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Gaëlle Solal, les chemins de la liberté

Maxime Lopes Par Le mercredi, 16 février 2022 à 21:02 0

Dans Culturel

Un nouvel album, de beaux projets en perspective : la guitariste Gaëlle Solal, plus rayonnante que jamais, est l’une des musiciennes dont on parle aujourd’hui. Cette reconnaissance, elle ne l’a pourtant pas cherchée pour elle-même : artiste authentique, elle a suivi librement son propre chemin, guidée par son amour de la musique.

Gaëlle Solal

Une vocation

La guitare, Gaëlle Solal la découvre en famille au hasard d’un concert dans une boutique d’instruments. L’intimité du son, la chaleur du lieu, cette musicalité sans démonstration, tout la séduit. Elle a à peine cinq ans mais elle est déjà sous le charme de cet instrument capable de vous raconter des histoires à écouter toute la nuit.

Elle entre alors au conservatoire de Marseille, dans la classe d’un grand pédagogue, René Bartoli, qui lui transmet sa musicalité et la conduit, presque à son insu, aux portes du CNSM de Paris où elle entre à seulement 16 ans. Elle sort du conservatoire sûre de son chemin et remporte de nombreux prix en parallèle de son Master à Cologne.

“J’étais la gamine qui allait rôder sur scène parce que je voulais sentir l’énergie qui restait après le concert. Je me disais : il vient de se passer là quelque chose d’incroyable et ça doit rester d’une certaine manière.”

L'appel de la liberté

En 1995, elle forme le duo Astor avec Francisco Sanchez Bernier, duo de guitares dans la lignée du mythique couple formé par Ida Presti et Alexandre Lagoya. Deux artistes qui pendant dix ans, par leur musicalité et leur virtuosité chorégraphiée, impressionnent les scènes du monde entier. Leur collaboration culmine notamment avec la création du double concerto pour guitares et orchestre de Naomi Sekiya à Berkley avec Kent Nagano.

Mais en 2005, le duo s’arrête, et voici Gaëlle Solal libre de remonter seule sur scène. Après tant d’années à deux, ce n’est pas un chemin aussi simple : elle trouve pourtant le courage nécessaire, s’entraînant au plus haut niveau jusqu’à ce qu’un deuxième prix au prestigieux concours de la Guitar Foundation vienne récompenser ses efforts et convaincre les programmateurs.

“A la fin du duo, j’ai constaté que rien n’était acquis et que je devais trouver en moi la force de tout recommencer. Alors j’ai refait des concours mais cette fois pour de bonnes raisons, non pas pour la compétition mais bien pour progresser.”

Le Brésil

En 2009, c’est une libération musicale. Partie pour le Brésil sur un coup de tête, son voyage personnel déraille et se transforme en exploration musicale. Accueillie par des musiciens à Rio de Janeiro, elle redécouvre le plaisir de partager de la musique, passant ses nuits autour d’une table à dialoguer, la guitare à la main. Elle, elle joue du Bach, et eux, des choros et de la musique brésilienne. Un bonheur partagé, sans distinction entre professionnel et amateur, musique populaire ou savante.

Dans l’avion du retour, elle fait un choix radical : retrouver ce plaisir de partager de la musique et d’apprendre. Elle dresse alors une liste de tout ce qu’elle veut découvrir pour cultiver d’autres manières de s’exprimer (le jazz, le clown, l’impro, le théâtre…). Et pour se consacrer à son art, elle abandonne ce poste de professeure agrégée au conservatoire de Séville, position à laquelle elle était arrivée à seulement 24 ans, reprenant sa liberté.

“J’ai pris la décision de retrouver ce plaisir de jouer, le plaisir que j’avais enfant quand je rêvais à la fenêtre, la guitare à la main.”

Le temps des projets

De toutes ces découvertes naissent des projets différents comme Crazy Nails, un spectacle qu’elle écrit où un duo de guitare devient duo de clowns musiciens. Elle collabore avec la chanteuse Noëmi Waysfeld ou bien avec Julien Carlier, danseur de breakdance, pour le spectacle Trajectoires.
 
Mais du Brésil, Gaëlle Solal a surtout ramené des valises de partitions et d’enregistrements. Un projet prend alors forme autour de la musique d’Heitor Villa-Lobos et de ceux qu’il a inspiré. Un Villa-Lobos vivifié, avec cette énergie du rythme redécouverte au Brésil, qui devient l’album Tuhu enregistré avec Eudora Records.

“Quand je m’arrête et que je regarde le kaléidoscope de mon parcours, ça donne un portrait de moi. En ouvrant toutes ces portes, je pars à la découverte de qui je suis musicalement. Peut-être que quand j’aurais 85 ans, on verra que tout était clair !”

Regardant en arrière, Gaëlle Solal voit les rencontres qui jalonnent son chemin : c’est Leo Brouwer qui l’encourage quand au CNSM elle ne rencontre pas le soutien dont elle a besoin, c’est Pepe Romero qui, quand le duo Astor se termine, lui dit qu’elle a sa place sur scène. Ce regard sur son parcours croise son engagement féministe : est-ce plus difficile pour une femme de d’oser devenir interprète soliste ?

Sa réflexion sur ces questions, nourrie de nombreuses lectures, débouche sur la création d’une association : Guitar’elles. Elle se donne pour mission de défendre ces femmes en les rendant visibles par un recensement inédit. Elle entame aussi un dialogue avec des programmateurs, apportant des idées et des solutions concrètes. Elle travaille encore pour créer un véritable accompagnement de ces musiciennes, avec un système de mentorat. Afin que chacune soit libre de parcourir son propre chemin.

“Je me suis rendue compte que beaucoup de femmes arrêtaient pendant leurs études et ne se professionnalisent pas. Il leur a manqué un coup de pouce : de faire une première partie, de trouver une bourse… C’est ce coup de pouce que je voudrais leur offrir”.

Musique

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