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Allan Vermeer prépare l'album Apollon des Bacs à Sable

Allan Vermeer prépare son troisième album, Apollon des bacs à sable, accompagné d'un clip. L'artiste est fortement soutenu par sa communauté.

Allan Vermeer

D'où vient votre passion pour la musique ?
Je suis issu d’une famille de musiciens, c’était donc tout naturel pour moi lorsque j’étais enfant d’entendre le groupe de jazz de mon père, de mon grand-père répéter dans le salon, ma sœur travailler la flûte traversière dans la chambre d’à côté ou encore mon frère sur sa batterie. La musique était partout dans la maison, à toute heure, nous vivions « musique » et j’ai eu la chance de m’épanouir dans ce schéma. De mon côté j’apprenais le solfège, le piano, mais c’était le théâtre qui m’obsédait… Jusqu’à ce que je chante pour la première fois, vers 7 ans. J’ai pris mon temps, mais j’ai d’abord beaucoup écouté de musique avant d’en fabriquer moi-même.

Pouvez-vous nous présenter votre album Apollon des Bacs à Sable ?
C’est un album auquel je ne m’attendais pas, il m’est « tombé » dessus un matin où j’avais d’autres projets, mais je ne peux pas expliquer pourquoi, il m’a semblé urgent, voire obligatoire d’écrire ce que je ressentais à ce moment précis. J’ai cherché mon clavier, j’ai posé une mélodie, et j’ai commencé une sorte de bilan des sept années passées. C’était assez doux, très fluide, c’était long et bon. Je pense que ce qui est sorti de moi résume assez bien ma façon de voir le monde. Je suis plutôt discret, très attentif mais réservé, alors j’observe, beaucoup. J’ai vu en ce matin-là que c’était le moment de poser des mots sur mon ressenti, mon ressenti à moi au milieu du monde qui m’entoure. Pour résumer c’est un album assez personnel, mais qui parle des autres. Je suis très heureux de cette aventure et de la forme qu'elle prend.

Qui est l'Apollon des bacs à sable ?
C’est une question que je me suis posé, mais à laquelle je n’ai pas de réponse évidente. Dans ce monde où tout n’est qu’apparence désormais, et j’en sais quelque chose pour avoir chanté à la télé quelques années, je pense que j’ai voulu souligner ce qui se cache derrière la beauté, sous le vernis. « Apollon » je le suis sur instagram, facebook, sur scène, (presque) sûr de lui, lumineux (du moins j’essaye) mais au fond, derrière ce masque propret qui reste et me colle à la peau depuis ces années où je chantais sur France 2, je ne sais pas bien y faire. Je me considère comme un éternel débutant... Je suis maladroit, solitaire, souvent mélancolique, rempli de doutes et de perpétuelles remises en question… Mon Apollon des Bacs à Sable vient sûrement de là ; je grandis, avec mes chansons, mes expériences merveilleuses, mais je reste un débutant.

Comment composez-vous et d'où vous vient votre inspiration ?
L’inspiration va et vient chez moi, elle n’est pas régulière, elle change même, d’une vague à l’autre. Mais mes textes me viennent souvent sous la douche tôt le matin… Je pense beaucoup sous la douche. Généralement, j’en sors très vite me répétant en boucle les mots qui me sont venus pour ne pas qu’ils s’échappent, et je cherche mon mini clavier (je le cherche tout le temps). À ce moment-là, tout nu dans le salon, j’écris et je compose, serein. C’est toute une organisation… Ça peut aller très vite, en quelques minutes - comme pour de nombreuses chansons sur Apollon - ou bien ça peut durer 2 ou 3 jours, sans pause, sans manger, sans douche du matin au soir. Lorsqu’elles me viennent en dix minutes elles sont longues et il y a beaucoup de texte, lorsque j’écris en plusieurs jours il n’y a que deux ou trois strophes, moins parfois. Pour la composition de la musique c’est beaucoup plus simple. Là, j’ai écrit les textes et les musiques en même temps, ce qui était une découverte pour moi, avant je mettais en musique des poèmes, et c’était plus difficile. Mais c’était comme ça, rien ne se prévoit dans l’inspiration, et j’aime plutôt ça.

Quelle place occupe les textes dans vos compositions ?
J’aime tellement les histoires et les mots que je serais tenté de vous dire qu’ils occupent une place centrale, depuis toujours. Cependant chaque mot m’inspire une note, et il me semble que c’est l’alchimie entre le texte et sa musique, ou la musique et son texte qui créent une chanson. J’aime écrire parce que ça me fait du bien, et j’aime composer parce que ça m’amuse. La composition, c’est un drôle de mélange entre les mathématiques (temps, mesures, arpèges…) et l’émotion.

Souhaitez-vous nous parler de la partie instrumentale d'Apollon des bacs à sable ?
J’évolue, mes textes évoluent, et ma musique également. Je ne voyais pas l’intérêt de faire un second Vents contraires, alors je me suis ouvert à d’autres sons, d’autres sensations plus électroniques. J’ai laissé faire, plutôt, parce que ça s’est fait tout seul. Le piano restant le seul instrument dont je sais à peu près jouer reste au centre, mais j’ai redécouvert le synthé et ses innombrables sons, les drums électroniques, des instruments virtuels que j’imaginais fades et sans âme jusqu’à ce que je découvre qu’on pouvait les travailler, les façonner. Pour travailler, j’ai travaillé, oui.

Parlez nous du titre La mer juste à quatre minutes...
Ce doit être la chanson que j’ai écrite le plus vite, le plus fort. Mon grand-père était musicien, comme beaucoup d’autres. Cependant, la première note qu’il a soufflé dans sa clarinette alors qu’il était enfant a transformé ma vie, et celles de toute ma famille à commencer par mon père lorsque lui aussi était enfant. Le jour où mon grand-père s’est arrêté de jouer, plus de quatre-vingt ans après avoir commencé, il a perdu ses repères, il a commencé à lire l’horloge à l’envers et me dire qu’il avait raté le train pour Paris depuis sa chambre en maison de retraite. Alzheimer est une maladie que je connais bien, parce que j’ai chanté près de quinze ans dans les unités accueillant des personnes en souffrant, de tous âges, de toutes vies… Et aussi parce que j’étais très proche de Lui. J’ai vite compris que l’unique passerelle entre ces personnes, mon grand-père, moi et le reste du monde, c’était la musique, alors j’ai approfondi mes connaissances en travaillant sur le sujet. Pour en revenir à la chanson, il passait des journées entières à écouter de la musique classique et du jazz. Quand la musique s’arrêtait, il s’arrêtait, et tout se mélangeait ; la chanson d’ailleurs ne contient que quelques phrases, qui ont tout leur sens au début mais qui au fur et à mesure de la chanson se mélangent et créent des suites de mots sans logique, mais poétiques. Il était un beau poète. Il regardait par la fenêtre, souvent, il y avait une haie devant. Un soir, tout au début de la composition d’Apollon, je pensais à lui en pianotant le clavier, ce fameux mini clavier qu’il m’avait offert pour Vents contraires. J’ai repensé à la fenêtre, la haie qui coupe la vue, et au fait qu’il avait oublié que derrière cette vitre fermée, la mer ne se trouvait qu’à quatre minutes...

Peut-on en savoir plus sur le clip Coeur twist que vous préparez et son univers visuel ?
Nous travaillons sur ce clip depuis des mois. Nous savions à la fin de la composition de Coeur Twist (avec Samuel Mateu qui l’a écrite) que ce serait la chanson du clip, et du lancement de l’EP le 12 juin. Depuis la mi-décembre nous approfondissons sur son univers visuel, avec le réalisateur Giulio Boato. Ce que je peux vous dire sans trop vous en dévoiler, c’est qu’on va casser les codes : plus d’enfant sage. On a passé un cap. Nous avons travaillé avec des artistes formidables sur le maquillage, les ambiances, la lumière, les symboles… La suite le 20 juin 2020…

Pourquoi avez-vous réalisé un financement participatif ?
La plupart des personnes qui me suivent sont là depuis plus de 15 ans. Ils me connaissent bien. Ils connaissent mes doutes, mes envies, mes grands départs. Ce que j’aime avant tout dans la musique, c’est l’humain. L’humain qui inspire l’autre, qui s’inspire de l’autre, celui qui reçoit, celui qui se met en danger pour donner (ou recevoir), nous sommes sur cette base de confiance et de partage avec ces personnes. Le dernier album Vents contraires a été participatif également et la confiance du public m’a littéralement donné des ailes, parce que je la craignais fanée, après toutes ces années j’avais très peur, mais ils m’ont accompagné. Cette fois j’avais plus peur encore, j’avais même décidé de tout auto-financer, mais je me suis vite rendu compte (on m’a surtout vite fait comprendre) que c’était impossible si nous souhaitions voir le disque sortir en version physique, si nous voulions collaborer avec d’autres artistes pour le clip etc… Alors j’ai timidement lancé la nouvelle du nouvel objet pour prendre la température, et les retours ont tellement été au-delà de mes espérances que j’ai osé franchir le pas et leur demander de nouveau leur soutien. De tous les beaux messages que j’ai pu recevoir à la suite du lancement de la campagne, l’un d’entre eux m’a particulièrement touché et conforté dans l'idée qu'il s'agissait bien d'un projet commun : « Merci de nous permettre de contribuer à cette aventure ». Après ça, donner le meilleur de soi-même n'est plus une option.

Quand on est artiste, est-ce qu'on rencontre des "vents contraires" dans la préparation d'un projet comme un album ?
C'est rien de le dire, oui. D’abord sur un plan émotionnel, passer neuf mois en tête à tête avec son nombril n’est pas si évident, on ne se supporte plus, l’un l’autre, très vite. Il y a les vents chauds qui nous apportent les chansons, et les vents glacials du lendemain matin qui parfois nous rappellent qu’on serait bien mieux boulanger ou peintre en bâtiment, bibliothécaire comme je le fus un temps... Mais ça ce n’est que de l’égo. Le pire, je dirais que c’est l’anxiété : du temps, de pas savoir faire, de faire semblant, d’être trop dans le vrai, et donc trop cru, de ne pas être à la hauteur en impliquant trop de monde, de ne pas convaincre. Après il y a tous les attraits techniques, les retards, les pannes d’inspiration, les micros qui craquent alors que c’était la bonne prise, le fichier définitif qui ne s'ouvre plus... j’ai gagné pas mal de cheveux blancs. Et enfin il y a les aspects financiers, mais je pense que chaque projet qu’il soit artistique ou pas se heurte à ce genre de problématiques. Cela dit c’est vivant, et aussi étrange que cela puisse paraître après tout ça, je ne pourrais pas m’en passer. Si c’était trop fluide je m’ennuierais probablement.

Vous espérez des aides de la Sacem et de l'ADAMI. Est-ce que de manière générale la musique française est sous perfusion ?
Nous avons eu la belle surprise de découvrir que la Sacem nous soutiendrait sur le projet du clip, c’est un soulagement immense pour toutes les idées que nous avions eues et élaborées. Reste ensuite à espérer qu’il en soit de même pour l’enregistrement et la communication... Mais dans tous les cas le projet est lancé. Je n’ai pas fait de bénéfice sur le précédent album, ce n’est pas la raison pour laquelle je fabrique des chansons. Je ne sais pas si la musique, ou la culture en général, est sous perfusion, mais une chose est sûre, c’est qu’il est difficile de défendre un projet sans ces aides essentielles. Elles existent, c’est beau déjà.

Faire une émission comme Entrée d’artistes sur France 2 vous a-elle aidé ?
Oui, bien sûr, dans le sens où elle m’a aidé à me construire un public, à remplir les salles, à me défendre, à sortir mon premier album. Mais ce que je veux dire par là, c’est qu’elle m’a surtout permis de vivre des expériences et améliorer ces expériences « hors du cadre ». La télé pour faire de la télé ou être connu, ce n’est pas ce que je cherche, je ne l’ai jamais voulu. Ce que je veux, moi, c’est chanter simplement. Et être libre. Il y a eu quelques incompatibilités, mais je suis et resterai reconnaissant de cette pointe de magie que cette période a ajouté à ma vie.

Une indiscrétion à nous donner sur Apollon des bacs à sable ?
Je vous parlais de la chanson La mer juste à quatre minutes pour mon grand-père… Lorsque j’ai commencé à travailler sur Vents contraires, il m’avait offert le clavier (ce clavier que je cherche tout le temps), mais aussi un micro statique de studio pour enregistrer mes maquettes. Le soir où j’ai enregistré cette chanson pour la première fois, c’était dans ce micro. Je vous disais être maladroit… Même si je tenais à ce micro comme à la prunelle de mes yeux, à la fin de l’enregistrement je me suis pris les pieds dans son fil et je l’ai vu s’éclater au sol. Je n'ai pas parlé pendant vingt-quatre heures. Puis je me suis dit que la dernière chanson enregistrée dans CE micro serait la sienne. Sur le disque, tous les titres ont été ré-enregistrés ensuite, sauf celui-ci. C’est cette voix de 00h30, la gorge serrée, avec ces mots trop frais qui avaient été écrits quelques minutes avant d'être enregistrés dans son micro qui seront sur le disque.

Quelle place occupe les réseaux sociaux dans votre relation avec le public ?
Les réseaux sociaux occupent une très grande place, c’est notre passerelle. On se suit mutuellement eux et moi, on veille, que ce soit sur instagram ou Facebook. J'y passe beaucoup de temps uniquement pour rester en contact avec eux. J’ai la chance d’avoir un public assez franc, assez tranché, mais très bienveillant. Les réseaux nous permettant aujourd’hui de partager tous types de médias, je leur soumets mes projets, mes pensées, et ils me donnent leur avis, ce qui me guide. J’ai une relation assez forte avec nombre d’entre eux. Par téléphone ce serait tout aussi bien, mais je ne suis pas très téléphone, et ça prendrait beaucoup de temps…

Quels souvenirs gardez-vous quand vous chantiez dans les rues du Tréport (Seine Maritime) ?
C’est comme si c’était hier. Ces souvenirs représentent mes premiers frissons, mes premières émotions scéniques. J’ai vécu tant de premières fois sur cette place Notre-Dame, au Tréport. La première fois j’avais à peine douze ans je n’en menais pas large mais peu à peu, c’est comme si cet endroit était devenu le seul endroit dans lequel je me sente bien, entre peur et danger, mais en musique. C’était mon laboratoire, je chantais au milieu de la place, dans la rue, au chapeau pour m’acheter du matériel. Chaque personne qui s’arrêtait était une chance, chaque personne qui s’asseyait à la terrasse des cafés une victoire. La meilleure école. C’est sur cette place que j’ai fêté ma victoire de l’émission presque dix ans plus tard, j’ai reçu le coup de téléphone entre deux chansons, on a fait la fête jusqu’au matin, c’est l’un de mes plus beaux souvenirs.

Comment ressentez-vous la scène et en quoi est-elle importante pour vous ?
La scène est le seul endroit où je voudrais être, tout le temps. Lorsque je fabrique des chansons, je les imagine sur scène avant de les imaginer sur un disque, je les imagine « en vrai ». Le trac est monstrueux chez moi, il est radical, moche, mais lorsque je rentre sur scène, tout s’arrange, de la douleur que j’ai dans le bas du dos au mal de tête, du rhume au souci qui m'a empêché de dormir... C’est un moment hors du temps et privilégié. Je lâche tout lorsque je rentre en scène, quelle qu'elle soit, c’est le seul moment pour lequel j’accepte de perdre le contrôle. Et de le confier.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
 « Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai ». C’est signé Boris Vian, c’est une phrase qui m’a toujours éclairé.

Merci à Allan Vermeer d'avoir répondu à notre interview !
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