Publicité

La Liberté chérie d'Eliott Jane dans son EP

Maxime Lopes Par Le mardi, 26 janvier 2021 à 18:33 0

Dans Culturel

Eliott Jane est une héroïne de sa génération, libre et révoltée, "badass" mais un brin fragile. Elle dévoile son EP Liberté chérie.

Eliott Jane

Après avoir grandi en sillonnant les scènes punk avec son premier groupe, Eliott Jane fait tomber le perfecto et raconte la brutalité de la vie avec désinvolture et candeur.
Marquée par ses mille et une vie, enfant terrible des années 90, femme dandy, ou encore petite soeur du punk, Eliott Jane s'amuse des codes et des genres, et balance des titres pop, où mélancolie et ennui côtoient joie et force de vivre.

Pouvez-vous nous présenter votre EP Liberté chérie ?
Ce premier E.P c’est une vraie mise à nu, je me livre complètement sans pudeur en français à travers 5 titres pop.
C’est aussi une première prise de parole en solo et le résultat de plusieurs années de recherche suite à une longue crise d’identité.
Avec Nicolas Steib le réalisateur nous avons pensé chaque titre comme une facette de ma personnalité, c’est pourquoi chaque chanson a une couleur particulière.
Ce premier disque est complètement hybride et « crossover » car j’ai voulu qu’il soit à l’image de la vie, ni tout rose ni tout noir. Je n’ai pas souhaité qu’il entre dans une case ni qu’il réponde à un style en particulier.
Mon label La Ruche, m’a laissé totalement libre de mes choix artistiques et tant mieux sinon je n’aurais jamais pu m’épanouir artistiquement.
Chaque titre est d’ailleurs une déclinaison de la liberté, j’aborde la liberté sous différentes formes. Par exemple "Violence" exprime la liberté perdue sans nul doute alors que "Vas voir ailleurs" exprime clairement la délivrance.
Tu l’auras compris ce disque pue la liberté :)

On a pu vous retrouver dans le groupe Jina. Qu'est ce qui vous a poussé à l'aventure solo pour ce projet ?
J’ai commencé ce groupe alors que je n’étais même pas encore majeure et pas encore mûre artistiquement. Je ne savais pas encore ce que je voulais ni même qui j’étais. J’étais beaucoup plus jeune que tout le monde autour de moi et je ne savais pas m’imposer autrement que par la violence. Ce travail de recherche au plus profond de moi même, j’aurais dû le faire il y a 10 ans. Cela faisait très longtemps que j’éprouvais le besoin de le faire.
La vie de groupe c’est beaucoup de compromis artistiques et j’étais lasse de ne pas pouvoir aller au bout de ma vision personnelle. Nous étions donc aussi arrivés au bout d’une belle aventure humaine.
 
Comment avez-vous composé cet EP et avez-vous un lieu qui vous inspire ?
Chaque titre a sa propre histoire. Je n’ai pas de recette toute faite pour écrire un titre. Ce sont des chansons que j’ai écrit il y a 2 ans. J’étais en pleine crise d’identité et rompre avec l’anglais m’a emmené dans un registre très éloigné du rock et de la folk.
J’ai commencé à écrire en français dans la bibliothèque de mon père qui est un lieu qui m’inspire bien. J’ai grandi au milieu des livres anciens et donc il n’y pas plus familier comme endroit pour moi. Je ne pouvais pas être plus authentique que dans ce lieu qui est un lieu inspirant et qui me rappelle des souvenirs d’enfance et de jeunesse.
Avec le français Il n’y avait plus la barrière de la langue. Une fois les chansons écrites, j’ai commencé le travail avec Julien Espinoza aux studios de La ruche, où nous avons pris le temps de la recherche de l’univers sonore pour habiller ces chansons.
Au bout d’un moment nous manquions de recul, nous étions dans le doute, alors nous avons décidé de faire appel à Nicolas Steib, un talentueux réalisateur lyonnais qui avait donc les oreilles fraîches sur les titres.
Nico c’était la cerise sur le gâteau, il a sublimé les titres et nous avons réalisé l’E.P ensemble en télétravail en 4 mois.

Votre vie et votre expérience ont-ils marqué cet EP et est-ce au point que les regards qui se portent sur votre génération sont peu importants ?
Bien sûr que je porte en moi mon passé, et mon histoire et que cela influe sur mon écriture. Je raconte d’ailleurs des histoires intimes et des expériences de vie tout en essayant d’y apporter une dimension poétique et de l’imaginaire.
Le regard de ma génération m’intéresse oui et je sais que les références cinématographiques que je peux utiliser dans un titre comme PLAN B (Glace à la vanille) où les soirées «  disco » vont toucher ma génération et aussi une génération plus ancienne. J’ai grandi dans les années 90 mais mes sœurs beaucoup plus âgées elles, ont grandi dans les années 70/ 80 donc j’ai beaucoup été influencée par un cinéma et une musique antérieure à ma génération.
Et en même temps je suis de plus en plus suivie sur les réseaux sociaux par une génération plus jeune que la mienne, sûrement des jeunes épris de liberté comme j'ai pu l'être et qui se reconnaissent à travers un discours d'émancipation et de volonté de vivre en marge de la société. Peut être que la rage de vivre se fait sentir dans mes textes, je ne sais pas. Il y aussi beaucoup de magie et de mystères dans tout ça et tant mieux. Il faut laisser le public venir à soi et pas forcément à tout prix cibler un cœur de cible idéal.

En quoi est-ce important de chanter en français ?
Pour moi c’est inévitable car c’est la seule langue que je sais parler couramment autrement c’est du yaourt que je fais, ce n’est pas du tout intéressant ni pour un public ni pour moi.

Qu'est ce qui vous amuse en fusionnant le new-wave des années 80, l'électro-pop et la chanson française ?
Dans ma musique je voulais rassembler toutes les facettes de ma personnalité, et qu’on ressente toutes mes différentes influences. Je voulais que ce disque soit coloré. Qu’il soit à l’image de la vie, ni tout rose ni tout noir.
Je suis un électron libre et je m’ennuie vite s' il n’y pas de contraste et pas de saveur dans ce que je fais. Paul Mcartney est mon premier coup de foudre musical, suivi de près par Police, Peter Gabriel, et Madonna.
Puis plus tard à l’adolescence j'ai découvert Nirvana, The clash the raines, Sex pistols. La première fois que j’ai entendu Nirvana j’ai cassé une chaise contre un mur tellement ça m’a retourné.
J'ai aussi beaucoup écouté de la cold wave (Joy divion, The smith, Suede, Interpol). Maintenant ça fait quelques années que je n’écoute plus que des artistes francophones car je m’intéresse beaucoup aux textes.

Comment se sont passés les enregistrements en studio ?
Nous avons réalisé ce disque à distance de mars à juin 2020. J’ai juste enregistré mes voix au moment du déconfinement au studio Polycarp.

Parlez-nous du titre A la vie, à la mort et de son clip…
Le titre est une invitation à profiter des gens qu’on aime tant qu’il est encore tant. Je voulais aussi dire qu’on peut facilement se souvenir des être perdus avec joie et bonheur une fois la période de deuil et de souffrance résolue.
Je ne voulais surtout pas avoir une approche dramatique et sombre de la mort mais au contraire l’aborder de manière positive. Car ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.
Le réalisateur du clip s’appelle Hector Di Napoli, il a vraiment réalisé un très beau travail, il a tout de suite très bien capté ce que je voulais. Il y a vraiment eu un coup de foudre artistique dès notre première discussion
 Le clip a été tourné à Marseille en septembre, pendant le mistral. C’est un road trip dans la ville, nous voulions une ambiance cinématographique et sauvage. C’est pourquoi nous avons choisi Marseille comme ville car elle réunit des éléments qui me sont  familiers : terrain de hockey, mer ; lieux underground. Tous ces éléments sont évocateurs de souvenirs de jeunesse et d’insouciance.

Que souhaitez-vous apporter au public avec l'EP Liberté chérie ?
Ce premier EP est un recueil de 5 titres, je l’ai fait avec amour et franchise, j’ai vidé mon sac sans penser à ce que j’allais apporter. Je n’ai pas la prétention de révolutionner la musique. Je suis plutôt une intuitive non cérébrale. Je fais beaucoup avec le cœur, peu avec la tête. Alors je ne sais pas si j’apporte grand chose c’est aux gens de dire ce que je leur apporte.
Ce qui est sûr c’est que je leur donne une partie de moi après libre à eux de l’aimer ou de détester ma musique. Peu importe. J’espère que certains se reconnaissent dans les histoires que je raconte car je pense qu’on a tous perdu quelqu’un dans la vie, été sous emprise ou réussi à se libérer de quelqu’un. Même si j’ai eu une vie marginale au final je pense que j’ai vécu les mêmes histoires d’amour et de vie que n’importe quel autre jeune.  
Je reçois énormément de message de gens qui disent qu’ils adorent même si je ne sais pas pourquoi et peu importe la raison. J’ai du mal à analyser pourquoi j’aime un artiste.

Pourquoi avoir choisi le nom de Liberté Chérie ? Certains ont même dit que vous l'avez piqué à Calogero…
J’ai découvert en effet que Calogero avait eu un album qui s'appelait Liberté chérie. J’avais déjà choisi d’appeler cet EP comme ça depuis longtemps quand j’ai découvert que Calogero avait un album du même nom. Quand j’ai vu ça j’ai envoyé un sms à mon éditeur ce jour-là pour lui dire. Il m’a répondu « on s’en fout » et il a bien raison. Vous n'imaginez pas le nombre d'albums qui portent le même nom. Je crois qu‘on est que 2 à avoir appelé un disque Liberté chérie. 2 c’est pas beaucoup.

Quels ont été vos choix pour l'artwork de l'EP ?
On a improvisé un shoot avec COCO mon batteur (Benoit Kalka). C’était au moment du déconfinement. On s’est juste amusé dans la rue, il faisait beau et chaud. Ensuite c’est Alexis Caillies, encore un mec ultra talentueux avec qui j’ai l’honneur de travailler qui a fait l’artwork à partir des photos. J’aimais bien l’idée d’être devant un grillage comme si j’attendais d’être en liberté ou au contraire comme si j’avais sauté la barrière. Il y a 2 clés de lecture possibles sur cette pochette. Et je voulais laisser libre court à l'interprétation pour rester dans le thème de la liberté.

Les concerts sont à l'arrêt depuis de nombreux mois. Voyez-vous ici votre "Liberté Chérie" s'envoler et avez-vous un souvenir de scène à nous partager ?
Ça devient super dur à supporter. Perso les concerts, les cafés, les bars me manquent terriblement, je commence à mal vivre la solitude et l’isolement. Mais c’est la dernière ligne droite et tout est relatif non ?
Nos aïeux ont vécu bien pire pendant la guerre. On mange à notre faim, nous ne sommes pas torturés. Nous sommes dans une société occidentale privilégiée et donc j’ai la chance de ne manquer de rien.
Alors je profite de mon temps de break pour préparer le live et écrire de nouveaux titres. Il y a bien pire dans la vie non ?

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Profitez de chaque instant car notre liberté est précieuse et fragile à la fois, tout peut s’arrêter d’une minute à l’autre.

Merci à Eliott Jane d'avoir répondu à notre interview !
Suivez la également sur Facebook.

Eliott Jane - À la vie, à la mort [Clip Officiel]

Musique interview

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam