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Luka Faulisi : “Je fais de la musique à la première personne”

Maxime Lopes Par Le lundi, 11 juillet 2022 à 14:22 0

Dans Culturel

Avec son large sourire et ses allures d’enfant grandi trop vite, on ne soupçonnerait pas tant de caractère au violon de Luka Faulisi. Pourtant à l’entendre, l’auditeur est frappé par cette force d'expression et ce son profond qui va droit au but : il y a chez ce jeune artiste un engagement qui emporte tout sur son passage. Des qualités rares pour un musicien qui, à seulement 20 ans, fait son entrée sur la scène internationale par la grande porte en publiant un premier disque chez Sony et en signant chez IMG Artists.

Luka Faulisi

La musique en héritage

Avec un père fabricant d’embouchures de flûte, une mère flûtiste et une sœur aînée qui mène aujourd’hui une carrière de pianiste et de chanteuse, la musique était une évidence pour Luka Faulisi. Installée à deux pas de l’opéra Bastille, la maison familiale résonne de tous ces instruments mais aussi des enregistrements de Maxim Vengerov et (déjà) d’Itamar Golan qu’écoute sa mère ou de la voix de son père, ténor amateur et passionné d’opéra. Une éducation à la croisée de deux cultures très fortes : l’Est par sa mère d’origine serbe et la Méditerranée avec un père sicilien.

“Ce mélange de culture, parfois très explosif, me rendait un peu à part en France : je voyais que ma façon de jouer, mon caractère, tout ça n’entrait pas forcément dans les cadres.”

Un apprentissage

“Ma mère avait décidé pratiquement avant ma naissance que je jouerai du violon.”

À trois ans, Luka Faulisi commence donc l’apprentissage de l’instrument, rencontrant sur son chemin de nombreux professeurs : il y a Alexandre Brussilovsky, qui lui fait découvrir la méthode de Yuri Yankelevitch, Larissa Kolos dont la personnalité encourageante l’aide à s’épanouir, Miroslav Roussine qui lui transmet la culture des grands musiciens de l’URSS et Florin Szigeti avec qui il obtient son prix CRR de Paris à 13 ans. Tous l’aident à développer ce qui était là dès le début : un son différent, naturellement expressif.

À la sortie du CRR, Miroslav Roussine lui conseille de rencontrer Boris Belkin, élève de Yankelevitch, violoniste qui a travaillé avec Leonard Bernstein ou Zubin Mehta mais aussi professeur de Janine Jansen. Luka Faulisi suit alors son instinct et choisit de quitter le système français pour les Pays-Bas. En trois ans, il refonde toute sa technique grâce à l’enseignement particulièrement exigeant et précis de Belkin.
“Je cherchais non seulement un grand pédagogue mais quelqu’un qui prépare véritablement à la scène. Tout ce que je faisais par instinct, il l’a effacé : en trois mois j’avais tout désappris et réappris en mieux !”
 
Sur sa route, il rencontre également Roman Simovic, premier violon du London Symphony Orchestra, qui réveille sa sensibilité de musicien et l’encourage à développer sa propre voix.

Prendre tous les risques

Au cours de ces années un événement vient pourtant bouleverser cet apprentissage. Il a 11 ans quand son père est hospitalisé pendant près d’un an. Luka Faulisi vient jouer presque chaque jour pour lui, puis peu à peu, il joue également pour les autres patients du service hospitalier, découvrant l’autre pouvoir de son instrument, ce rôle quasi vital que peut jouer la musique auprès de ceux qui souffrent. Un choc spirituel qui lui fait reconsidérer profondément son rôle de musicien.

C’est peut-être pour cela que, sur scène ou au disque, Luka Faulisi est sans prudence : son violon chante à travers toutes les phrases et risque les couleurs les plus expressives. En concert, il a appris à se nourrir de l’énergie du public, notamment grâce aux tournées organisées par la Menuhin Academy qu’il intègre en 2019 et où il bénéficie des conseils de Renaud Capuçon et Oleg Kaskiv.

“Je ne peux pas voir le violon comme un simple métier : je fais de la musique à la première personne, je me mets dans le personnage, je donne une histoire qui m’est chère et qui m’est quasiment propre.”

 

Aria, son premier album

Luka Faulisi, c’est aussi un passionné de cinéma, de théâtre et surtout d’opéra. Son répertoire reflète ce goût profond pour une musique qui sache raconter des histoires : à côté des grands concertos classiques qu’il connaît (Brahms, Mozart ou Sibelius), il rêve de jouer ceux de Korngold, Danny Elfman ou de John Williams.

Un disque sur l’opéra, c’était donc une évidence, surtout avec un pianiste comme Itamar Golan.

À travers les transcriptions de Carmen, Eugene Onegin, La Traviata, Faust mais aussi du Coq d’Or de Rimsky Korsakov ou du Roi Roger de Szymanowski, Luka Faulisi explore un répertoire à la fois lyrique et brillant, où doit apparaître en quelques mesures tout le drame et l’imaginaire de l'œuvre originale.

Malgré la difficulté de certaines pièces, le jeune musicien fait le choix d’arrangements qui ne sacrifient jamais à la pure virtuosité de violoniste, privilégiant au contraire le chant et l’émotion pour un premier album qui lui ressemble.

“L’opéra, c’est tellement mythique et idéal, ce mélange de théâtre, de poésie, de musique, de lieux grandioses : c’est un monde de rêve.”

Luka Faulisi | George Gershwin : Prelude N.1 | Bianca Faulisi

La saison prochaine, Luka Faulisi débutera avec le Hong Kong Sinfonietta le 27 août 2022, puis le 28 octobre, il sera en Pologne avec le Szczecin Philharmonic avant un premier concert avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse le 9 février 2023 et puis avec l’Orchestre Philharmonique de Turin le 18 avril 2023.

Musique

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