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Lissom : l'EP Éclipses

Mehdi Has Par Le vendredi, 20 mai 2022 à 13:19 0

Dans Culturel

Lissom, le duo avec le pianiste Julien Marchal (SLUMB) et le chanteur Ed Tullett (Novo Amor) sort l'album Éclipses.

Lissom

Renouer avec la vie après avoir tout vu et tout vécu. Ouvrir de nouveau les yeux suite à un traumatisme, la perte ou un amour égaré. Pour ce deuxième album, après un premier disque éponyme marqué par son romantisme et sa délicatesse (2018, Whales Records), le duo composé du pianiste, compositeur et producteur Julien Marchal et du chanteur/producteur anglais Ed Tullett revient avec ces Eclipses qui agissent comme un jeu de lumières musical et poétique, raffiné et organique, en douze stations.

Les deux compositeurs, séparés par la mer et les confinements, ont travaillé à distance, échangeant leurs contributions via Ableton Live (logiciel de création musicale). Cette méthode a apporté une émotion et une chaleur particulières à leurs atouts maître, donnant le sentiment que la voix de falsetto du chanteur et le piano minimaliste du Français languissaient de se retrouver et de se serrer dans les bras.

Le disque est imprégné de cette inquiétude d’être séparés, de la solitude qui en découle mais aussi de la foi lumineuse de pouvoir renaître et reprendre la vie d’avant. Le souvenir de l’autre est ici souvent douloureux mais aussi source de réconfort. L’amour trahit, blesse mais constitue, par la trace qu’il laisse et la promesse qu’il porte au loin, le point d’ancrage qui autorise la voix à s’élever dans les aigus et à s’enthousiasmer.

Eclipses est un disque plus clair et aéré que le précédent, plus simple et peut-être encore plus émouvant. Le spleen, toujours présent, dévoile une sérénité désolée mais pure comme le verre qui baigne l’ensemble des morceaux, à l’image de la détresse parcimonieuse de Lowry. Le piano de Julien Marchal ouvre, le plus souvent, un chemin dégagé et ample que la voix vient caresser d’émotion et de mélancolie, avant de gagner les cimes. Le falsetto d’Ed Tullett continue de constituer la principale attraction d’une musique qui évoque la générosité d’un Bon Iver ou la religiosité appliquée d’un Sufjan Stevens. L’artiste n’abuse jamais de son super-pouvoir. La voix vient souffler le chaud et le froid avec justesse et un contrôle de tous les instants selon les indications que Marchal a déposées pour lui.

Dans ce jeu entre les deux compositeurs, c’est en effet souvent l’instrumentation de Julien Marchal qui vient donner la couleur au morceau et proposer de la variété. Minimaliste et cristallin sur Big Sleep, joueur et enfantin sur Daylight, économe et plus sombre sur Shade, ou romantique sur Your Name, le piano agit comme un filtre qui laisse échapper plus ou moins de lumière et de vie selon les circonstances. Eclipses a une texture plus riche que son prédécesseur et s’organise aussi autour de cordes ou de plus rares cuivres (One and The Same, Daylight) qui donnent de la profondeur et de l’amplitude aux mouvements.

La production confère à l’ensemble une sensibilité pop qui éloigne le disque du territoire classique et sacré pour gagner celui de la chanson et de la tendresse soul. Par-delà la sophistication attachée aux instruments et le caractère exceptionnel de la voix de Tullett, Eclipses est un disque qui fuit l’abstraction et agit à même le coeur. Il provoque de la complicité et un réel sentiment de proximité renforcé par des textes sensibles et à hauteur d’homme (Repertoire, Mauling). Le final, Suns, est d’une beauté à couper le souffle, comme s’il s’agissait en trois minutes et quelques, de racheter le monde et ses péchés.

Les artistes

Ed Tullett - A seulement 28 ans, le chanteur natif d’Oxford évolue entre les univers électroniques, folk et plus expérimentaux. Aux côtés du chanteur Gallois Ali John Lacey aka Novo Armor, en solo ou à travers des albums collaboratifs, Tullett a développé une expérience variée et riche qui l’a mené en tournée tout autour du monde. Sa musique a été choisie à plusieurs reprises pour illustrer des séries en vue comme This Is Us, Pretty Little Liars ou encore Shadowhunters. Ses albums collaboratifs avec Julien Marchal au sein de Lissom ou Jemima Coulter (Hailaker) ont rencontré un bel écho. Eclipses est son cinquième album.

Julien Marchal – Agé de 37 ans, le pianiste bordelais a sorti entre 2015 et 2018, quatre disques d’une série intitulée INSIGHT, sur le label qu’il a fondé et dirige Whales Records. En tant que producteur, compositeur et musicien, il a multiplié les collaborations (notamment avec le DJ et producteur Steve Aoki, le Berlinois de Los Angeles Robot Roch), les projets en variant les genres (Electronica, IDM, Jazz, LoFi, EDM, ambient) et les formations (quintet, piano solo, orchestre à cordes). Sa curiosité et son talent l’ont amené à jouer dans des salles prestigieuses ou atypiques (le grand planétarium de St Petersbourg, le conservatoire de Moscou, Los Angeles...). Sa musique a été utilisée dans de nombreuses séries comme Ray Donovan, The Blacklist, How To Get Away With Murder...

Musique

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