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Fanny Azzuro : l'album The Landscapes of the Soul

Maxime Lopes Par Le vendredi, 22 octobre 2021 à 11:49 0

Dans Culturel

Rarement interpreté par des pianistes françaises, ce répertoire de Sergueï Rachmaninov a touché profondément Fanny Azzuro. Une passion qui lui vient de son travail avec le Maître russe Boris Petrushansky rencontré il y a 10 ans à l’académie d’Imola et avec lequel elle a pu approfondir ce répertoire et tant d’autres.

Fanny Azzuro

Plus qu’un pianiste et un compositeur, Rachmaninov est le véritable « esprit » d’un génie qui se dégage de sa musique. Il était pour elle évident de graver ces 24 Préludes, comme un hommage à l'âme russe.

Parlez-nous des sources de votre passion pour la musique russe et de votre désir d’enregistrer les Préludes de Rachmaninov…
Je sortais du Conservatoire de Paris et j’avais fait la rencontre très inspirante de Vladimir Viardo lors d’une master class autour des Variations Corelli de Rachmaninov. Il me conseilla d’aller travailler avec Boris Petrushansky qui enseignait à l’Académie d’Imola. Tous deux étaient disciples de Lev Naumov, qui avait été l’élève puis l’assistant d’Heinrich Neuhaus. Étudier avec Boris Petrushansky fut, pour moi, une approche nouvelle du piano, au point qu’elle remit en question une partie de ma technique. Si j’ai régulièrement joué le répertoire russe, l’idée d’enregistrer plus particulièrement l’intégrale des Préludes de Rachmaninov m’est venue assez tardivement. Une suggestion de René Martin, directeur artistique et fondateur de la Folle Journée de Nantes, en fut probablement le déclencheur.
Qui plus est, mes deux précédents albums, Russian Impulse puis Impressions 1905, situaient déjà mon répertoire dans le postromantisme du début du XXème siècle.

Comment révéler au piano cette dimension russe si remarquable ?
Enregistrer l’intégrale des Préludes, c’est peindre des notes avec une palette sonore illimitée ! Elle puise son matériau dans la richesse des thèmes populaires qui traversent toute l’oeuvre de Rachmaninov. C’est une certaine idée de la grandeur qui met en action les jeux de cloches, comme dans le célébrissime Prélude op. 3 n° 2 mais aussi dans l’op. 32 n° 4. S’ajoutent aussi les couleurs orientales – un lointain apport du Groupe des Cinq – comme les harmonies en si bémol majeur au milieu de l’op. 23 n° 5. Les danses sont également si particulières, implacables rythmiquement, à l’instar des op. 23 n° 5, op. 32 n° 3 et 8.

Quelles sont les limites expressives pour l’interprète ?
Jouer cette musique est grisant ! Le risque est de perdre le contrôle de ses émotions et de céder à la tentation de mettre du pathos dans une écriture naturellement si expressive, notamment dans les préludes lents. Il faut garder raison et, pour autant, préserver un toucher naturel, sans dévoyer un engagement physique réel.

La richesse polyphonique de l’écriture de Rachmaninov est telle que l’on peut employer la pédale tonale. Est-ce votre cas ?
« La pédale est l’âme du piano », affirmait Rachmaninov. J’emploie beaucoup la pédale tonale pour tenir les basses dans l’op. 23 n° 7, par exemple. Dans l’op. 32 n° 10, je « jongle » en mettant simultanément les trois pédales, astuce que m’avait apprise Vladimir Viardo. Je pourrais multiplier les exemples. Ainsi, dans l’op. 32 n° 3, il me paraît intéressant de dissocier les blanches à la main gauche. Tous ces procédés techniques ne doivent altérer ni le discours poignant de cette musique, ni sa fraîcheur d’inspiration, ni sa dimension narrative, ni, a fortiori, cet art du chant inimitable dont je ne me lasse pas.

Propos rapportés par Stéphane Friédérich

Fanny Azzuro – The Landscapes of the Soul – Rachmaninov

Concert sortie de disque
16/12/2021 - 20:00
Les Pianissimes, Musée Guimet
Paris - 6 place d’Iena

Musique

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