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Grégoire Canonne présente la BD Les Traîne-misères

Maxime Lopes Par Le vendredi, 17 juin 2022 à 19:51 0

Dans Culturel

La bande dessinée Les Traîne-misères de Grégoire Canonne nous plonge en 1755. Suivez les aventures d'Arnaud, Marie et Guillaume qui tentent de sortir de la misère.

Grégoire Canonne, BD Les Traîne-misères - Les huit traine miseres demandant chemin

crédit visuel : Grégoire Canonne

D'où viennent vos passions pour le dessin et la bande dessinée ?
Depuis tout petit où, dans ma famille, les bandes dessinées font partie de la bibliothèque.

Pouvez-vous nous présenter votre BD Les Traîne-misères ?
Il s'agit d'un tome d'introduction. Présentant à la fois le contexte géographique et social, les différents protagonistes, principaux et secondaires.
Ça se passe en Occitanie en 1755 du côté d'Albi, Gaillac et plus longuement à Toulouse. Nous sommes trente-quatre ans avant la révolution, les campagnes du royaume sont appauvries par des décennies de dettes accumulées par l'État, de taxations abusives et de mauvaises récoltes. De nombreux paysans affluent vers les villes, mendiants et bandes organisées jonchent les chemins, orphelins ou enfants abandonnés se trouvent en tout lieu, l'insécurité est de mise partout.
Nos personnages principaux : Arnaud, Marie et Guillaume, sont de ceux-là.

Qu'est ce qui vous a intéressé de placer l'histoire sous le règne de Louis XV en 1755 et doit-on y voir des liens avec l'époque actuelle ?
Comparé à l'époque médiévale par exemple, le XVIIIème siècle inspire peu les scénaristes du moment. Sinon sous l'angle des biopics ou des pirates, mais finalement très peu sous l'angle régional, des classes populaires, de la contrebande, de la prostitution... Ce sont les conditions de vie du tiers état à la fin de l'ancien régime qui m'ont d'abord intéressé. Plus précisément encore : dans la période de la guerre de sept ans (1756-1763). Aucun parallèle à notre époque n'est suggéré dans l'album, mais en creusant mes recherches, je me suis rendu compte de certaines tristes ressemblances : essoufflement du régime, défi face à l'autorité, perte de confiance du peuple à ses élites, précarité des travailleurs journaliers qui ressemblent étrangement à nos intérimaires d'aujourd'hui, exploitation des migrants par des réseaux crapuleux...

En quoi est-ce important d'avoir fait des recherches documentaires et avez-vous appris un fait marquant aux cours de celle-ci ?
La crédibilité de l'historique passe justement par le fait de s'être bien documenté. Il m'a fallu lire de nombreux ouvrages (environ une trentaine) pour connaître le fonctionnement de la société française soixante-dix ans en arrière. La structure familiale, le pater familias, les petits métiers, le compagnonnage, l'organisation du travail, le clergé, la religion, la noblesse, la corvée des grands chemins, les anciennes monnaies, les anciennes taxes, les punitions publiques, l'éducation et la justice de l'époque...
Et de là, pouvoir créer des personnages de toutes pièces à partir d'éléments ayant réellement existé. Les recherches graphiques pour les accoutrements, les architectures et  les paysages sont également très importantes. Pour ça, il n'y a pas mieux que de s'en référer aux images qui nous restent de cette époque : tableaux, estampes et gravures. Pas de fait marquant en particulier.

Que peut-on savoir des personnages principaux : Arnaud, Marie et Guillaume ?
Ce sont de très jeunes gens (à peine 18 ans) qui ont en commun de provenir de la même paroisse (village) et d'avoir perdu tout lien familial. Ils font route ensemble pour Toulouse, grande ville de la province. D'abord à pied, puis en charrette à partir d'Albi, moyennant quelques conditions pour le moins douteuses avec des adultes. Arnaud est un grand dadet peu bavard, son strabisme lui donne un air bêta (alors qu'il ne l'est pas) et peut susciter des moqueries. Marie, petite, fluette, déterminée, mais encore encombrée d'une naïveté due à son jeune âge, son ignorance du monde, sa non expérience de vie. Guillaume, de visage juvénile, tout aussi analphabète et peu instruit que ces compagnons, est également le plus réfléchi, raisonnable et responsable des trois.

Quels genres de péripéties vont suivre nos protagonistes ?
Du genre manipulé ! De la misère des campagnes qu'ils fuient, ils vont se retrouver dans des réseaux de malfaiteurs (plutôt) citadins, récupérateurs de pauvres, utilisant leur force de travail, leur faisant miroiter des lendemains toujours meilleurs, toujours plus tard aussi...

Qu'est-ce qui vous plaît dans les bandes dessinées historiques ?
Inventer une histoire dans l'Histoire, avec un grand H. Imaginer des personnages de fiction, issus de diverses anecdotes et les mettre en scène. À l'inverse, les biopics (souvent) m'ennuient.

Comment travaillez-vous vos dessins et la colorimétrie ?
Sur du papier A3 en 250 g. Toute la mise en page est mesurée à la règle. Les crayonnés restent peu léchés pour qu'à l'encrage perdure le mouvement du dessin.
La couleur est appliquée aux encre de couleurs et aux feutres (aquarellables ou non) sur une photocopie (en 250 g aussi) du noir et blanc. Les planches de la bande dessinée seront numérisées pour l'imprimerie. La technique est entièrement manuelle (traditionnelle), rien n'est fait au multimédia.

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
Pour me faire connaître d'un premier public et des maisons d'éditions en espérant qu'une d'entre elles, acceptent de "prendre le relai" et de publier la saga entière. En effet, ce projet se veut en huit tomes.
Je suis bien conscient que c'est (très) ambitieux ! Les tomes suivants développeront le parcours de chaque personnage principal séparément. Ils sont trois, deux tomes par personnages se succèderont jusqu'à un tome final. C'est l'idée, c'est mon projet.
Le financement participatif permet une récolte d'argent plus importante et donc de produire un tirage plus grand que si j'avais dû compter uniquement par mes propres moyens. Le coût de production à l'unité diminue au fur et à mesure que se multiplie le nombre d'exemplaires.

Quels sont vos choix pour l'impression du livre ?
Cartonné. Couleurs. Format 24x32 cm. 64 pages. 1000 exemplaires.

Aurez-vous l'occasion de rencontrer vos lecteurs pour des séances de dédicaces ?
Aucune date de prévue à ce jour. Mais je compte bien guetter les salons du livres, les festivals de bd, les rencontres auteur-public dans les librairies... C'est parmi les étapes prochaines !

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Éprouvant et épuisé sont les deux mots qui me viennent. À l'écrit comme au dessin, j'aurai fait cet album de 64 pages (dont 58 dessinées) en 4 000 heures sur deux ans. Ce sont ajoutés à ça les tâches supplémentaires de la communication, de la promotion, de la construction de mon réseau, en plus de l'œuvre elle-même. Et viendra plus tard (si je réussi mon financement participatif) celui de la vente.
Plus positivement : je ressortirai très enrichi de cette expérience. Culturellement d'une part, administrativement, commercialement, professionnellement d'autre part.
Reste que je me suis éclaté à réaliser ce projet, malgré les durs moments traversés et ça, c'est le principal !

Merci à Grégoire Canonne d'avoir répondu à notre interview !

A propos de la BD Les Traîne-misères

Le royaume de France est sous le règne de Louis XV, dit le bien-aimé.
Les campagnes sont appauvries par la fiscalité, les taxes lourdes, des spéculations sur les denrées, de montées successives des prix et pour certaines années de mauvaises récoltes.
De nombreux paysans affluent vers les villes fuyant la misère. Mais la vie citadine de l'époque n'est plus à envier. Le vagabondage, le brigandage, la mendicité, la prostitution et le chômage pour les travailleurs journaliers menacent le quotidien de l'individu.

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