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Bad Tripes prépare l'album La Vie la Pute

Maxime Lopes Par Le samedi, 19 novembre 2022 à 12:18 0

Dans Culturel

Bad Tripes est de retour avec l'album La Vie la Pute, soutenu par les internautes !

Bad Tripes - La Vie la Pute

Qui se cache derrière Bad Tripes et pourquoi avoir choisi ce nom ?
Bad Tripes est mon bébé, si je puis dire. J'ai fondé ce groupe il y a une grosse quinzaine d'années (voire plus), avec une amie de lycée qui jouait de la basse. J'écrivais les textes et jouais de la guitare. Etant une honte vivante pour la six cordes, j'ai abandonné. J'étais aussi la pire chanteuse du monde, mais comme j'avais absolument envie de gueuler mes textes, j'ai persisté derrière le micro. A mes côtés, il y a mon pilier, Seth, véritable couteau suisse humain. En plus d'être guitariste, il est aussi le compositeur exclusif, la colonne vertébrale du projet. Sir Mac Bass, comme son nom l'indique, apporte son groove et sa patte virtuose avec sa basse venue de l'espace.
Quant au nom de Bad Tripes, il vient juste d'une connerie sortie pendant une répèt. J'aimais bien une performeuse trash qui se faisait appeler Lily Bad-Trip (ou Miss Trash, ou Marijane Miracle), qui faisait des shows avec Jean-Louis Costes, j'ai suggéré pour rigoler qu'on prenne le « Bad Trip » et qu'on le rende dégueu et franchouillard avec l'orthographiant à la française. Personnne n'a trouvé quoi que ce soit à y redire, et c'est resté, tout bêtement.

Pouvez-vous nous présenter votre album La Vie la Pute et son univers ?
L'album a été écrit et composé pendant le confinement. Et comme pour beaucoup de gens, ce n'était pas très joyeux. Outre la solitude et l'incertitude, nous avons fait face à pas mal de drames personnels (suicides et décès des suites de maladie, notamment). J'ai pas mal picolé, beaucoup ruminé, et étant dépressive de longue date, le cocktail ne m'a pas réussi mentalement. Par contre, ça m'a permis d'écrire sur des sujets que je n'aurais peut-être pas abordé en d'autres circonstances. Pour l'univers, disons que nous proposons un désespoir joyeux et dansant, pour fêter la fin du monde en s'amusant.

Quelles sont vos sources d'inspirations et comment composez-vous ?
Pour ma part, Les Tétines Noires ont été l'un de plus gros chocs artistiques de ma vie. Je devais avoir 13 ou 14 ans quand j'ai découvert ce groupe par le plus grand des hasards, et il a eu un impact immense sur moi tant dans mon approche de la musique (le choix du chant en français, le côté outrancier) que de la scène, en me donnant l'aspect théâtral. Pour la composition, c'est Seth qui fait tout. Il compose sans cesse, sans relâche, au gré de son humeur et des films qu'il a vu : il a une inspiration très cinématographique, d'où certaines touches évoquant John Carpenter. Pour d'autres morceaux, ça lui tombe dessus par je ne sais quel miracle. D'un coup, il va m'envoyer des compos avec un touche cabaret, polka, électro-clash, alors qu'il n'est ni adepte de Lili Marleen, ni d'Ivan Rebroff, ni de Peaches. Il doit être visité par des esprits, j'vois qu'ça. Je le sais toutefois possédé par IAM, et c'est ça qui fait que le morceau qui donne son titre à l'album, La Vie la Pute, a cette couleur urbaine et hip-hop, totalement exotique chez nous, mais qui a été super intéressante à bosser.
En ce qui concerne les textes, il est assez rare que j'écrive « spontanément », même si je me note des idées de sujets à traiter, des « punchlines », des vers, ou un simplement une base de travail, même en prose.
Généralement, j'écris à partir des compos de Seth, en fonction des images que les sons me mettent dans la tête : du soleil, des ruelles sinistres, des tables de pub en bois, du verre brisé... Les paroles sont guidées par le clip que la musique diffuse dans ma tête en gros Pour résumer le plus simplement, disons que nous sommes le fruit d'une effroyable partouze ayant impliqué Rammstein, les Elles, Catherine Ringer, Diapsiquir, Nina Hagen, Vladimir Cosma, Laibach et Richard Gotainer. Dit comme ça, ça a l'air un peu dégueulasse, mais vraiment, c'est sympa et chaleureux. (sourire)

Souhaitez-vous nous parler des enregistrements en studio ?
Nous avons démarrer l'enregistrement durant le couvre-feu de janvier 2021, dans l'ancien salon de tatouage de Seth. La cabine de chant se situait dans le débarras/cuisine à côté des toilettes de la boutique.
Nous avions mis un drap puant le moisi – habilement remis à neuf d'un coup de désodorisant à chiottes - pour insonoriser la cabine improvisée. Nous enregistrions de 6 heures du soir à 6 heures du matin, avec des pauses café, bouffe, whisky et vidéos débiles pour rigoler un peu. C'était un peu surréaliste comme façon de travailler, épuisant, nous avions hâte de terminer les prises... Pourtant, sitôt le tout terminé et envoyé au mixage, nous étions tout nostalgiques !

Est-ce que La vie la pute vous donne un bad trip ?
La vie est un très long bad trip, une plaie purulente et suitante, avec quelques petites tâches de soleil, quelques poussières d'or par-ci par-là qui permettent de tenir le coup.

Parlez nous du titre La Madrague des Macchabées...
Après toute la noirceur (ou, pous être plus précis, le spectaculaire déluge de merdes diverses et variées) qui a marqué notre quotidien ces 2-3 dernières années, nous avons eu envie de faire un clip en décalage complet avec notre univers habituel, plutôt gore et somme toute assez sombre (même s'il y a souvent une touche d'humour dans nos clips, de même que lors de nos concerts). Si, en soi, le texte de la chanson n'est pas spécialement guilleret – c'est une sorte de parodie sinistre et suicidaire de La Madrague de Bardot -, nous avons voulu de la couleur, du peps, de la gaieté et du kitsch pour marquer le coup. C'était une manière un peu décalée de signifier notre retour en mode « what the fuck ?! », mais aussi de fermer un chapitre assez mélancolique, marqué par pas mal d'épreuves, de douleurs, de déceptions. Mais que nos chers auditeurs d'amour se rassurent : le sang et la tripaille seront de retour pour les prochains clips.

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif ?
Nous sommes un groupe autoproduit, et un groupe autoproduit ne peut pas vivre d'amour et d'eau fraîche, pas plus que de vodka et de chocolat... du moins, pas s'il espère se développer. Et c'est bien là notre objectif avec Bad Tripes : nous avons envie que le projet prospère. Nous sommes restés deux ans et demi sans faire de concert en raison de la crise sanitaire et du lot de soucis qui en ont découlé. La frustration a été terrible. Plus que jamais, nous avons envie de voir du pays et de propager notre bonne parole bruyante et odorante. Mais tout ceci a un coût, et nous avons besoin d'un petit coup de pouce pour réaliser nos prochains projets. Nous avons beaucoup investi pour le mixage et le mastering par le studio allemand Pointbreak Recordings, ainsi que pour le tournage de La Madrague des Macchabées. Bref, en un mois comme en cent : nous sommes ruinés (rires) ! Et comme nous croyons très fort en ce projet dans lequel nous mettons nos tripes, notre âme, ma femme, mon gosse, mon job (rayer mentions inutiles), que nous savons que décrocher une subvention tient de la science-fiction, nous sollicitons l'aide bienveillante de nos contemporains qui sont tous magnifiques, merveilleux, pleins de bonté et dotés de formes avantageuses.

Que souhaitez-vous procurer au public avec l'album La vie la pute ?
De la joie, de la fureur, de l'émotion, de la consolation. Un exutoire à la morosité. L'envie de baiser, aussi.
Sait-on jamais. Sur un malentendu.

Quels ont été vos choix sur l'artwork de l'album ?
Nous avons voulu changer radicalement par rapport à nos albums précédents en optant pour un côté cartoon très coloré, un peu comics par moments, mais avec un fond assez sinistre. C'est Seth qui s'est occupé de l'ensemble des dessins : il est tatoueur de métier, donc il se débrouille fort bien. Sa principale inspiration a été le travail de Jamie Hewlett et de Frank Kozik, à qui l'on doit de nombreuses affiches pour Pearl Jam, et les Buttholes Surfers, mais aussi la fameuse pochette d'Americana des Offspring. Seth est très fan de ce mélange de candeur et de trash, de couleur et de gore mignon, de folie furieuse qui surgit dans la banalité. C'est à l'image de notre musique : sous le côté cartoonesque rigolo, déconneur et gouailleur, il y a beaucoup de tristesse, de désespoir et de rage.

Avez-vous une anecdote ou une indiscrétion à nous raconter ?
Durant l'enregistrement, nous avons reçu la visite de la police. Il faisait nuit noire et la baie vitrée du « studio » était balayée de long en large par une lampe torche très puissante. En zieutant dehors, on voit un grand mec costaud, tout seul, habillé en noir... On a cru se retrouver face à un cambrioleur en repérage.
Au bout de quelques interminables minutes, le mec a allumé son gyrophare, et Seth et moi avons ouvert la baie vitrée, mi-rassurés, mi-perplexes. Le gus était en fait accompagné de deux collègues : ils patrouillaient en voiture et ont aperçu la lumière faiblarde du studio depuis la route. Croyant à un cambriolage, ils ont déboulé. Mais nos bonnes têtes d'ahuris les ont vite convaincus que nous n'étions pas de vils brigands.

Vous espérez pouvoir sortir un vinyle. Que représente-t-il pour vous et qu'apporte cet antique support à votre musique ?
Dans le milieu du rock et du metal, même si tout le monde (ou presque) est adepte des plateformes de streaming, il y a toujours beaucoup de collectionneurs, d'adeptes du « bel objet », d'où notre volonté de sortir un CD avec un beau livret que les gens auront plaisir à feuilleter. Faire un vinyle s'inscrit dans cette continuité : même à l'ère du dématéralisé, le vinyle possède cet attrait, cette séduction. On a beaucoup de tendresse pour ce côté fétichiste. Nous avons une identité visuelle assez marquée, et il nous semble naturel d'exploiter ce support. C'est à la fois un jeu et un défi.

Des concerts sont-ils prévus et que vous procure la scène ?
Nous avons quelques dates en préparation à Marseille et dans le Var début 2023 et nous comptons nous produire un peu partout en France dans les mois à venir.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Tout d'abord, merci à toi pour nous avoir donné la parole. On prépare plein de belles choses pour célébrer notre retour à la vie scénique dans le bruit et la fureur. Piss and love.

Merci à Bad Tripes d'avoir répondu à notre interview !

Bad Tripes - La Madrague des Macchabées (clip)

Musique interview Crowdfunding

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