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Antoine Brochot : l'album Fundamentum

Maxime Lopes Par Le vendredi, 02 septembre 2022 à 09:55 0

Dans Culturel

Premier album du contrebassiste Antoine Brochot, Fundamentum propose un jazz moderne, dont l’ancrage se nourrit de la scène new-yorkaise actuelle.
Emmené par une rythmique tantôt impétueuse, tantôt méditative, ce premier opus, en quartet, laisse libre cours à de magnifiques instants d'improvisation qui impulsent un lyrisme énergisant au fil de 7 titres.

Antoine Brochot  - Fundamentum

Les compositions de Fundamentum sont nées dans l’esprit du musicien de 34 ans. S’il pense à la virtuosité aérienne d’un Roy Hargrove imprégné de l’ambiance très groove des clubs de jazz de Manhattan, son esprit s’inspire aussi du jazz modal de McCoy Tyner et une esthétique néo-bop ruisselle portée par un rythme effréné ou plus vaporeux dessinant des lignes de saxo phone subtiles qui ne sont pas sans rappeler l’inspiration contemporaine que le trompettiste Ambrose Akinmusire a su donner ces dernières années à toute une nouvelle génération de jeunes musiciens et compositeurs de jazz.

Français né en région parisienne et basé à Lausanne depuis 2016, où il est sorti diplômé de la Haute Ecole de Musique, Antoine Brochot dit avoir pris goût à la compo sition au bord du Lac Léman. C’est donc naturellement qu’il d’étincelles modernes au creux de racines jazz classiques imagine la formation d’un quartet. L’intelligence du piano du Suisse Mirko Maio, la batterie subtile du Nantais Nathan Vandenbulcke et le saxophone ténor doué de poésie et de fulgurances de Basile Rosselet. Et sur les deux derniers titres, en invités, le trompettiste Shems Bendali et la chanteuse néerlandaise Sylvie Klijn.
Un cocktail énergisant qui revient toujours à l’idée d’un ancrage, d’une texture musicale fondamentale, celle apportée par le groove.

« Symboliquement, Fundamentum évoque l’enracine ment profond entre les humains et la Terre, qui fait de plus en plus défaut dans nos sociétés modernes. L‘album fait référence à différents éléments terrestres, sources de vie et d’énergie » dit Antoine Brochot, dont l’engagement pour l’écologie tient une place importante dans sa vie, comme en témoigne le 2ème titre de l’album, If not now then when, clin d’œil à un slogan régulièrement his sé dans les manifestations écologistes. Ce titre d’entrée, après le prélude, déploie l’esthétique de l’album à l’image d’un manifeste, composée de modulations rythmiques qui semblent des vagues denses et chargées revenant sans cesse mouiller le sable.

S’ensuit le titre éponyme de l’album, Fundamentum, plus lent, choyé par la voix lancinante du saxophone, où chaque instrument exprime son énergie strate par strate, à la manière d’une architecture en construction : « Funda mentum est l’idée de fondation, de structure, une idée qui fait écho aussi à ma place de contrebassiste en tant que socle d’un groupe et à celle d’un premier album qui est la première pierre d’une construction. »

Le 4ème titre, Song For Yoko est une respiration poétique et amoureuse au cœur de l’album. Balade tendre portée par un enlacement du piano et de la batterie qui s’empor tent, s’agitent, se resserrent, jusqu’à l’étreinte fougueuse de l’ensemble du quartet.

Bleen, le 5ème titre, est celui qui swingue le plus. Rapide, énergique, presque insolent, à la musicalité hard bop, il s’envole, assume, revendique. Imprégné par la vitalité sophistiquée et décomplexée d’un Herbie Hancock, il fait plonger dans l’esthétique du jazz new yorkais jouissif d’un Jaleel Shaw.

Et introduit merveilleusement le 6ème titre East Village Bounce qui n’est autre que la marche new-yorkaise d’An toine Brochot, ébloui et inspiré par les racines centenai res du jazz, ici dessinées avec virtuosité par la double sonorité du saxophone et de la trompette assurée de Shems Bendali, invité sur ce morceau.
En guise de conclusion, Storms, intériorise l’énergie dégagée par les morceaux précédents. Porté par la voix grave et profonde de Sylvie Klijn, qui opère ici comme un ancrage, une boussole, un repère, un roseau qui ne rompt pas malgré les vents violents, le titre chante les orages intérieurs, les rêves déçus et les espoirs utopiques.

Musique

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