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Emily Loizeau : l'album Icare

Rédaction Divertir Par Le vendredi, 17 septembre 2021 à 15:45 0

Dans Culturel

Emily Loizeau dévoile l'album Icare, accompagné du clip Le poids de l'existence.

Emily Loizeau - Icare

Emily Loizeau nous revient avec un disque écrit au cœur du confinement, enregistré en quarantaine en Angleterre, avec le réalisateur et musicien John Parish (musicien et producteur de PJ Harvey).
Emily nourrissait depuis longtemps l’envie de cette rencontre et d’un album dans son pays de moitié, jusqu’à ce que l’évidence opère. Elle est ici autrice, compositrice et interprète mais aussi productrice désormais de son travail.
Ce geste de réappropriation de son territoire, de ses valeurs dans la diffusion de sa musique va avec tout ce que raconte ce nouvel opus : notre société ébranlée par les dérèglements climatiques, impactée par les crises économiques et sanitaires, bouleversée dans sa vision des institutions, dans sa foi en un avenir serein pour ses enfants demande autre chose et veut se réapproprier son mode d’existence et sa durabilité.

C’est l’histoire d’une rockeuse qui n’avait encore jamais enre-gistré d’album rock. C’est l’histoire d’une chanteuse (à moitié) anglaise de pop qui n’avait encore jamais enregistré d’album en Angleterre. “C’est quand même fou, s’étonne Emily Loizeau. C’est un rêve que je nourrissais depuis toujours. Mais j’attendais le bon moment, les chansons justes : je trouverais ridicule d’enregistrer en Angleterre juste pour faire joli sur la bio.”
C’est l’histoire de Icare, cinquième album studio de la Fran-co-Anglaise. Et elle est riche en premières fois, en nouveaux défis, en rencontres inédites, en méthodes assouplies. Comme, par exemple, de sortir cet album en totale indépendance, sans conseils à suivre, d’avis à prendre en compte, en confiant juste la distribution à [Pias]. Comme, par exemple, de choisir en gage de liberté, la production d’un Anglais, John Parish, dont les états de services, voire de sévices, font rêver Emily, de PJ Harvey à Aldous Harding. C’est enfin, par exemple, de passer le piano si bien élevé d’Emily dans de rugueuses pédales d’effets de guitare rock.
Mais il fallait briser des règles, la bienséance : le monde l’exigeait. Il y a donc un côté table-rase dans Icare et Emily Loizeau n’a pas hésité à fracasser la vaisselle, le confort et les habitudes dans ce pro-cessus libérateur. Mais avant de tout briser, on remonte avec cette fausse sage, cette cascadeuse, dans le temps, à l’enfance, avant la rage, avant de chanter : “Quelle est donc cette douleur étrange/Comme un nouveau poids sur l’existence ?
Emily Loizeau se souvient avec tendresse de la première chanson qui soit sortie de sa bouche : Skye Boat Song, berceuse écossaise que lui chantait sa maman. Elle parle du Prince Billie qui s’échappe en mer pour sauver sa peau, avant de devenir roi à son retour d’exil.
”Sans trop comprendre de quoi il s’agissait, je sentais qu’il se jouait dans cette fuite quelque chose de plus grand que moi. La force de la mer, l’exil. C’était un mystère”. Les années passeront et dans le bateau du roi qui fuit vers l’île de Skye, il y aura pour elle aussi le désespoir de ces hommes, femmes et enfants prêts à tout risquer pour une vie meilleure. A la maison, Emily chante sans répit, à tue-tête. Papa est athée, maman n’est que vague-ment protestante. Face à ce couple si libéral, cultivé et ouvert, la révolte adolescente prend pour Emily et sa sœur aînée une savoureuse tournure : elles entrent en religion comme d’autres en rébellion. Ça sera désormais à l’église qu’elle chantera, notam-ment du Cabrel, pour sa première comunion. Chanter en public la ravit, elle prend conscience ce jour là de sa voix et du plaisir qu’elle éprouve à la partager. “Je suis née avec un truc très fort vis-à-vis de la musique et du son.” Son rapport au son est tel qu’un jour, à 6 ans, elle sort d’une diffusion de Carmen secouée par la sonorisation hasardeuse : elle en vomit.
Très jeune, elle applique cette passion viscérale pour la musique à l’apprentissage du piano. Dans l’excès : jusqu’à huit heures par jour d’un travail de forçat. “En musique, pour moi, une partie vient d’une évidence, d’un côté première langue ; l’autre de la construction, d’une discipline. La chanson n’est pas venue naturellement à moi, j’ai dû aller la chercher”, sourit-elle. De ses années d’apprentissage, elle conserve une virtuosité et une liberté de jeu qui ne l’abandonneront jamais. Même lorsqu’il faudra désapprendre pour se lancer en chansons. Car à cette simplicité, cette improvisation, Emily Loizeau n’a jamais été formée, informée. “A l’époque, le monde du classique était très compétitif et ne s’intéressait qu’à lui-même. Le rock était regardé de haut. Aujourd’hui, au Conservatoire, ma fille a pu choisir de jouer du Agnes Obel !” C’est justement cet esprit athlétique de compétition qui l’éloigne du piano tout puissant. Lui manquent trop la légèreté, la spontanéité, l’instinct, la révolte même, impos-sibles dans ce corset serré. Elle grandit dans le respect de la par-tition, de l’interpétation. Du coup, même si elle écoute Bob Dylan ou Nina Simone à la maison jamais l’idée de composer, en groupe ou seule, n’entrent dans son champ de possibles. Mais à l’adoles-cence, les mélodies commencent à pointer, bâillonnées depuis des années, les textes suivent vite. Ce n’est pas une petite source hésitante mais un fleuve en crue. Elle plaque le Conservatoire à la mort de son père, fuit en Angleterre étudier le théâtre, embarque, faute de piano, un accordéon. Ses premières chansons dans cet appareil désuet sont des reprises, de Piaf à Tom Waits. “Comme je ne savais pas jouer d’accordéon, j’ai été forcée de me contenter de trois accords. Ça m’a totalement libérée. J’ai découvert le jeu primaire, enfantin.” Elle revient, forte de cette approche rudimen-taire, au piano, autrement. “Une chanson, c’est sérieux, même si ça doit apporter de la joie et de la légèreté. Ellle doit émaner de quelque chose de vital, d’un geste nécessaire, comme le besoin de respirer.”
Quand on évoque l’absence d’engagement, voire l’apathie d’une large partie de sa génération de quadras, on sent Emily Loizeau dégringoler dans ses entrailles, comme on descend à la cave chercher des réponses oubliées. “On a été bercés dans l’illu-sion que nos parents avaient déjà fait la révolution à la fin des années 60 et que c’était joué... On croyait avoir dépassé ça, on trouvait ces engagements naïfs et has-been. On vivait dans l’in-souciance, la mollesse. On était dans la jouissance. Moi qui suis pourtant fille et petite-fille de militants, j’ai longtemps pensé que transmettre un message pertinent sans sombrer dans le ridicule était réservé à des artistes visionnaires, que je plaçais au sommet de ma mythologie... Mon engagement depuis l’enfance est resté dans le domaine de la citoyenne, pas de la chanteuse. Je ne res-sentais pas ce besoin, ça ne s’imposait pas à moi et je ne me sentais pas légitime à le faire. Pas d’urgence, pas de chansons donc... Il n’existe rien de pire qu’une mauvaise chanson engagée.”
Pourtant, Emily Loizeau n’a jamais cessé d’écouter Bob Dylan, fascinée par ses mélanges vertigineux entre le poétique et le poli-tique, l’universel et l’intime. Lui et quelques autres poètes terras-sants lui fournissent une langue, une grammaire personnelle de la colère : elle n’a plus le droit d’écrire comme avant. “Le monde s’est imposé à moi, il n’a plus laissé de place à l’insouciance. J’ai vieilli, j’ai mûri, j’ai forgé une lucidité. La colère a grandi avec la guerre en Syrie et notre réaction à l’arrivée des réfugiés, avec les enjeux climatiques, avec notre incapacité à accueillir ce qui sort de la norme.” On reparle alors de son album Mona, interrogation pudique et pourtant profonde sur le déséquilibre psychique de sa maman.

Emily Loizeau - Le poids de l'existence (Clip Officiel)

Musique

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