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Chanouga présente sa bande dessinée Merry Men

Maxime Lopes Par Le mercredi, 24 août 2022 à 08:22 0

Dans Culturel

Le livre Merry Men de Chanouga puise ses sources dans la jeunesse de Robert Louis Stevenson.

Chanouga - Merry Men

Robert Louis Stevenson a 20 ans. Il est élève ingénieur, nous sommes en 1870 à Edimbourg en Ecosse, il vit au sein de sa famille : les ingénieurs bâtisseurs de la quasi totalité des phares d'Ecosse... L'action se passe à un moment clef de sa vie, puisque l'année suivante (1871) il annonce à son paternel, que son fils unique, l'héritier de la tradition familiale, ne sera jamais ingénieur des phares mais qu'il veut se consacrer à la littérature !

Interview

D’où vient votre passion pour la BD ?
Je suis d’une génération qui a grandi avec ce medium, et qui a assisté à la consécration des figures tutelaires de la BD. Très tôt, je suis passé de Spirou à Pilote, Métal Hurlant, à Suivre… mon imaginaire a été nourri par des Mœbius, Tardi, Bilal, Pratt, Bourgeon, Chaland… Lorsque plus tard, j’ai intégré les Beaux Arts, la lecture de “Feux” de Lorenzo Mattotti m’a totalement ébloui… la bande dessinée pouvait aussi prendre des chemins différents ! C’est ce que j’aime dans la bande dessinée, cette diversité graphique et narrative, qui s’exprime plus encore aujourd’hui.
Mais ce n’est pas ma seule passion, la littérature a toujours eu une place importante dans ma vie… Cela explique peut-être mon profond désir de raconter des histoires. Ainsi, lorsqu’on est formé au langage de l’image et qu’on adore la littérature, faire de la bande dessinée devient une évidence.

Pouvez-vous nous présenter votre bande dessinée Merry Men ?
A l’origine, il y a “The Merry Men”, une longue nouvelle écrite en 1882 par Robert Louis Stevenson. C’est un texte que j’ai lu il y a bien longtemps et qui m’a bouleversé, je ne sais pour quelle raison…
Depuis, je l’ai régulièrement relu, avec toujours le même intérêt. C’est une histoire écossaise imprégnée de romantisme qui évoque des thèmes qui me sont chers. Il y est question de naufrage, d’un naufrageur que le remord a entraîné dans la folie, de la quête d’un trésor englouti, mais aussi d’une histoire d’amour naissante. Stevenson situe cette nouvelle dans une île sauvage des Hébrides intérieures, un cadre d’une beauté à couper le souffle.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le fait de vous plonger dans la jeunesse de Robert Louis Stevenson pour cet ouvrage ?
J’ai toujours repoussé l’idée d’adapter Robert Louis Stevenson en BD, persuadé que revisiter un si beau texte ne pouvait que l’abîmer, le trahir.
Pourtant, il y a quelques années, j’ai revu mes positions en lisant des textes biographiques relatifs à R.L.S., Il s’avère que l’île de “The Merry Men”, lui a été inspirée par une expérience de Jeunesse.
J’ai appris alors l’importance de la famille Stevenson dans l’histoire des phares ; le fait qu’il aurait dû, comme son père, son oncle et son célèbre grand-père : devenir ingénieur constructeur de phares…
Introduire la libre adaptation du texte par le biais biographique : l’écrivain devient le héros de son propre récit, tel est le principe narratif de “Merry Men”.
C’est une période clef de la vie de l’écrivain, un moment de bascule. Durant ces quelques mois, il va faire des choix qui vont conditionner le reste de sa vie.

Cela renvoie à la définition de l’artiste… est-ce un choix ou une nécessité ?
Dans le cas de Stevenson, il semble considérer qu’il n’y a pas d’autre alternative.
C’est une posture très touchante (et peu confortable) qui devrait parler à bon nombre d’artistes, non ?

Comment le choix de l’auteur de se consacrer à la littérature va bouleverser sa vie de famille, alors qu’il était destiné à poursuivre les traditions en tant qu’ingénieur des phares ?
C’est tout l’intérêt d’explorer cette courte période de la vie du jeune Robert Louis Stevenson. C’est effectivement durant l’année 1870 que l’élève ingénieur d’une vingtaine d’années va rompre avec la tradition familiale.
A Edimbourg et bien au-delà, les Stevenson ont acquis reconnaissance et respect pour les très nombreux phares construits sur les côtes écossaises et au-delà.
Ce n’est pas simple pour Robert Louis Stevenson, par ce choix, il refuse l’assurance d’une vie bourgeoise confortable. Devenir écrivain, c’est s’engager sur un long chemin incertain semé d’embûches… et vivre sans argent. Cette décision va provoquer d’importantes tensions avec son père qui y verra une trahison et l’assurance pour son fils d’une vie de Bohème. Mais paradoxalement, toute sa vie durant, il gardera une profonde admiration pour l’œuvre de sa famille et le travail de ces constructeurs de l’impossible.

Est-ce que votre rêve d’enfant de devenir Robinson Crusoé a inspiré certaines parties de votre livre ou plus largement d’en publier sur le monde maritime ?
Ah Ah ! Robinson Crusoé !… je n’ai jamais vraiment dit ça, il est vrai qu’enfant la lecture du roman de Defoe m’avait enthousiasmé… D’autant que très jeune, mes loisirs était partagés entre la mer (Je suis natif de Marseille !…) et les escapades solitaires dans une campagne familiale totalement isolée du monde, où il est vrai, j’ai joué au Robinson plus d’une fois…
Mais ce sont plutôt les lectures de Jack London, puis plus tard de Joseph Conrad et surtout de Stevenson qui ont déterminé une véritable passion pour le monde et le patrimoine maritimes.
Quitte à l’idéaliser un peu, j’adore cette marine disparue, où les navigateurs guettaient le vent et traçaient leur route au sextan en direction de terres inconnues et exotiques…
Je suis né cent ans trop tard pour pouvoir naviguer sur les bateaux qui me font rêver. C’est peut être la frustration de ne pas avoir pu faire partie de ce monde qui me pousse à en parler ?  

Comment travaillez-vous les dessins et êtes-vous plutôt papiers et crayons ou équipement numérique ?
Je travaille mon trait à la main parce que j’aime le contact direct avec la matière… J’assume les imperfections et les hésitations de mon trait, jusqu’à ne pas encrer. Mes planches sont réalisées à la mine de plomb et au crayon graphite. Par contre, j’utilise l’outil informatique pour la mise en couleur à laquelle j’accorde beaucoup d’importance. Dans le cas de Merry Men, c’est une approche un peu hybride puisque j’utilise des matières, des lavis réalisés en amont puis numérisés qui servent de base à ma mise en couleur.  

Quels ont été vos choix pour la couverture de la BD ?
Comme vous l’aurez sans doute compris, mon approche narrative est assez complexe… En conséquent, réaliser la couverture d’une telle histoire n’a pas été simple. Après plusieurs essais décevants, j’ai finalement choisi de privilégier les sensations. Alors, c’est devenu une évidence, le lieu est l’élément important, il fait le lien entre biographie et fiction, ce sont les roches de l’île d’Erraid qui vont inspirer le jeune Robert Louis Stevenson jusqu’à en faire le décor de “The Merry Men”.

Aurez-vous l’occasion de rencontrer vos lecteurs pour des séances de dédicaces ?
A ce jour mon emploi du temps est déjà bien chargé : je serai au festival de Solliès Ville du 26 au 28 août, à Nancy pour Le livre sur la place les 9, 10, 11 septembre, à Genève et à Six Fours en octobre, à Noves, Concarneau et Colomier en novembre (les rendez-vous et dates sont à retrouver sur mon Facebook ou sur le site des Ed. Paquet)

Vous avez reçu plusieurs récompenses et prix par le passé. En quoi ces reconnaissances sont-elles importantes pour vous ?
J’ai cette chance… ça flatte l’ego et ça rassure un peu. Mais surtout, ces formes de reconnaissance me confortent dans l’idée qu’il est important d’assumer jusqu’au bout ses choix créatifs, le plus honnêtement possible. 
Grâce à mes albums, je rencontre énormément de monde, des publics très variés : celui des salons, des festivals et des conférences, j’interviens également en milieu scolaire (écoles, collèges, lycées). La meilleure des récompenses est probablement la qualité des échanges que mes albums provoquent.

Merci à Chanouga d'avoir répondu à notre interview !

A propos de Chanouga

Chanouga est né en 1964 à Marseille où il vit toujours. Enfant, il rêvait
de devenir Robinson Crusoé, ce qui explique peut-être sa passion pour  es récits d’aventures maritimes. Il étudie aux Beaux-Arts et devient graphiste et illustrateur dans la communication, alors qu’il aspire à être auteur de BD.
Il publie ses histoires sur un blog et participe au FestiBlog en 2009 où il rencontre Tony Sandoval qui lui présente Pierre Paquet.

De Profundis, son premier album publié en 2011, a obtenu un beau succès : Crayon d’or du festival de Brignais, Prix du public France 3 et Prix espoir du 36e festival de Chambéry. Pour Narcisse, c’est au hasard d’une brocante où il a acheté un vieux numéro de la revue Histoire de la mer qu’il a découvert une photographie d’un homme blanc au torse nu scarifié, aux oreilles et au nez percés, portant le nom de Narcisse Pelletier. Coup de foudre immédiat. Il a alors cherché puis rassemblé les rares documents (récits et articles de presse) relatifs à son singulier destin et les quelques ouvrages qui lui ont été consacrés. Ce jeune mousse originaire de Saint-Gilles-sur-Vie en Vendée n’était ni un héros ni un grand navigateur, mais Chanouga eut envie de raconter son histoire et de remplir les blancs et les contradictions grâce à son imagination. Grand admirateur de Conrad, Stevenson, Melville, London ou Vercel, il cite volontiers aussi des auteurs de bande dessinée tels Lorenzo Mattotti, Gipi et Jorge Gonzalez.

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