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Cyril Guersant prépare l'EP Le souffle des profondeurs

Cyril Guersant est un jeune auteur-compositeur-interprète français. En compagnie de ses guitares en bois d'arbre et d'autres instruments traditionnels, il cherche a réunir ses influences pour en faire naître des chansons aussi boisées que des escapades en forêt. L'occasion de découvrir son EP Le souffle des profondeurs qui devrait être accompagné d'un clip.

Cyril Guersant

D'où vient votre passion pour la musique ?
Ma passion pour la musique me vient des instruments, du fait de les toucher, de voir des gens les travailler comme des outils et les pousser à bout. Depuis que je suis enfant, les musiciens m'impressionnent, comme des chamans, comme du vaudou, comme une sorte de magie. Sous leurs doigts, avec le toucher d'un "rien", d'arriver à sortir du son, à organiser un souffle et en faire de la musique qui a un début et une fin. C'est le fait d'être impressionné par ce modelage de l'air et du vide qui m'a donné envie de jouer moi aussi... Puis j'ai appris à jouer seul, et j'ai fini par comprendre "un peu" comment se fabriquait cette magie. Après ça, il faut surtout arriver à garder la passion alors que l'on connaît pourtant le "truc" du magicien ! On y arrive en se retranchant de plus en plus loin dans ce que l'on ne sait pas encore faire, pour garder la flamme ardente.

Pouvez-vous nous présenter votre EP Le souffle des profondeurs et son univers ?
L'univers de cet EP, c'est somme toute celui d'un petit gars, la vingtaine passée, qui réalise comme chacun son passage entre l'adolescence et l'âge adulte. Tiraillé dans des questionnements de qui il voulait être et de qui il devient finalement bon gré, mal gré. Lorsqu'on aime écrire, l'âge de l'adolescence est celui où l'on écrit beaucoup de poésie un peu naïves, que l'on renie ensuite et qui nous font parfois honte. On se fait des lettres à soi-même, à son futur soi... on parle d'amour idéal beaucoup... et puis on jette ses petits papiers, on fait disparaître les preuves de l'enfant que l'on a été. Je sais que je vais passer à d'autres façons d'écrire dans le futur, mais j'ai eu l'envie que mes premières chansons acceptent cette parole de jeunesse. Ne pas faire semblant d'écrire des textes de vieux mecs, en me créant un personnage que je ne suis pas. J'ai donc récupéré une bonne partie de mes pensées enfantines avec les notes accumulées, tout ce que j'ai pu retrouver. Et je les ai regardées en face avec honnêteté, pour que ça passe mieux le miroir. Personne n'est unique, donc si j'ai ressenti certaines émotions naïves et opposées au monde adulte, d'autres aussi certainement ! Je pense qu'il faut bien que quelqu'un les chante pour que chacun ai des chansons qui lui ressemble à écouter, pour lui faire écho.

Comment composez-vous et avez-vous un endroit où vous aimez vous réfugier pour écrire ?
La musique est une obsession chez moi, ça me réveille la nuit. Je pense que si ça ne réveille pas la nuit, ce n'est d'ailleurs pas la peine de vouloir l'envisager sérieusement. Alors, à partir de cet état d'esprit, tout moment est prétexte à la composition, il n'y a pas besoin d'endroit particulier. Il faut juste toujours qu'il y ait un instrument à saisir à portée de la main ! Je trouve tous les morceaux à la guitare, je cherche un "truc" qui vaille la peine, qui m'accroche. Et quand il pointe son nez, il faut se rendre compte qu'au milieu de toutes les improvisations, il se passe quelque chose, ce "truc". Si j'arrive à le saisir, je le répète en boucle, des semaines, des mois. Ensuite je le colle à d'autres "trucs". Je marche des kilomètres à pieds et la cadence du pas dicte le rythme de mon chant et les textes arrivent pour clôturer. Tout est en yaourt, musiques comme textes. Et c'est là le travail sérieux et scolaire arrive pour finir une chanson : des dizaines d'heures, attablé, pour que les ingrédients divers et mélangés deviennent une vraie recette.

Quels ont été vos choix sur la partie instrumentale ?
La partie instrumentale est principalement basée sur les guitares, c'est mon instrument principal et mon approche de la composition. J'ai appris à me débrouiller sur beaucoup d'instruments traditionnels ces dernières années : ukulélé hawaïens, tahitiens, mandole algérienne, balalaïka, mandoline... J'ai ré-intégré beaucoup des techniques apprises sur ces instruments en les adaptant à la guitare. C'est l'instrument le plus polyvalent à mon goût, on peut expatrier / rapatrier des choses dessus d'une manière hallucinante. Je m'intéresse à comment les différentes cultures musicales ont intégrées la guitare : le blues africain, le calypso de Trinidad, la musique grecque, la country et le folk des Appalaches, le jazz manouche, la bossa brésilienne...etc. Pour certaines de ces traditions, la guitare n'est arrivée que depuis quelques dizaines d'années et surtout, sans méthode pour apprendre ! Chaque musicien de ces pays a dû appréhender et trouver "sa" façon de jouer l'instrument, d'accorder ses cordes, en dehors de l'académisme des conservatoires. J'aime bien apprendre les trucs et astuces de chacun de ces musiciens non-conventionnels, de "piquer" et de remélanger. J'apprends d'une manière non-savante mais très sérieuse ces savoirs populaires, que je trouve très précieux. L'opportunité, c'est donc d'avoir une guitare dans les mains mais de sentir que dans cet instrument, on peut en avoir dix à disposition selon comment on va le jouer. Sur l'EP j'ai imbriqué des guitares de cette manière, puis de la basse, des instruments traditionnels. Deux invités pour faire plaisir à mon amour de la country et du bluegrass et de temps en temps un harmonica dont j'adore jouer, pour apporter du souffle, faire rentrer de l'air dans les morceaux. Un mélodica aussi qui ressemble fortement à un accordéon et qui me fait penser à la musette, que je découvre récemment et que j'adore aussi... encore une autre tradition... Le vrai sport, c'est d'arriver à tout mélanger sans bizarreries à la fin, comme si c'était normal et naturel car toutes les traditions se rejoignent quelque part de toute façon.

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
Je réalise un financement participatif pour répondre au besoin de financer un projet comme celui-ci. Même si la gratuité est passée par là, une partie du public se rends compte que la création musicale a beau être "donnée" partout, elle coûte à produire, souvent plus qu'elle ne rapporte. Mon financement participatif atteint presque les cent pourcents ! Je dois donc beaucoup à ceux qui ont pris la décision de m'aider. Il y a de façon large, je trouve, une crise de l'implication, une espèce de syndrome du spectateur. J'avais peur de me confronter à un "don" de musique qui trouve lettre morte dans les "likes" et ce genre de déclarations des réseaux sociaux sans fond sincère. Il y a tellement de musique que c'est dur de débuter, de se fondre dans un océan sans que ça fasse peur d'être noyé et inaperçu. Mais mon cœur s'est vite réchauffé quand j'ai vu tout ces gens participer, les retours sont souvent surprenants et ne viennent pas toujours de là où l'on les attends. Que des gens se sentent inclus dans ton projet, par le fait de te faire mener une histoire et de s'y faire embarquer... c'est magnifique. Ces gens sont généreux et ne vivent pas dans le passé, ils aident une création à exister dans leur présent. J'ai besoin de cet argent pour réaliser des clips et investir dans la promotion, puis dans le prochain disque. C'est grâce à ces gens que ces choses se font. Ils font démentir le pessimisme ambiant et m'auront motivé pour longtemps à l'avenir !

Selon vous en quoi l'univers visuel est-il important en musique ?
Mon avis sincère, c'est que l'univers visuel n'est pas obligatoire pour la musique. Même s'il est devenu omniprésent avec les clips, le mariage avec l'image est "supplémentaire", pas nécessaire. La musique doit rester de la musique, et elle sait en elle-même déjà donner tout ce qu'elle a. Elle ne doit pas se cacher derrière le visuel pour "pallier" au manque. Par contre, lorsque l'on décide de conjuguer les arts, de travailler avec d'autres artistes, on peut parfois multiplier les émotions, permettre de déguster plusieurs fois les œuvres, de voir les rebonds faits entre l'image et le son... Je ne veux pas faire de l'image pour faire de l'image, juste par ce qu'il faudrait... J'ai fait appel à l'illustrateur Tim, que j'affectionne et que j'ai lu toute mon adolescence sur son blog. Sa manière de dessiner ses souvenirs et des histoires adultes avec des feutres donne un aller-retour fascinant entre l'enfance et la vision de l'adulte. Je n'ai pas eu à réfléchir longtemps lorsque j'ai compris que nos deux travaux faisaient écho (à savoir même s'il ne m'a pas influencé un peu toutes ces années). Je pense que la capacité d'imaginer est un des biens les plus précieux que nous avons. Le contact avec les enfants qui ne se brident pas sur l'imaginaire est extraordinaire. J'espère arriver à m'inspirer de leur imaginaire encore intact pour fabriquer les images à venir, qu'elles aient un sens avec le son. Sinon ça ne vaut pas la peine, le son suffit !

Merci à Cyril Guersant d'avoir répondu à notre interview !
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Cyril Guersant - 1er EP - "Le souffle des profondeurs" (Ulule)

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Commentaires (1)

Zub-Jub
  • 1. Zub-Jub | lundi, 25 mai 2020
Des réflexions très intéressantes, on espère qu'il ira loin!
les propos sont aussi profonds que la musique! à écouter, à découvrir
On est derrière toi!! :)

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