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La nuit des arcs-en-ciel d'Oscar Nip

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  • Le mardi, 22 septembre 2020 à 17:51
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Pour fêter dignement ses 28 ans d’existence, le groupe Oscar Nip sort un septième album en forme de consécration artistique : La nuit des arcs-en-ciel. On y retrouve les éléments qui ont fait sa singularité : grosses guitares, batterie cataclysmique, bidouillage sonores éthérés, textes poétiques affirmant une identité française sensible et douloureuse… Mais aussi des incursions dans les domaines du hip-hop ou de l’électro à la faveur d’expériences sonores aussi inédites que réjouissantes.

Oscar Nip - La nuit des arcs en ciel

Punk, hardcore, électro, psychédélique ? Oscar Nip n’a jamais œuvré dans la facilité et les étiquettes glissent sur son existence comme les années sur sa détermination. Désormais en trio ou en duo sur scène, secondé par des loops lancés par le guitariste, le groupe fait preuve d’une énergie hors norme pour asséner sa vision résiliente de la situation de crise ressentie par le monde occidental. Environnement, migration, fuite en avant des politiques, temps qui passe, place dans le monde de 2020… Autant d’interrogations et d’inquiétudes, mises en scène tantôt dans une emphase libératrice, tantôt dans un détachement salvateur.

interview avec Oscar Nip

Pouvez-vous nous présenter l'album La nuit des arcs-en-ciel et son univers ?
Musicalement, cela représente le condensé de 2 années de composition, d’humeurs, de joies, d’évolution personnelle. Ce n’est ni du rock, ni du punk, ni de l’électro, ni de la chanson mais un peu de tout cela à la fois. Artistiquement, il s’agit de l’expression d’un sentiment, plus que d’une véritable réflexion, sur la situation du monde actuel, sur la place qui doit être la nôtre et sur la façon de se projeter dans l’avenir. Le résultat et tout de même assez douloureux.

Qu'avez-vous souhaité aller chercher dans la nuit et les arcs-en-ciel dans cet opus et en quoi est-ce important de dépeindre votre vision du monde ?
A un moment, il est primordial de s’exprimer pour extérioriser les tensions et pour ne pas devenir fou. L’art permet une liberté de ton et de sujets que la société nous interdit. Même si l’on ne cherche pas forcément à ouvrir de nouvelles portes ou à révolutionner le monde, il est important de se sentir libre, sans autres entraves que celles que l’on s’impose. L’enjeu est peut être simplement de faire sauter ces entraves.

Le confinement a-il affecté la préparation de votre album et est-ce selon vous une bonne raison de nous poser des questions sur le monde dans lequel nous vivons ?
Je pense que le confinement a représenté une parenthèse unique dans notre monde. Il a permis, voire nous a obligé à repenser notre vie, notre façon de vivre et nos priorités. Sur internet, on a vu les pires groupes de la terre se donner en spectacle sans filtre mais l’on a aussi vu une réelle émulation et une créativité inattendue. C’est le propre des situations de crise de révéler la capacité de résilience et de rebond de l’être humain. Concernant notre album, nous étions à la phase du mixage, donc plutôt vers la fin. Ça ne nous a pas trop impacté même si nous n’avons pas pu refaire certaines parties comme je l’aurais aimé. On s’est quand même arrangé pour refaire un morceau en ajoutant des lignes de basse, de guitare et de chant à distance. Et on a enregistré un titre très réussi par le biais de nos téléphones mobiles. Même si le résultat est étonnant, j’ai quand même le regret de ne pas avoir pu produire un gros son pour un morceau qui le méritait.

Comment se sont passés les enregistrements en studio ?
On a tout fait nous-mêmes. Comme d’habitude. Les batteries ont été enregistrées dans notre local de répétition à Epinay-sur-Seine. Pour la petite histoire, le batteur habite maintenant à Besançon. On ne répète donc pour ainsi dire jamais. Généralement, il découvre les morceaux en arrivant au studio… Comme on sait ce qu’on veut, la plupart du temps, on s’en sort sans problème.
Pour le reste, les guitares et les voix ont été faites à Epinay ou chez moi à Paris. J’ai un mini studio dans ma cave qui me permet de faire des prises assez confortablement. On y a même enregistré la batterie de La chevelure des comètes. Mais j’ai cru que le plafond allait nous tomber sur la tête ! C’est aussi à cet endroit que j’ai commencé le mixage. Pour cause de confinement, je l’ai fini, au casque, ainsi que le mastering, dans une maison dans le Gard. Ce n’étais pas idéal pour le son mais tellement confortable à vivre...

Parlez nous du titre Le dernier des rois et de son clip…
Comme je l’ai expliqué, je me suis retrouvé confiné en urgence dans le Gard. Une fois l’album terminé, il fallait choisir un single et réaliser un clip. Or, je n’avais aucun matériel à disposition et pas la moindre idée du titre à mettre en avant. Il était même pratiquement interdit de mettre le nez dehors à cette époque. Heureusement, vivant à la campagne, je rencontrais très peu de monde. J’ai donc pu sillonner la région, d’abord à pied, puis en voiture. J’ai découvert des coins magnifiques mais aussi des friches industrielles laissées notamment par l’écroulement de l’activité minière autour d’Alès. Petit à petit, à mesure que je croisais des stations service ou des garages désaffectés, l’idée a fait son chemin et je me suis lancé dans le tournage d’un road-movie post industriel, jouant sur la confusion de la quête de deux liquides incontournables : le pétrole et l’eau. Le titre se veut une évocation plutôt qu’un sermon mais il pousse à se poser les questions importantes. Qu’est-ce-qui est important dans notre vie ? Comment se projeter dans l‘avenir, ou pas ? Quel avenir préparons-nous ? N’est-il pas déjà trop tard ? En filigrane, le clip véhicule une autre idée, plus philosophique et plus humaniste, celle d’une transcendance mature et épanouie exprimée par l’action de donner plutôt que de prendre (voir la chute du clip). C’est une solution totalement à rebours de milliers d’années de conquêtes humaines et de libéralisme effréné. Ce temps est peut être révolu.

Le groupe Oscar Nip fête ses 28 ans. Du point de vue artistique, est-ce que vous vous permettez certaines choses maintenant que vous n'auriez pas fait à vos débuts ?
Nous avons commencé à jouer un punk rock teinté de cold wave et de chanson française sans vraiment y réfléchir. C’était simplement nos influences du moment. Avec le temps et beaucoup de travail, les emprunts deviennent plus réfléchis et plus aventureux parce-que l’on maîtrise mieux notre ouvrage et qu’on l’ai sait toujours retomber sur ses pieds. Ainsi, nous avons intégré des sonorités trip-hop vers 1998 et carrément techno par la suite. Avant de revenir au rock pur et dur. Tout est question de cycles, en musique encore plus qu’ailleurs. Même si depuis 20 ans, le paysage musical occidental n’a subit aucune évolution. Les enfants écoutent la même musique que leurs parents. C’est presque inquiétant ! Aujourd’hui avec Oscar Nip, nous ne nous gênons plus pour mélanger tous les styles. Nous ne le faisons pas forcément à chaque fois mais ce n’est plus un frein comme auparavant. La génération MP3 y est pour beaucoup je pense. On peut écouter plein de styles en même temps sur son téléphone, il est donc normal que l’on joue plein de styles sans complexes. En revanche, la patte sonore reste identifiable. Elle est due à notre façon de jouer autant qu’aux instruments que l’on utilise.

Une indiscrétion à nous donner sur l'album La nuit des arc-en-ciel ?
Le titre Instinct 0.2 n’était au départ que la continuité de « Instinct zéro ». A la première écoute, nos proches se sont sentis frustrés que le morceau ne dure pas plus longtemps. On en a donc fait un morceau à part entière en enregistrant des parties à distance pendant le confinement. En revanche, la batterie a été mise en boucle et répétée.

Avez-vous des concerts de prévus prochainement et avez-vous hâte d'y retourner après les restrictions sanitaires que nous avons vécu ?
Nous avons pu faire une petite tournée en Lozère et en Aveyron fin juillet. Juste à deux, guitare batterie avec la basse dans mon looper. Ça fonctionne d’enfer et ça nous a fait un bien fou. On a surtout pu juger du potentiel énorme du nouvel album sur scène. On a hâte de remettre ça mais ça risque d’être très compliqué pour les arts en général dans les prochains mois...

Souhaitez-vous nous partager un souvenir de scène ?
Personnellement mes moments préférés ne sont pas sur une scène mais dans la rue, les pieds sur le bitume, les gens à quelques centimètres du micro et les amplis à fond derrière nous. C’est une sensation intense et grisante. J’ai le souvenir de sets dantesques dans les rues de Montmartre pour la fête de la musique où la foule sautait autour de nous en osmose, nous empêchant d’apercevoir les immeubles. Rien ne rivalise avec cette sensation d’être intensément vivant et connecté au monde.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Merci pour votre temps.

Merci à Oscar Nip d'avoir répondu à notre interview !
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Oscar Nip - Le dernier des rois

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