ai situé l‘hosto quelque part, n’importe où pour renforcer le côté burlesque.

Parlez-nous de votre personnage Violette.
Violette, qui fait de grandes promenades dans le bois, médite sur tout ce qui arrive, la gai d’une chanson, le triste d’un sanglot, plus qu’elle ne se livre à une introspection savante. Freud, Lacan, tout ça, elle connait. Peu à peu, elle retrouve le goût de vivre. J’ai même employé le terme « profession : fou » pour montrer qu’avec toutes leurs déficiences, les fous savent s’adapter et…. ruser ! Or, Violette, dans sa jeunesse, était contestataire, et l’est restée sa vie durant. Pour son premier jour à l’HP, elle démarre sur les chapeaux de roues pour dénoncer ce qui ne va pas. Puis elle surprend les regards gentiment ironiques de ses compagnons et compagnes. Car, à l’HP, il faut esquiver, ne protester que lorsque l’événement est très grave. Par ricochet, elle comprend qu’il  lui faut apprivoiser sa vie. En outre, malgré sa dépression, elle a un caractère joyeux. A la fin du livre, c’est elle qui fait rire les autres avec la permission tacite du personnel. Comme bien d’entre nous, elle accepte de marcher sur la crête étroite entre « normalité » et « folie »

A travers cet ouvrage, vous évoquez notamment la solitude des personnes âgées seules et isolées. Pourquoi et pensez-vous qu'on leur accorde suffisamment d'attention ?
Je suis très en colère à propos de la façon dont on traite les personnes âgées. Et le Covid n’a rien arrangé ! Je me suis entendu dire, dans un dispensaire : « C’est votre faute, à vous les vieux ». Mais, le mot « attention » ne me plaît pas trop non plus. Parce qu’il renvoie au « care » comme on dit désormais, où le vieux est chouchouté, lavé, peigné, parfumé... On donne à une personne qui a toute une vie derrière elle, de l’expérience et du jugement, une grille de sudoku ou on lui passe une vidéo archi nulle sur le château de Chambord. (c’est ce que j’ai constaté pour ma mère).
Les vieux doivent reprendre leur place d’ « anciens », de « sages » sans pour autant idéaliser. Mais on les infantilise. Il y a tant de trésors dans leurs vies !

Qu'est-ce qui vous a intéressé de mettre l'hôpital qui accueillera Violette au milieu des bois et que se passe-t-il de particulier dans cet établissement ?
J’ai choisi le bois, comme la métaphore d’un univers uniforme et clos, si bien qu’on s’y sent libre, tout en se sachant enfermé. Cette contradiction n’est pas cruelle, car, lorsqu’on est fragilité, on accepte d’être protégé, je dirai même que pour ma part, j’ai même demandé à rester une semaine de plus ! Il y a beaucoup d’HP dans les zones rurales, les villages, les petites villes qui n’ont rien à voir avec ces « villes-hôpitaux » de Paris ou d’autres grandes villes. Ce bois est protecteur, il est rassurant. Et beau ! Or Violette est adepte de la beauté, elle écrit des poèmes, elle a un regard d’esthète sur les lieux et les gens. Il ne se passe rien de particulier dans cet établissement, sinon que le cadre est reposant. Il y a des fleurs partout.  Mais je pense qu’il en est de même dans beaucoup d’HP. Il semble que les psychiatres connaissent à fond la thérapie florale. Je dis ça pour rire car ils ont un travail difficile. Et bien sûr les pseudos sont inventés.

Est-ce important d'avoir de l'humour dans cet ouvrage pour aborder certaines choses qui pourraient être anxiogènes au premier abord ?
Oui il vaut mieux ne pas le lire si on est assailli par un grand chagrin ! L’humour n’est pas toujours consolateur. Violette découvre les trafics de cigarettes, alcool, cannabis et drogues diverses. Rien ne se donne, tout se vend. Sous prétexte de protéger un voisin de chambre, un petit voyou en fait son serviteur et son esclave sexuel... J’ai fait un parallèle avec la prison en interrogeant d’anciens détenus, mais il est vrai que je n’y suis jamais allée. Le lecteur saura aussi que l’un des veilleurs de nuit a pris une « folle » pour « putain » et qu'une fille met l’hôpital sens dessus-dessous et criant « au viol » pour se venger d’un détenu.

Etes-vous plutôt papier ou clavier d'ordinateur pour rédiger vos inspirations ?
J’écris depuis longtemps sur l’ordinateur, car les rédactions des journaux nous en ont très tôt fourni. Mais je fais des sortes de fiches repères pour les mots qui se répètent et donnent lieu à bien des erreurs : les dates, les noms des personnages (plus ici, les surnoms), des chiffres, des lieux.
J’ai une sorte de « plan d’ensemble », mais je ne le suis pas à la lettre.

Aurez-vous l'occasion de rencontrer les lecteurs en salon ou librairie pour des dédicaces ?
Sans doute. Les éditeurs font en général très bien leur job. J’ai déjà participé à ce genre de manifestation. J’aime bien ça parce qu’il y a un vrai échange.

On vous retrouve également dans des ateliers d’écriture et de lecture à voix haute. Souhaitez-vous nous en dire quelques mots ?
J’ai commencé un atelier d’écriture avant ma retraite, l’atelier Aleph à Paris. J’ai beaucoup appris, mais il faut savoir se débarrasser de ce tuteur.
Pour la lecture à voix haute je fais partie d’une association qui s’appelle Mélane, à Paris. J’aime beaucoup entendre lire, c’est un vrai « plus » au texte. Donc, en retour, j’aime bien lire en public.
Je ne voudrais pas, comme cela arrive trop souvent qu’un acteur professionnel lise mon texte. Lire est une chose, interpréter autre chose. Et j’aime aussi me mettre en danger, voir les réactions.

Merci à Madeleine Melquiond d'avoir répondu à notre interview !

Résumé de Violette au bois des fous (4ème de couverture)

Un jour de septembre, Violette, journaliste à la retraite, n’a plus trouvé de sel à la vie. Seule dans sa maison de campagne, alors qu’elle s’était imaginée entourée d’enfants et de petits enfants, elle a eu l’impulsion soudaine de disparaître en avalant des somnifères. Mais la mort n’a pas voulu d’elle. Au terme d’un voyage picaresque dans une ambulance déglinguée, elle débarque dans un hôpital psychiatrique un peu isolé, édifié au milieu d’un bois : c’est le bois des fous. En ce lieu à part, les internés ont adopté un sabir saugrenu qui les différencie du monde « normal » qu’ils vont tenter de réintégrer, un jour ou jamais, selon leur cas. Jadis instituteur, secrétaire ou commercial, ils sont tous momentanément ou indéfiniment des zigs affublés de surnoms hilarants dont ils gratifient aussi le personnel, ce qui favorise leur cohésion. Cet univers cocasse sensibilise Violette à d’autres valeurs et merveilles de la vie. Elle remonte peu à peu des enfers et revient à la lumière, en méditant près d’un arbre. L’épopée de Violette, inspirée par l’expérience de l’auteure mais qui pourrait aussi être celle de chacun d’entre nous à un moment de vertige, témoigne de la frontière ténue entre la santé mentale et l’accès de folie. Ce livre plein d’humour a aussi le mérite de nous raconter, sans jugement, la vie réelle de ceux dontle désespoir assumé frôle parfois l’art de vivre.

Madeleine Melquiond - Violette au bois des fous

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