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E-Riser : l'album Electronica Cinematic

Maxime Lopes Par Le mardi, 19 avril 2022 à 20:00 0

Dans Culturel

Benjamin "Jiben" Sire, alias E-Riser, est une personnalité atypique dans la sphère musicale française. À la fois compositeur, producteur, ingénieur et journaliste, il figure parmi les pionniers de la MAO depuis le début des années 1990. Il est l'auteur de quatre albums remarqués par la critique. Il revient son album Electronica Cinematic.

Sire

Après le rock et la pop orchestrale, E-Riser livre un opus 100% électronique, « Electronica cinematic », au croisement de la musique de film et du dance floor. Une démarche logique pour E-Riser, également foisonnant compositeur pour l'audiovisuel, qui considère chacun des titres de l'EP comme un potentiel scénario dont il imagine l'évolution dramaturgique.

Fondé sur l'usage central du Moog et de logiciels de synthèse additive, l'album aux permanentes variations, propose des textures qui oscillent entre l'électro berlinoise et la nouvelle scène française, non sans faire appel au traditionnel couple piano/cordes qui a toujours marqué le travail de l'artiste.

Pouvez-vous nous présenter l'album Electronica Cinematic ?
C'est l'album qui marque mon retour à l'électro que je pratiquais à mes débuts, avant d'aller explorer la musique orchestrale, la pop et le rock. J'ai voulu y faire se rencontrer à la fois mon amour de la musique à l'image et ma fixette assez récente pour l'électro mélodique, que je dois en grande partie à ma compagne, qui n'écoute quasiment que ça et m'a redonné envie de ce genre de musique. J'ai vraiment essayé de respecter la punchline par laquelle je définis ce travail : 1 heure d'électro, au carrefour de la musique de film et du dancefloor.

Quelles ont été vos inspirations et influences pour cet album ?
Il y a deux types d'influences. La première abstraite, se niche dans les scénarios de films que j'ai imaginé pour construire chaque titre. Et après, certains musiciens qui ont irrigué l'histoire de l'électro, jusqu'à des artistes très actuels. Par exemple, si je prends un titre comme Travelling, son influence cinématographique est l'incroyable scène de poursuite dans French Connection de William Friedkin, avec Gene Hackman et Roy Scheider (1971), quand son influence musicale remonte à Kraftwerk, même si le rythme ternaire peut contredire ce propos. Mais l'ambiance assez indus, robotique s'y réfère. Pour le reste, outre le bon vieux Paul Kalkbrenner, je suis très sensible à la nouvelle scène française électro, avec Nto, Rone, Chapelier fou, Joachim Pastor, Joris Delacroix, Thylacine, Laake ou Worakls. Je les écoute beaucoup et ça peut déteindre sur mon travail.

Quelle place occupe le cinéma dans votre projet et l'album occuperait-il une place entière dans un film en particulier ?
Une place considérable. Je suis cinéphile et ma compagne, Géraldine Jay Sroussi, est réalisatrice. Nous travaillons beaucoup ensemble. C'est elle qui réalise mes clips, a écrit beaucoup de mes textes avant que je me mette à l'instrumental, et je compose toutes les musiques des films qu'elle réalise pour la pub, les grands musées et maintenant la fiction. Elle vient de finir un scénario de long-métrage sur lequel je bosse avec elle et qui inclus dans sa dramaturgie la création d'un album électro, même si ce n'est pas le sujet principal. Et Electronica Cinematic pourrait être la musique de ce film. L'album est d'ailleurs plus ou moins parti d'un projet de film antérieur que nous n'avons pas poursuivi, dont le titre Origins, publié peu de temps avant sur l'EP Cinematic A (qui est l’embryon de cet album), était le principal.

Dans quelles conditions l'avez-vous composé et le contexte sanitaire que nous connaissons depuis des mois a-t-il eu un impact ?
Le Covid a compté, mais surtout pour l'impact qu'il a eu sur toute la société et l'enfermement mental, déjà amorcé par le numérique et la vie en réseau remplaçant la vraie vie, qu'il a amplifié pour tout le monde. En revanche, les confinements n'ont pas changé grand-chose pour moi. Je travaille seul dans mon studio qui occupe une grande place dans notre appartement depuis plus de 15 ans. Un peu le nez sur le guidon et en fermant les écoutilles sur le monde. Donc...

Parlez-nous du titre Fa-Tality et de son clip...
Une fois la question du titre réglée (une sorte de jeu de mots entre le fait qu'il est en Fa et le mot fatalité qui compte dans l'histoire que je me suis inventée dans la tête), il a une importance particulière pour moi, puisqu'il fait le lien entre mes deux activités professionnelles, le journalisme (politique, société) et la musique.
Plus nous sommes submergés par des tonnes de messages, d'injonctions comportementales, morales, mercantiles et sanitaires, plus notre cerveau décroche et nous rend incapables de comprendre et de hiérarchiser l'information. Et nous autres journalistes sommes confrontés à cela davantage encore que les citoyens, et jusqu'à la nausée. Pire, la vitesse des sauts d'un sujet à l'autre, du plus important au plus anecdotique, en mode zapping, fait que nous sommes au courant de tout, sans rien savoir de chaque chose, ce qui ne nous empêche pas de tout commenter, ajoutant notre voix à la confusion générale. Pendant que le monde bavarde, les crises se succèdent et s'amplifient, comme nous le constatons alors que l'Ukraine est à feu et à sang, Marine Le Pen, là où elle en est (interview donnée avant le second tour), le Covid toujours présent, et l'environnement plus menacé que jamais. Cette conjugaison de crises et d'un babillage dont la voix émergente est celle de nos instincts reptiliens résonne comme une menace d’un type tout à fait inédit dans l'Histoire.
Vers quoi cela peut-il tendre, si ce n'est vers une catastrophe ? Alors peut-être que seul l'archange de la musique peut nous permettre de fuir pour un temps cette inéluctable déchéance. Une musique parlant au sens et au corps par sa rythmique conviant au déhanchement, et à l'esprit par sa proposition mélodique...
C'est le récit de ce combat, à la fois tellurique et de basse intensité apparente, que Fa-Tality tente de faire, en mélangeant douceur, gimmicks entêtants, voix sans propos et encore moins propositions, parmi lesquelles la guitare mélodique tente de se frayer un chemin pour nous ménager une sortie honorable, bien que la chute du morceau, dominée par les voix, signe sa défaite.
Et c'est très exactement cela que le clip exprime, puisqu'il a été scénarisé en même temps que je composais le morceau.

Que souhaitez-vous transmettre au public avec Electronica Cinematic ?
Essayer de parler au corps et à l'imaginaire en même temps. Indépendamment des intentions du compositeur, la musique instrumentale permet à chacun d'imaginer ce qu'elle raconte et de se construire sa propre émotion. Le but était vraiment de composer un album qui peut s'écouter seul, dans l'introspection, mais dont certains titres sont aussi destinés au dancefloor pour laisser parler le corps.

Quels ont été vos choix pour la pochette de l'album ?
Je voulais vraiment quelque chose de beau, assez lumineux, mais aussi de dépouillé. J'ai d'abord travaillé avec la graphiste Olivia Caron autour de la question du E de E-Riser, que je voulais central et comme une fenêtre sur le monde. J'ai affiné l'idée, puis c'est le motion designer Emmanuel Delabaere, qui a été aussi responsable des effets et des montages des deux clips déjà publiés, qui a conçu le projet final, arrivant exactement à ce que j'espérais. Honnêtement, j'aime beaucoup cette pochette.
Même si depuis Cinematic A, j'envisageais ce projet d'album à la fois électro et cinématique, je n'avais rien planifié de particulier, ni fixé le moindre cadre de travail. L'album a commencé totalement par hasard. Il m'arrive de faire des démos pour des marques d'instruments virtuels sur leurs versions bêta et, un jour, je me suis mis à essayer celle d'un nouveau logiciel de… guitare acoustique, donc rien à voir avec l'électro. J'ai commencé à construire un morceau, très pop, juste avec cette guitare. En écoutant le résultat, je me suis mis à entendre des synthés et à chanter une petite mélodie que j'imaginais avec un son de Moog. C'est devenu un morceau électro, duquel j'ai enlevé la majorité des guitares. Je ne le savais pas encore, mais je venais de commencer la production d'un album. Et ce qui n'apparaît pas sur le disque final, c'est que j'ai composé plus de 20 titres pour lui. J'ai ajouté et enlevé des morceaux jusqu'au dernier moment. Ainsi, le titre Tech me up a été composé juste avant que le label envoie les morceaux au pressage. Il y avait encore un titre dont j'avais fini par interroger la pertinence et il me manquait cette couleur plus techno que je voulais avoir au moins sur un titre.

Merci à E-Riser d'avoir répondu à notre interview !

FA-TALITY official video

Musique interview

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