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Ausonia sur tous les fronts

Maxime Lopes Par Le mercredi, 17 mars 2021 à 17:47 0

Dans Culturel

Formé il y a vingt ans, l’ensemble Ausonia poursuit son ambitieux travail d’éclairage des œuvres anciennes en interrogeant les automatismes et les impressions figées. Les techniques instrumentales parallèles de Tartini et Carl Philipp Emanuel Bach, l’actualité de l’amour destructeur, et l’infinie richesse de la spiritualité chez Bach… Voilà quelques-unes des propositions de Frédérick Haas soutenu par son ensemble.

Ensemble Ausonia

Tartini et Carl Philipp Emanuel Bach : instruments en émoi

Tous les violonistes à travers le monde partagent aujourd’hui une technique d’archet complexe et multiple. Fruit d’un héritage plusieurs fois centenaire, elle se transmet dans une tradition dont les liens ont tissé ensemble les noms de Biber, Schmelzer ou Tartini.

Maître incontesté du violon au milieu du XVIIIème siècle, ce dernier est devenu un mythe de virtuosité ; son nom et son œuvre se cristallisent dans les oreilles mélomanes autour du redoutable Trille du diable. Et pourtant, sa vie reste dans l’ombre.

Entourée par le claveciniste Frédérick Haas et l’ensemble Ausonia, la violoniste Mira Glodeanu a voulu explorer ce continent mystérieux pour éclairer le sens à donner à une maîtrise instrumentale qu’il importe de cultiver, à la virtuosité en tant que moyen suprême lorsqu’il devient invisible.
 
En symétrie de cette démarche centrée autour du violon, l’ensemble a mené des recherches afin de faire émerger cette même facette au clavier. La personnalité complexe et attachante de Carl Philipp Emanuel Bach s’est imposée : cet exceptionnel musicien a su trouver un langage propre, et inventer un moyen d’expression complètement personnel et nouveau, au point de devenir l’énigmatique précurseur auprès de qui Haydn, Mozart et Beethoven ont puisé l’inspiration de féconder avec une liberté inépuisable leurs méthodes de composition inventées en Italie.
 

Combattimento, de l’amour à l’affrontement

Toujours en quête d’une interprétation riche de sens, Ausonia interroge avec profondeur les classiques du répertoire des XVII et XVIIIème siècles. Dans un Combattimento revisité, c’est à travers Monteverdi que s’exprime la démarche de l’ensemble belge, qui met en exergue les paradoxes de la guerre et de l’amour. Extrêmement sensibilisé aux cultures orientales, Frédérick Haas insiste avec finesse sur l’universalité des passions humaines qui se déclinent à partir d’une même source en Occident et en Orient. Dans ce spectacle, l’Orient s’incarne dans la musique du compositeur Claude Ledoux qui revisite la tragédie de Tancredi et Clorinda en la déplacant dans la civilisation asiatique.

Tomoe Gozen, femme samouraï du XIIème siècle, dont l’inspiration irrigue encore la culture populaire nippone, se trouve au cœur de l’épopée portée par six musiciens et trois chanteurs, placés autour du comédien Nô Masato Matsuura, et de la chorégraphe et interprète Bruna Gondoni. Dans cette mise en scène en miroir, les vieilles problématiques du patriotisme, de la religion ou de l’honneur, se trouvent transposées dans la résolution qui s’en opère aujourd’hui, avec une violence étouffée, mais plus écrasante et plus sourde qu’autrefois. Le spectacle a été créé en l’Église Saint-Jacques de Liège, à l’occasion des Nuits de Septembre en co-production avec les Festivals de Wallonie. Il sera donné en tournée dès que les conditions le permettront.

Tokyo et Leipzig, à deux gestes et trois notes d’intervalle

Ce même rapprochement a donné lieu à la mise en place du spectacle Goldberg Nô, inspiré des styles traditionnels du théâtre japonais, alliant la musique et la danse. Frédérick Haas et Masato Matsuura font dialoguer avec poésie « l’exigence implacable et minutieuse » du cantor de Leipzig avec celle du geste et du mouvement, dans un contrôle de l’espace et du temps, une grandeur et une intensité qui remettent en cause les figurations communément partagées de la géographie et de l’histoire.

A lyon le 27 avril, et à Paris le 30 avril, Frédérick Haas jouera son précieux et mythique clavecin Henri Hemsch de 1751, pour la première fois en public depuis 2010.

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