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Daniel Jumeau : l'album Guérillas urbaines

Après de nombreuses rencontres, des compostions avec des musiciens de jazz, Daniel Jumeau a eu envie de retrouver ces premières influences musicales. Le chanteur dévoile son quatrième album Guérillas urbaines, qui est un mélange d’impressions personnelles et de faits de société, un album ancré dans notre actualité aussi.

Daniel Jumeau

Pouvez-vous nous présenter votre album Guérillas urbaines ?
Guérillas urbaines est mon troisième album studio. Après un album live ou j’étais accompagné d’un trio jazz je voulais revenir à un univers musical qui me ressemble plus, moi qui a plus écouté Bowie et Gainsbourg ou plus récemment Woodkid ou Kazy Lambist que du jazz. Je rêvais de travailler avec Willie Cortes dont j’aime beaucoup le dernier album. En même temps nous sommes deux artistes avec des univers très différents et c’était un chalenge de sortir de nos zones de confort respectives. Cette rencontre a été pour moi une belle réussite.

Comment avez-vous travaillé pour composer cet album et est-il possible d'en savoir plus sur la partie instrumentale ?
J’avais envie d’un album qui mélange impressions personnelles et sujet sociétal. Très vite l’idée de guérillas urbaines m’a semblé englober plusieurs chansons que j’avais envie de mettre sur ce disque.
Nous avons donc choisi les titres en fonction de cette idée et aussi en fonction de l’affinité musicale de Willie. Willie travaille essentiellement à l’oreille et au feeling. C’est lui qui joue quasiment tous les instruments sur l’album. Il m’a demandé de lui donner des enregistrements des chansons dans leur forme la plus simple avec un accompagnement minimaliste voire a cappella et il a revisité tous les titres en écrivant de nouvelles harmonies. Pour compléter son travail nous avons fait appel à Julien Lallier pour un piano et Fabien Mary un trompettiste de jazz dont j’adore le son et qui avait participé à mon précédent album. Mon amie Guylenn Delassus, qui travaille avec moi depuis de nombreuses années est venu faire les chœurs et un duo.

Peut-on en savoir plus sur les enregistrements en studio ?
Nous avons travaillé dans le studio de Willie à Paris puis à Marseille dans un studio près du vieux port. Moi qui ne suis pas très fan du travail en studio j’ai été tout de suite à l’aise avec Willie qui aime ma voix et me faisait entièrement confiance. Du coup je me suis dépassé bien plus que sur les albums précédents. Ce qui m’a tout de suite plu c’est que Willie a construit ses arrangements autour de la voix et du texte. Du coup ça m’a semblé facile alors que j’étais parfois émotionnellement sur le fil du rasoir.

Parlez nous du titre L'homme agenouillé et son clip...
Ce titre m’a été inspiré par un livre d’Augustin Gomez-Arcos un écrivain libertaire espagnol dont j’ai lu quasiment tous les livres. Il raconte l’histoire d’un homme à genoux sur une place espagnole et qui mendie car il a tout perdu. Ce livre m’a bouleversé et il me semble qu’aujourd’hui il est hélas plus que jamais d’actualité. J’ai fait appel pour le clip à un jeune réalisateur Axel Jouaret dont j’aimais les premiers court-métrages. Axel a eu l’idée de représenter ce personnage en train de mendier avec une boite à musique sous le bras et s’imaginant sortir de sa condition de sdf en se mettant à danser. Nous avons cherché un comédien qui soit danseur de hip hop et nous avons contacté Pierre Bollo un comédien qui a joué au théâtre au côté de Béatrice Dalle et qui a aussi une compagnie de danse hip hop. Il a été exactement ce que nous attendions. Un comédien danseur habité qui a pris le rôle à bras le corps. Ainsi est né le clip.

Certains vous compare à Bernard Lavilliers. Qu'est ce que cela vous évoque et aimeriez-vous faire un duo avec lui ?
J’ai la tessiture de Lavilliers et je peux en effet chanter tout son répertoire. C’est aussi un des chanteurs que j’ai beaucoup écouté. Ce que j’aime chez lui c’est qu’il met à égalité le texte et la musique. C’est quelqu’un qui m’a forcément influencé et ma voix y fait forcément référence. Mais du point de vu du texte je ne pense pas lui ressembler nos univers sont assez différents je crois, je me sens plus proche de quelqu’un comme Barbara, toute proportion gardée bien sûr ! Evidemment que je serai très heureux cependant de faire un duo avec lui…

Vous avez décidé de laisser une place importante à la voix et à l’émotion dans l'album, en quoi était-ce important ?
Je me sens avant tout un auteur, le texte est pour moi quelque chose de primordial et l’émotion portée par la voix aussi mais le choix de les mettre autant en avant a été celui de Willie car je pense que c’est la principale raison qui l’a poussé à accepter ce projet. Après je fais partie de ces chanteurs qui ont besoin de dire des choses et de s’engager dans leurs chansons comme je le fais dans ma vie de tous les jours. J’ai fait aussi quelques incartades politicienne, je donne des cours à de jeunes migrants tout ça est un tout pour moi.

Est-il possible de nous dire quelques mots sur le titre Rendez-vous et pourquoi en avoir fait une version acoustique ?
Rendez-vous est un clin d’œil à ce que je faisais précédemment musicalement. Ca a été aussi un titre difficile pour Willie et notre seul point d’achoppement de l’album. C’est le titre le plus jazz, c’est aussi une ballade au petit jour dans Paris et un hommage à Bernard Maury qui a créé la Bill Evans académie à Paris et avec qui j’ai travaillé plusieurs années. C’est lui qui a complètement changé mon approche de la musique. Willie n’étais pas fan du titre mais j’avais très envie qu’il soit quand même sur l’album. Je lui ai donc proposé de faire un piano voix avec Julien Lallier, un pianiste que j’appréciais et qui a été l’élève de Bernard comme beaucoup de musiciens de jazz de sa génération. Nous sommes arrivés en studio et on a commencé à enregistrer la chanson avec juste le piano et la voix de Guylenn et là Willie m’a dit mais c’est superbe je ne me rendais pas compte et il nous a demandé de l’accélérer et de faire une deuxième version pour l’arranger.

Difficile de ne pas évoquer l'actualité des gilets jaunes sans faire un lien avec votre album. Qu'est ce que tout cela vous évoque ?
En effet ! Il y a quelques jours au journal de 20h ils ont prononcé quatre fois le titre de mon album ! J’ai essayé à ma façon de raconter la violence de cette société et forcément mon propos rejoins le leur, notamment quand on parle de précarité comme je le fais dans l’homme agenouillé. Je me sens forcément solidaire de ce mouvement et de leurs préoccupations même si à côté je me sens privilégié. Beaucoup moins quand les extrêmes s’en mêlent et qu’on fait enlever le voile à une musulmane ou qu’on insulte une femme noire ou un couple d’homos. Mon précédent album commençait par une chanson qui s’appelle tolérance. Cela reste pour moi une valeur essentielle. Comme la laïcité que j’évoque dans ma ville saigne ou dans croire.

Une indiscrétion à nous donner sur l'album Guérillas urbaines ?
C’est sûrement mon album le plus personnel et donc tous les textes ont un rapport important avec moi. Quand on se met autant à nu dans un album il y a des indiscrétions dans la moitié des chansons… ;) Juste un petit mot sur sa conception. Willie était le meilleur ami de mon neveu et c’est lui qui nous a mis en relation pour faire ce disque. Il a hélas disparu trois jours après l’enregistrement du premier titre alors vous comprendrez bien que pour moi cet album n’est pas comme les autres. Et forcément le duo avec Willie qui le clôture lui est dédié.

Aurez-vous l'occasion de rencontrer prochainement votre public sur scène ?
Oui bien sûr et je m’en réjouis car pour moi c’est le plus important la scène ! Je fais un premier spectacle dans trois jours au théâtre du petit Bastringue à Cosne d’allier. J’ai choisi pour commencer une formule acoustique très dépouillée puisque ce sera mon premier piano voix. Je vais essayer de faire tourner un peu cette formule qui sera plus facile à défendre et si l’album est un peu plus médiatisé j’essaierai une formule plus électro pop mais ça demande plus de musiciens sur scène.

Vous êtes également comédien, avez-vous un spectacle de prévu ; sinon est-ce qu'il y a un thème que vous aimeriez aborder ?
Oui je travaille dans le même théâtre avec Michel Durantin qui est un metteur en scène que j’aime beaucoup car il arrive à faire des pièces qui ont du sens tout en restant distrayant. Nous travaillons actuellement sur des textes de Karl Valentin.
Il n’y a pas de thème particulier que j’aimerai aborder car ça je le fais plutôt dans les chansons. Ce que j’aime au théâtre c’est le travail d’équipe et la possibilité de me glisser dans une autre peau que la mienne. D’ailleurs Michel aime beaucoup me faire jouer les méchants.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Merci à vous pour vos questions pertinentes. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que cet album atteigne son public ! Mais ça c’est quelque chose qui m’échappe totalement…

Merci à Daniel Jumeau d'avoir répondu à notre interview !
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L'homme agenouillé Daniel Jumeau

interview Musique

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Commentaires (1)

AZEVEDO
  • 1. AZEVEDO | mardi, 16 juillet 2019
Bonjour Mr Junneau,
Je vois que tout ce passe bien pour vous

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