Publicité

Ariane Payen : son roman Sitatunga

Maxime Lopes Par Le jeudi, 27 janvier 2022 à 08:45 0

Dans Culturel

Ariane Payen s’est longtemps consacrée au scénario et elle continue à animer des ateliers d’écriture. Elle présente son livre Sitatunga, composé de 2 tomes.

Ariane Payen - Sitatunga

Interview avec Ariane Payen

D'où vient votre passion pour l'écriture et la littérature ?
La première fois que je me suis dit que c’était « ça » que je rêvais de faire de ma vie, c’est en lisant les mémoires de Laura Ingalls. J’avais reçu une édition spéciale où chaque volume avait une jolie couleur. Je devais avoir 10 ou 11 ans. Ma première idole était une vieille femme de lettres, et moi je croyais que c’était une fillette de mon âge...

Pouvez-vous nous présenter vos ouvrages Sitatunga ?
C’est l’histoire de Zaïa, née avec sa jumelle en Kasaï Oriental en 1868. Elle hérite des pouvoirs de chamane de sa grand-mère et à partir de ce moment-là, sa vie va devenir vraiment compliquée. Et l’arrivée des Blancs dans son village ne va rien arranger.

Pourquoi proposer Sitatunga en 2 tomes : L'âme Africaine et L'âme en feu ?
Au départ, la décision revient à mon éditrice, soucieuse du confort de lecture. Le risque était grand de provoquer des tendinites. Comme l’histoire a été écrite d’une traite et que ces deux tomes forment un tout, la question a été de savoir où « couper ». « L’âme africaine » raconte l’enfance des jumelles dans leur village et se termine avec l’arrivée des Blancs. « L’âme en feu » rend compte d’une réalité plus dure et plus complexe où l’on découvre que l’âme humaine n’est pas plus belle en blanc qu’en noir.

Pourquoi avoir choisi de situer l'action dans une province du Congo (qui était une ancienne colonie belge) ?
J’avais besoin de confronter le monde d’avant la colonisation à celui d’après. Le cheminement du journaliste Henri Morton Stanley sur les traces de Linvingstone m’a menée à remonter le fleuve Congo. J’avais besoin de m’enfoncer dans les terres, de m’éloigner des « autoroutes » des comptoirs qui jalonnaient le fleuve. J’avais besoin de minerais de toutes sortes, de caoutchouc, de lacs, d’une faune abondante et d’une flore luxuriante. Le Kasaï Oriental avait tout pour lui et encore plus pour moi. J’avais besoin d’une culture forte, aussi intéressante dans son organisation et son rayonnement que dans son art et ses rituels. Celle du peuple Luba était taillée sur mesure.
J’avais besoin de comprendre comment un aussi petit pays que la Belgique avait un jour prétendu posséder une colonie aussi vaste et aussi riche que le Congo. Je suis remontée à Léopold II envoyant Stanley en expédition.

Que peut-on savoir des filles de la femme du chef du village, dont l'histoire s'intéresse ?
Aria et Zaïa sont jumelles. Dès leur naissance, leur mère rejette Zaïa et chérit Aria. Leur grand-mère Nzeba est n’ganga. Aria héritera de ses dons de guérisseuse là où Zaïa recevra le rôle de chamane qui sera de loin le plus délicat à endosser. Leur père, chef du village, étant mort avant leur naissance, c’est leur mère qui dirige la tribu, gardant jalousement les pouvoirs de ses filles sous sa coupe.

Doit-on voir à travers ces ouvrages une réflexion sur la place de la femme dans nos sociétés et peut-on faire un lien avec certains mouvements médiatisés depuis quelques temps ?
Ce n’est pas parce que mes héroïnes se baladent seins nus et le torse scarifié, qu’elles sont leaders d’un mouvement féministe. Blague à part, mettre en avant, de manière réaliste et en respectant la réalité historique, différentes formes de l’exercice du pouvoir, tantôt féminin tantôt masculin, est effectivement une thématique qui me tient à coeur. D’un côté la femme, liée à la lune et à ses mystères ; de l’autre l’homme qui explore au soleil le monde extérieur.

Dans quelles conditions écrivez-vous : lieux, papier ou ordinateur... ?
Tout est bon pourvu que j’aie du temps à consacrer à l’écriture. J’ai une collection de carnets phénoménale ; une trentaine de stylos-plumes et des pots d’encre de toutes les couleurs. Pour autant, je tape frénétiquement sur mon clavier en utilisant deux doigts à gauche et un seul à droite.
Dans un processus idéal, écrire le premier jet dans des carnets, avec ratures et notes dans les marges, m’est le plus agréable. Lors de la transcription sur ordinateur, j’en profite alors pour travailler le style, effectuer les recherches - j’ai tendance à mettre des XXX au milieu de mes phrases quand je ne connais pas un détail - et restructurer correctement les paragraphes. Mais fondamentalement, je peux écrire dans les trains, sur la table de la salle à manger alors que la télévision est allumée, debout devant mon bureau dont je peux régler la hauteur quand mon dos se rappelle à moi...

Souhaitez-vous nous parler des ateliers d'écriture que vous animez ?
Ecrire et faire écrire, voilà ma mission de vie professionnelle. J’ai fondé l’école du Choc des Mots en 2010, où j’anime des cycles d’ateliers. Acquérir les outils de l’apprenti écrivain avec « L’alphabet de l’écrivain » ; explorer les différents genres littéraires en écrivant des nouvelles ; écrire des contes avec l’atelier « La vie n’est pas un conte de fées » ; approcher le scénario grâce à « Je scénarise, tu intrigues, il dialogue » ; écrire un roman en laboratoire et enfin l’atelier retravail « Après la fin quel commencement ? ».
Par ailleurs, j’ai développé avec ma fille illustratrice et graphiste, un outil sur mesure pour aider à écrire, « Le tarot de l’écrivain ». Même si cet outil a été conçu pour être utilisé en parfaite autonomie, je donne aussi des ateliers avec cet outil.
Tout cela est détaillé sur le site lechocdesmots.org

C'est lors d'ateliers que vous avez fait la connaissance de l'éditeur Lion Z’Ailé. Qu'est-ce qui vous a intéressé dans cette maison d'édition ?
Nous avions déjà partagé plusieurs ateliers au moment où Yasmina a fait part de son intention de lancer une maison d’édition. Je connaissais son enthousiasme débordant, son énergie sans limites, son tempérament de maman (italienne) et son côté persévérant, voire obstiné. Avec toutes ces qualités au service de mes histoires, je n’ai pas hésité une seule seconde.
Grâce à elle, je découvre chaque étape avec bonheur. Les retours des fiches des lecteurs ; les plans de retravail ; la gestion des retours de la correctrice ; la couverture ; le plan de communication... Avec elle, tout devient simple.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Ecrire me permet de vivre un nombre incroyable de vies. C’est mon mode de méditation par excellence. Cela me procure une joie profonde. Mon plus grand bonheur serait de pouvoir partager ces émotions avec les lecteurs. Merci de me donner un espace pour entrer en communication avec eux.

Merci à Ariane Payen d'avoir répondu à notre interview !

A propos de Sitatunga

Sitatunga un livre pour adultes qui a pour toile de fond l’Afrique, le chamanisme, l’univers des guérisseurs, l’organisation d’un village, dans le Congo en pleine confrontation coloniale. Sitatunga est une histoire de femmes au sein d’une Afrique où les règles sont nombreuses et les destins imposés. C’est avant tout une histoire d’amour, de respect des traditions, de risque des interdits. Les relations se font et se défont, certaines sont de nature à mettre la vie d’autrui en danger, aucune n’est sans conséquence.

Résumé
Dans un village du Kasaï Oriental, la femme du chef donne naissance à deux petites filles : Zaïa à qui elle ne pardonnera jamais de ne pas être le « petit roi » qu’elle espérait et Aria qu’elle chérit. Zaïa est élevée par Nzeba, sa grand-mère chamane.
Dans cette Afrique où les âmes transcendent les corps, où personne n’échappe à son destin, Zaïa fait preuve d’une force exemplaire face aux épreuves, si cruelles soient-elles. L’affection qui la lie à sa sœur jumelle lui donne la force d’endurer les pires souffrances. Echappera-t-elle à la folie de sa mère qui ne rêve que de sa mise à mort ?

interview Livres

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam