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Didier Barbelivien : l'album Créateur de chansons

Alors que l'album Créateur de chansons est prévu pour le 9 mars 2018, Didier Barbelivien dévoile chaque vendredi un nouveau single. Après Les bouquets de fleurs et Le maitre des horloges, c'est avec Tourne, tourne le temps qu'il continue d'introduire ce nouveau projet.
Le nouvel album Créateur de chansons de Didier Barbelivien se veut authentique, sans fioritures. Les chansons résistent à tout et c'est avec audace que Didier le prouve. Après avoir écrit une à une les dix chansons de l'album, il s'attaque à l'enregistrement d'un seul trait, laissant volontairement paraitre ses fêlures.

Didier Barbelivien - Cover Créateur de chansons

Didier Barbelivien est insaisissable. Comme le temps. On le pense ici, il est déjà ailleurs, loin, justement là où on ne l’attend pas. Il a traversé les modes, les obligations, les technologies. Son amour inconditionnel pour les chansons a résisté à la mort du 45 tours, des Scopitone, d’un certain esprit de liberté également. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux affamés et des albums et artistes presque virtuels, des trottoirs rouge sangs et des espoirs qui fanent, il écrit encore, pour lui d’abord et puis peut-être pour le monde. C’est un lanceur de bouteilles à la mer, un poète de l’instant, un gamin toujours en alerte, pas encore blasé, pas encore résigné. Que la trouille ambiante n’a pas encore dévoré. C’est un homme qui a (sur)vécu, qui sait encore rire, un homme qui avance encore, pas par peur du vide (la transcendance n’est véritablement pas un concept qui lui est étranger) mais par volonté de créer encore. Chez lui, les pages ne restent pas longtemps blanches. C’est ainsi. On peut parler de sacerdoce, oui, il est en mission. Pour ce qu’un écrivain américain appelait “l’anecdotique sacré”. Les chansons. La chanson. Ces petits bouts d’existence qui viennent d’on ne sait trop où et qui ont le pouvoir de transfigurer la vie des gens. Une naissance, une perte, un coeur brisé, un amour fou, un voyage au bord de la mer ou en Amérique, les chansons, en trois minutes, offrent l’éternité, sans dogme ni rien. On peut oublier la couleur des yeux d’une femme aimée, jamais une chanson. Quand elle est entrée, elle reste. Tatouage formidable, cicatrice chérie.

Créateur de Chansons est le titre du nouvel album de Didier Barbelivien. Évidence. Ne lui demandez pas combien il en a déjà sortis, des albums: “On doit flirter avec la vingtaine… Je n’en
sais rien” dit-il. Ce n’est pas une fausse modestie, vraiment pas. Barbelivien tient plus de l’artisan que du grossiste, plus échoppe que centre commercial. “Je ne suis pas un industriel” ajoute-t- il. Il a l’objectivité du coeur, la seule qui compte. Il doit le savoir mais il ne l’avouera jamais. Il appartient à cette race d’hommes à l’ancienne, pour qui une promesse vaut mieux qu’un stylo et un contrat et pour qui la pudeur n’a jamais signifié faiblesse. Barbelivien n’a rien à prouver, il n’a pas la culpabilité chevillée à la carte de crédit comme nombre de ses contemporains. Il n’est pas dupe et pas aigri. Non. Il parle de sa musique et de celle des autres avec cet enthousiasme juvénile délicieux pour celui qui l’écoute. Il peut, dans la même discussion, citer Corneille et Coluche, Tristan Bernard et Johnny. Avec la même intensité et le même sens de la formule. Il préfère Alain Fournier à Marcel Proust et il n’a pas tort. Barbelivien, ce n’est pas la vieille France nostalgique et repliée sur elle-même, c’est la France éternelle, adorablement paradoxale, à la fois profonde et légère, mélancolique et festive, insoumise et fidèle.

Ce disque sans entrave qui lui ressemble parle du temps, des grandes et des petites aiguilles, de l’avant, de maintenant et de demain, des petites choses et des Hommes qui dessinent l’avenir du monde, des pétales et des guitares. Barbelivien écrit souvent en réaction. Un mot, une situation, un moment. Il est devant sa télé, sur un banc du parc Monceau, dans sa tête et ça lui vient. Ses Muses sont comme ça. Quand il en a suffisamment pour faire un disque, il sort un disque. Voilà. Les choses ne devraient-elles pas être toujours ainsi ? Cette fois-ci, pas d’invités, pas de duos, pas besoin, pas envie, pas d’occasion. Pas grave. Avec Tony Meggiorin comme producteur, arrangeur et aussi compositeur sur certains titres (Didier Barbelivien s’est chargé de tous les textes et des autres musiques), il a enregistré cet album entre avril et septembre 2017, à Paris, il a travaillé, chaque jour, sans temps mort ou presque: “J’avais envie d’être interprète là… Autrefois, plus jeune, je chantais sur des pistes séparées. Aujourd’hui, non. Je répète à mort mes chansons et j’enregistre en direct. Ça me prend du temps parce que pour arriver à avoir une bonne prise…

Quelquefois, il m’est arrivé d’en faire trente ou quarante! Oui, ma voix est plutôt en avant et c’est ma façon de faire les mixages. Je déteste les chansons où je n’entends pas ce que dit l’interprète. On a tout enregistré en prise direct, en une seule fois. C’est Tony qui décidait quand la prise était bonne ou pas. C’est un vrai esclavagiste (rires). Je chantais jusqu’à ce que mort s’en suive quoi ! Il arrivait des jours où je faisais jusqu’à quinze prises et Tony me disait qu’on ne l‘avait toujours pas. J’en avais plein le cul et je préférais rentrer chez moi pour mieux y revenir le lendemain.”

Et voilà donc Créateur de Chansons le bien nommé. Et avec le Temps comme colonne vertébrale : “Je me suis donc rendu compte que tout mon disque tournait autour du temps, après coup… L’idée du temps passe forcément par une certaine mélancolie. Mais dans ce disque, l’avenir est là aussi… Le temps, c’est le seul truc qu’on ne pilote pas, on l’aménage comme on peut. Mitterrand disait: “Il faut laisser le temps au temps”. J’en avais fait une chanson d’ailleurs (sourire malicieux)… Le temps est un matériel formidable pour les chansons. Le Avec le Temps de Ferré, c’est à tomber, c’est un blues absolu, un chef d’oeuvre ! Ou Hier Encore d’Aznavour. Je la chante parfois sur scène et je dis aux gens : “Hier, cette chanson, c’était de la fiction pour moi et aujourd’hui, c’est mon quotidien (rires)”. Ronsard, Corneille, tous ont écrit sur le temps. Tous ! Pourquoi pas moi, hein ? (rires).” Dont acte.

Barbelivien écrit là où d’autres prendraient leurs jambes à leur cou. Il n’a peur de rien, il s’en moque, il sait que les chansons résistent à tout. Même aux diktats d’une époque, peu importe laquelle. Tout commence avec Les Bouquets de Fleurs, premier single et pop de vertige. Ici, Barbelivien enjambe la colère pour mieux honorer les morts et ceux qui sont encore là, dans la souffrance et le souvenir. Derrière une mélodie presque aérienne, en do majeur, il plonge au coeur du carnage pour mieux le dépasser. C’est beau, fragile, d’une intensité à fleur de peau.

Dans Le Maître des Horloges, qui suit, Barbelivien se projette, fantasme, change de corps pour intégrer celui d’Emmanuel Macron, un jour d’investiture, au bas des Champs-Élysées. Ce n’est pas une chanson politique, pas du tout, mais plutôt le désir de s’immiscer dans les pensées d’un homme de destin. Chanson aux accents anglais, avec un refrain imparable et des harmonies fouillées.

Sauvez Les Guitares rend hommage aux guitar heroes de sa jeunesse, les Clapton, Keith Richards, Chuck Berry, Springsteen, Hendrix, Jimmy Page, Johnny et se veut également un petit cri d’alarme pour une musique et une attitude plutôt moribondes aujourd’hui. C’est Barbelivien qui se souvient et qui refuse de conjuguer le rock&roll au passé, qui remercie ceux qui l’ont enchanté. Fidélité et ténacité. Si l’introduction de “New York Me Manque” vous semble familière, c’est tout à fait normal : “Un jour, je regarde le show de Jimmy Fallon et je vois cette chanteuse, LP, cette fille toute bouclée avec sa guitare, qui a écrit une chanson inoubliable, Lost On You. Je suis devenu fou de cette chanteuse, du son et de cette chanson. En regardant cette émission, je me suis dit que j’allais écrire un truc sur elle et je m’y suis mis direct. Et j’ai demandé à Tony de me remettre la même ambiance rythmique. Il l’a fait. Et l’intro de ma chanson ressemble volontairement à celle de LP. Ah oui, vous pouvez l’écrire, c’est fait exprès ! Je voulais dire mon admiration à cette fille. Si je ne vois pas cette chanteuse, jamais je n’écris “New York Me Manque”. Pourquoi New York ? Parce qu’il y a là-bas des gens encore capables d’écrire des chansons comme ça.” C’est tout Barbelivien. Préférer les chansons à l’ego. Aimer les tubes, même et surtout ceux des autres.

Tourne, Tourne Le Temps est un hommage à Claude Lelouch, à ce qu’il a été et ce qu’il est encore, un type qui tourne en même temps que tourne le temps. Lui, il tourne avec le temps et il tourne tout le temps. Comme un Woody Allen, comme… Comme mo i? Ouais, c’est vrai. Moi, je ne suis pas capable de mettre six ans entre chaque disque. C’est comme si on me disait: “Bon, ben, tu ne respires plus pendant six ans. On va te mettre sous bulle, tu vas respirer artificiellement.” Non ! Moi, j’écris, quoiqu’il arrive, que j’enregistre ou pas. J’écris des chansons parce que j’aime ça, c’est con hein ? C’est comme le jogging, si tu veux t’améliorer, il faut courir souvent sinon… (rires). Oui, bien sûr, Lelouch l’a écoutée. Je l’ai faite pour lui en même temps. Et oui, ça risque de finir dans un film. Je dévoile un truc là ! Ça risque d’être dans son prochain film.” C’est une chanson au piano sépia, très belle et très sobre. Comme une berceuse pour un homme qui a beaucoup donné.

Didier Barbelivien - Tourne, tourne le temps (hommage à Claude Lelouch)

Le Tailleur Rose de Jackie Kennedy, c’est l’instantané éternel, ces moments qui ne s’oublient jamais. On y croise Jo DiMaggio, Bob Dylan, James Dean, Sinatra et Jackie Kennedy, un tableau de Hopper qui s’animerait sous nos oreilles : “On a tous vécu des évènements inoubliables, en se rappelant toujours où on était et ce que l’on faisait ce jour-là. Les attentats du Bataclan, la mort de Michael Jackson ou la mort de Kennedy. J’avais neuf ans, je me revois dans la cuisine avec mes parents, la télé en noir et blanc, la voix de Léon Zitrone. Et ce jour-là, Jackie Kennedy avait un tailleur rose, je l’ai découvert plus tard, sur des photos. Elle avait refusé de se changer, malgré le sang, elle voulait que le peuple américain voit ce qu’on avait fait à son homme. Cet assassinat, c’était une déflagration pour le gamin que j’étais. Je n’avais vu des meurtres que dans les westerns. L’Homme qui Tua Liberty Valance. Là, c’était comme dans les films sauf que ce n’était pas un film. C’était la réalité, la vraie vie.” C’est Barbelivien qui se souvient de l’insouciance meurtrie, des années dorées, c’est aussi une ligne invisible entre hier et aujourd’hui. Le sang, les larmes et un monde qui avance, coûte que coûte. La guitare chante Dallas, l’Amérique et les femmes qui refusent d’abdiquer devant la violence des hommes.

Romantique Russie a le clavier slave et devrait énerver les bien-pensants professionnels. Barbelivien traverse les plaines et plane au dessus d’un pays frère, francophile et millénaire, il chante Poutine, l’écrivain dissident Limonov, il associe deux mots que beaucoup jugeraient antinomiques: Romantique et Russie : “Dans mon imaginaire, je reste fasciné par les écrivains russes, par Saint-Petersbourg. Je n’y suis encore jamais allé mais mon médecin est russe et elle m’a dit qu’un jour, elle m’y emmènerait.” Un voyage avant le voyage. Barbelivien est comme ça. Il vagabonde, même immobile.

C’est Un Monde est un constat, pas forcément très optimiste : “Je pars souvent, toujours même, d’une phrase, d’une idée. Là, avec un arbre, on peut faire des millions d’allumettes mais avec une seule allumette, on peut faire brûler un million d’arbres. On le voit en ce moment à Los Angeles, le cauchemar…”. Chanson fataliste qui ressuscite un slow d’adolescence jamais oublié, quand le chanteur pleure et que les corps des danseurs se rapprochent, inexorablement. Presque un clin d’oeil à son précédent album, “La Moitié de Moi” est une chanson écrite pour sa femme. Il s’imagine dans une montgolfière, lui qui a tellement le vertige (rires)… C’est une chanson d’amour, la seule du disque, c’est à la fois naturel et impudique précise-t- il.

Enfin, Le Temps est Passé Comme Il Peut évoque la jeunesse qui file, le temps, le temps, le temps. Elle est dédiée à son ami Gonzague Saint-Bris : “Gonzague, il venait toujours avec des yeux et des oreilles d’enfant en studio. Et comme je sais qu’il a passé beaucoup de temps, comme moi, pas loin du Parc Monceau, je me suis dit que je lui dédierais cette chanson-là. C’était un type à la fois profond et léger, un peu dandy, il n’y en a plus beaucoup des gens comme ça. Il méritait bien une chanson.” C’est une chorale de potes fantômes, des cordes qui saluent les nuages, c’est la France des films collégiaux, de Sautet à Robert, de ces moments comme en suspension, loin du tumulte. Et un dernier salut à l’ami qui s’en va. On croit entendre un cuivre au loin, des voix de fées, un piano d’aube. C’est une douleur qui se mue en souvenir. C’est le monde qui respire encore. Notre monde.

Concerts 2018 de Didier Barbelivien (tournée Créateur de chansons)

  • 23/02 : Chatillon-sur- Seine - Salle Lux Schreder
  • 25/03 : Castres - Salle Gérard Philippe
  • 05/10 : Dunkerque - Le Petit Kursaal
  • 06/10 : Péronne - Théâtre
  • 20/10 : Chaumont - Salle des Fêtes
  • 24/10 : La Roche-sur- Yon

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