Publicité

Chloé Besnard présente son livre Anna

Rédaction Divertir Par Le mardi, 02 novembre 2021 à 14:43 0

Dans Culturel

Dans son livre Anna, Chloé Besnard nous interroge sur les questions de la transition de genre à travers le regard de son amie.

Chloé Besnard

Le livre Anna est une œuvre lumineuse et pleine d'espoir dans laquelle l'écrivaine Chloé Besnard documente la transition de son amie Anna pendant plus de 5 ans. Photos d'archives, documents officiels ou médicaux, lettres et pensées profondes se bousculent dans cet ouvrage unique.

Pour permettre au public de participer à l'élaboration de ce projet et parce que l'histoire d'Anna est vécue par des milliers de personnes à travers le monde chaque jour, Chloé Besnard a décidé de mettre en place une campagne de crowdfunding à laquelle absolument tout le monde peut participer. Et qui donnera au livre la possibilité de sortir dans les meilleures conditions.

Interview avec l'auteure

D'où vient votre passion pour la photographie ?
Je ne sais pas si on peut parler d'une passion pour la photographie... Pourquoi pas la passion des gens, de l'autre ? L'humain et son histoire, quoi ! La photographie deviendrait alors mon outil pour assouvir cette-dite passion.

Qu'est ce qui fait selon vous une belle photographie ?
Je ne sais pas vraiment si je peux vous donner la définition d'une belle photographie. Mais la photographie qui touche, celle qui bouscule, c'est celle qui révèle ce qu’on ne voit pas, qui nous transporte ailleurs et raconte quelque chose. Elle véhicule une émotion, un ressenti.

Dans votre livre Anna, vous abordez la transition de votre amie  Anna. Pourquoi vouloir aborder le thème du changement de genre ?
J’avais un thème de fin d’étude qui avait pour sujet le masculin et féminin. J’ai repéré Anna au fumoir et je l’ai abordée. Nous avons bu un café, elle m’a raconté une partie de sa vie et le lien s’est créé. On parle avant tout de cette rencontre, notre amitié. Puis après seulement les sujets de la transition et de la transidentité, parce que j’ai rencontré une merveilleuse personne et pas juste un sexe ou un genre.
Mais c'est vrai qu'étant une artiste et femme engagée, l'histoire de celle qui est devenue avec le temps mon amie m'a tout de suite interpellée. Avec le temps et grâce à nos discussions, faire partie de l’aventure d’Anna, être pour elle une épaule et un soutien m'est alors apparu comme une évidence. Ce sont depuis longtemps des questions qui me touchent, des combats que je souhaite soutenir et cette femme m'en a convaincue rapidement.
Lorsqu'une partie de notre société est ostracisée, maltraitée, insultée, je ne me pense pas capable de détourner le regard. Il n'y a pas vraiment de débat à avoir, c'est purement et simplement de l'injustice sociale et humaine. Refuser d'accepter l'autre et ses différences sous prétexte qu'elles nous gênent, c'est typiquement le genre de comportement qui me met en rage. Donc si je peux agir à ma petite échelle pour combattre ce genre d'esprits étriqués alors je ne me pose pas la question deux fois, je fonce (rires) !

Pensez-vous qu'il peut y avoir un problème dans la société à ce sujet et que cela pourrait être mal perçu ?
Il y a un problème d’acceptation, on y revient. Vous avez remarqué comme les sujets qui dérangent sont souvent qualifiés de "délicats" ? La vérité, je pense, c'est qu'on ne se donne pas forcément les outils nécessaires à leur compréhension. Il est plus facile d'en faire quelque chose délicat, de fragile, qu'il ne faut pas brusquer. Un sujet qu'il ne faut pas aborder, finalement. Ou alors simplement en l'effleurant timidement. Alors qu'au fond c'est d'un simplicité hallucinante. Mais la différence peut déstabiliser, faire peur, alors on tente de l’annihiler, de l’effacer.  On lui donne des airs compliqués, mais ce n'est que du vent !
La différence dérange, c'est vrai et c'est justement ça qui en fait sa beauté. Ça embête les gens qui se pensent dans la norme et qui en font une fierté. Ils sont dans ce qui est jugé acceptable, ils sont normaux. C'est presque comme s'ils en faisaient un trait de personnalité à part entière, leur raison de vivre et de laisser vivre. Ils préférèrent sans doute rester dans ce petit confort aux bords bien définis. Dans ce qu’ils connaissent et les rassurent, en fait.
Aider à déconstruire tout ça serait intéressant, je l'avoue (rires) ! Et en fait je pense que c’est ce qu’on essaye de faire avec notre livre Anna. Secouer des esprits fatigués, les réveiller en fanfare ! Nous voulons juste encourager celui qui nous lira à observer et essayer de comprendre l'autre. Qu'il se mette un instant à sa place pour essayer de faire évoluer son point de vue et le changer peut-être, pour quelques minutes ou pour toujours !
Bien sûr, on a le droit de ne pas comprendre et de se tromper. La société et ses codes évoluent sans cesse, il serait impossible de s'y retrouver sans parfois faire quelques erreurs. Mais on se doit alors d'essayer de voir au delà de nos préjugés. On doit se faire violence, se bousculer parfois. Ne pas essayer, je crois que c'est ça qui est grave. Au fond, nous restons des êtres Humains, nos différences font notre force première. Elles nous permettent de découvrir et de s'ouvrir chaque jour un peu plus à ce que le monde crée de plus beau. Pourquoi ne pas embrasser cette force dans son entièreté ? Même si cela implique de se remettre en question.
Je pense sincèrement qu’il serait intéressant de moins vivre dans le jugement et de laisser son voisin tout simplement être. Et finalement j'ai bon espoir parce que je tends à croire que nos mentalités évoluent. Notre société grandit, apprend, comprend, elle devient plus emphatique. J'ai l'impression que nous sommes sur la bonne voie.

Comment avez-vous rencontré Anna et était-ce simple de la convaincre à faire ce livre ?
J'ai rencontré Anna pendant nos études à Saint-Luc, en Belgique ! Nous étions dans le même campus, elle en secondaire, moi en supérieur. Comme pour beaucoup d'amitiés à la fac, elle a débuté pendant la pause clope, entre deux cours (rires) !
A vrai dire, je n'ai pas eu à convaincre Anna de quoique ce soit parce qu'on a fait le choix de partager notre histoire ensemble. Nous voulions parler de notre amitié et ce qu'elle a créé avec le temps. Et aussi d'aborder la transidentité d’une autre manière, d’une façon bienveillante. De montrer que des rencontres peuvent amener à de grandes choses.

Est-ce qu'il y a des points sur lesquels vous avez été toutes deux vigilantes sur l'approche faite dans le livre Anna ?
Ma vigilance se porte surtout sur Anna et son bien-être. Le but de ce projet est d’ouvrir à la discussion de la manière la plus bienveillante possible et non pas de heurter qui que ce soit. Surtout pas Anna. C'est finalement ça la priorité dans notre approche de la sortie du livre, que tout se fasse dans des conditions saines et sereines.
Dans Anna, nous avons été simplement nous et naturelles. Nous racontons notre réalité par le biais de notre histoire. Attention, chaque vie est différente, il n'est pas question de faire passer celle d'Anna pour une généralité. Mais quelque soit la personne qui ouvrira le livre, elle pourra se retrouver dans une de ses émotions, une phrase, une anecdote. Un de ses doutes, une de ses peurs. Une joie ou un espoir. Notre bouquin célèbre la différence, oui, mais aussi ce qui nous lie, ce qui nous rapproche. Ces émotions qui nous ont tous parcourus, qu'importe notre vie. Bien qu'unique, la vie d'Anna pourra toucher chacun d'entre nous.

De quelle manière rédigez-vous les textes qui agrémentent le livre Anna ?
On a beaucoup écrit dans notre coin pour se faire découvrir nos pépites des années plus tard, une fois qu’on a commencé à mettre en page le livre. Dans ce cas, le but était bien sûr de ne pas s’influencer dans nos écrits, sur nos ressentis, nos vécus... Que nos deux points de vue puisse s'entrechoquer pour ne pas offrir une œuvre linéaire et répétitive.
Mais parfois aussi nous nous retrouvions pour des session d'écriture communes. Écrire quand nous sommes physiquement proches l'une de l'autre nous plait, on trouve toujours dans ces situations une énergie particulière et douce.

Est-il possible de connaitre la façon dont vous travaillez vos photos (numérique, argentique...) et les retouchez-vous ?
Je travaille toujours en numérique !
Pour Anna, on prévoit généralement nos sessions à l'avance. Je la rejoint à Paris avec tout le matériel nécessaire quand ce n'est pas Anna qui me retrouve au studio, à Roubaix ! Le reste se fait avec beaucoup de naturel, notre amitié nous permet de travailler de manière efficace et agréable.
Ma priorité étant de représenter mon réel à travers mes photos, je me fais un devoir de ne pas les retoucher au delà de la simple luminosité. Je peux travailler le contraste ou la lumière mais rien d'autre. Ma volonté est de rester dans le brut, le vrai.

Pourquoi avoir lancé une campagne de crowdfounding ?
Nous avons fait le choix de sortir Anna en auto-édition pour nous garantir une liberté totale dans nos textes et nos choix en général. Pour cela nous avons besoin de l'aide de tous ceux qui voudront participer. Tous ceux qui se sentiront touchés, qui voudront apporter leur aide à la construction de notre humble édifices pourront le faire. Ainsi, ce projet appartiendra d'une certaine manière à celles et ceux qui auront contribué de près ou de loin à son élaboration. Il y aura un peu de tout le monde dans ce livre, tout ceux qui ont cru en lui. Pour toucher les gens, nous avons décidé de les inclure, de les impliquer ! Les encourager à devenir acteurs et actrices du changement qu'ils aimeraient voir dans le monde qui les entoure.  

Quels sont vos choix sur l'impression du livre et le papier utilisé ?
Nous voulons créer une œuvre à l'image de l'histoire qu'elle contient. Qu'elle soit représentative de nos six longues années d'amitié et d'histoire. Qu'elle soit le plus possible... nous. Le livre fera 200 pages, il aura une couverture dure en tissu avec le nom « Anna » marqué à chaud ; il sera plein de petites surprises, on y retrouvera par exemple des feuillets de calque à l’intérieur du livre qui contiendront des morceaux de papier médicaux.
En ce qui concerne l'impression, nous avons pour l’instant fait des choix d’imprimeurs Français à taille humaine, avec des valeurs fortes et un engouement certain pour nous et notre projet. Sans grande surprise, le côté humain, bienveillant et passionné est très important pour nous et dans notre choix pour nos partenaires.

En quoi cet ouvrage est important et que souhaitez-vous apporter au public avec celui-ci ?
Ce livre représente pour moi plus de six longues années de travail. Et avec lui les joies et les peines qui l'accompagnent. Les nuits de doutes et les journées d'espoir qui ont rythmé sa création. Enfin le tenir entre mes mains puis voir d'autres le lire, en feuilleter les pages... C'est ce qui me fait tenir depuis le début, même dans les moments les plus difficiles.
Pour Anna je pense que c’est une forme d’étape, un d’aboutissement. Je ne veux pas m'exprimer à sa place, mais partager son histoire n'est pas chose aisée. On ressent forcément une sorte d’appréhension mélangée à une excitation particulière. C'est à la fois cathartique et effrayant, je crois.
Mais surtout, on souhaite partager ce qu'il y a de beau et de laid, ce qu'il y a de fort et de vulnérable, parce qu’on est convaincues que cette histoire peut faire évoluer des pensées. Il est important d’en parler, de donner un peu de nous et notre histoire pour espérer toucher celles et ceux qui la liront. Aider à faire avancer les mentalité sur le sujet, ou au moins ouvrir une discussion constructive, est évidemment un de nos souhaits profond, mais si nous arrivons déjà à émouvoir quelques uns de nos lecteurs alors je considèrerais notre mission comme réussie! Qu'importe l'émotion, si elle est créée par le livre et son contenu, alors on aura gagné, je crois. Un changement, aussi infime soit-il, est à mes yeux d'une importance cruciale.

Une exposition verra-elle le jour en parallèle de ce livre ?
Bien sûr, nous faisons une exposition itinérante, pour diffuser le livre ! On commencerait à Roubaix à la condition publique en avril 2022 lors de la saison Urbaine, puis nous avons d’autres propositions pour Reims et Metz avec des associations LGBTQ+ partenaires. Nous voulons parcourir la France, donc nous restons bien sûr ouvertes à de nouvelles propositions de lieux ou de villes ! Nous aimerions exposer aussi en Belgique et extramuros...  À bon entendeur (rires) !

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
J'aimerais remercier les partenaires, les personnes qui nous soutiennent, les proches qui me poussent chaque jours à aller plus loin. Du plus profond du cœur, merci à ceux qui croient en notre projet et nos valeurs. Sans vous, rien ne serait possible.

Merci à Chloé Besnard d'avoir répondu à notre interview !
Suivez son actualité sur Facebook.

interview Livres Crowdfunding

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam