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Gauvain Sers : l'album Ta place dans ce monde

Maxime Lopes Par Le lundi, 06 septembre 2021 à 14:03 0

Dans Culturel

Suite au succès de ses deux premiers albums Pourvu en 2017 et Les Oubliés en 2019, tous les deux certifiés disque de platine, Gauvain Sers a magnifiquement converti le repos forcé des confinements en période d'intense créativité, se posant la question de notre place dans la société. Ainsi est né Ta place dans ce monde, un album qui balance harmonieusement entre social et intime.

Gauvain Sers - Ta place dans ce monde

Tout ou rien. Il n’y a pas d’entre-deux. Pour les artistes, les confinements successifs ont, soit bridé leur imagination, soit nourri ardemment leur inspiration. Stoppé au milieu d’une tournée qui remplissait des salles de plus en plus grandes, suite à l’immense succès de ses deux premiers albums(«Pourvu» en 2017 et «Les Oubliés» en 2019) tous les deux certifiésdisque de platine, Gauvain Sers a lui magnifiquement converti ce repos forcé en période d’intense créativité, se posant la question de notre place dans la société. Il le raconte: “Je ne pensais pas me remettre si tôt à la conception d’un nouvel album, mais j’étais à la maison dans un grand élan d’inspiration où je pouvais aller au bout de ce que j’avais commencé, avec déjà quatre ou cinq chansons dans mes tiroirs et des idées notées ici ou là. Donc petit à petit, je me suis retrouvé avec douze morceaux et je me suis demandé: est-ce que cela ne constituerait pas la matière à un album?” Ainsi est néeau printemps 2020, «Ta place dans ce monde», la première chanson qui donne son nom à ce nouvel album. La troisième pierre d’un édifice qui grimpe de plus en plus haut, consacrant un chanteur à la fois populaire et engagé, attaché à cette province qui l’a vu naître en Creuse il y a trente-deux ans, mais aussi intimement lié à ce Paris où il réside depuis sa majorité dont il sait si bien retracer les charmes, et parfois les défauts. Débarqué par surprise en 2017 avec le single «Pourvu»,ce fils d’instituteur a tout de suite trouvé un public qui lui ressemble. En partie, celui-là même dont certaines élites de la branchitude et de la technocratie réunies ont labellisé dédaigneusement comme “la France d’en bas” ; en réalité celle du haut des cœurs. Celle qui incarne finalement le mieux les valeurs de notre pays: liberté, égalité, fraternité.

Nouveau héros humble et discret, mais au charisme certain, Gauvain Sers a pris sa place dans le cortège des manifestants qui porte fièrement les couleurs de la chanson française exigeante. Côtoyant ainsi dignement le rang des grands anciens, Alain Souchon, Vincent Delermou Renan Luce, et fraternisant avec ses camarades de promo Vianneyou Boulevard des Airs. Car Gauvain n’est pas un égoïste et on l’a entendu récemment sur des albums hommages à Brel, à Renaud (un peu son premier mentor dont il a effectué de nombreuses premières parties), ou à Johnny Halliday. Et même parrain, à la demande de Francis Cabrel, des fameuses Rencontres d’Astaffort. Des expériences qui ont certainement enrichi sa palette, sans pour autant le transformer. Pour paraphraser le poète: “Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre”. C’est ainsi qu’on le retrouve pour son troisième album «Ta place dans ce monde» qui balance harmonieusement entre social et intime. Et ils sont rares aujourd’hui dans le paysage de la chanson française à se poser en observateur aiguisé des tensions qui agitentnotre société. Comme sur le triode chansons«Sentiment étrange» sur l’immigration, «En première ligne» qui met à l’honneur éboueur et infirmière, caissière et livreur, et «Les gens de l’ombre» qui clôt l’album, chanson pourtantécriteavant la crise sanitaire. Mais Gauvain c’est aussi un merveilleux scénariste qui, attablé à la terrasse de son café préféré, est capable de raconter des histoires tendres et poignantes, pas très éloignées finalement de celles des cousins américains Bruce Springsteen et Neil Young. Carrément. Un habile portraitiste qui en seulement deux, trois phrases, plante le décor. Ce sont les habités «La France des gens qui passent», «Le Convoyeur», «Le Kiosque», «Chanteuse de salle de bain» ou «Cité Thimonnier». Mais on aime aussi le Gauvain en mode vraiment perso à l’image de l’émouvant «Elle était là», la suite des premiers émois de «Pourvu».
Douze compositions magnifiées par un fameux homme de l’ombre, Renaud Letang, le producteur de Jane Birkin, Alain Souchon ou Manu Chao. Le talentueux metteur en sons apporte un coup de frais, moderne, sans en bousculer bien sûr son essence. Un travail qui répond à l’envie de Gauvain d’une musicalité différente pour ne pas se répéter. La mission est réussie au-delà des espérances pour cet album qui trouve toujours le gimmick malin qui vientimmédiatement accrocher l’oreille.

Gauvain tient à reprendre le premier le chemin de la scène, là où tout a commencé. Elles et ils seront certainement encore plus nombreux à venir l’applaudir, maintenant qu’il a retrouvé sa place dans leur monde.

Musique

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