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Exposition « Histoire(s) de René L. - Marseille

Du vendredi, 25 février 2022 au dimanche, 08 mai 2022 à 10:00

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Fort Saint-Jean (bâtiment GHR) - Marseille

L’exposition « Histoire(s) de René L. » ouvre ses portes au fort Saint-Jean (bâtiment GHR) à partir du 25 février.
En prenant pour fil rouge la biographie d’un individu psychiatrisé, cette exposition propose une autre mémoire de notre vingtième siècle ; une mémoire fragmentée, contradictoire et complexe où les rêves se heurtent et se brisent. Dans cette traversée, on croisera notamment le philosophe Michel Foucault, l’écrivain Georges Perec, le psychiatre Frantz Fanon ou encore l’architecte Fernand Pouillon. Mais aussi des œuvres de Sol LeWitt, Étienne Martin, Fernand Léger, et Germaine Richier.

Ce sont dans ces tas de papiers « à jeter », ces strates délaissées, que notre regard a buté un jour de visite de bâtiments asilaires destinés à la destruction. La grande pièce qui fut pendant un siècle un dortoir collectif d’agités est devenue le réceptacle d’un ensemble de cartons. Là, contre un mur de cette salle de cet hôpital psychiatrique, on a trouvé d’épais rouleaux de papiers. Déroulant ces feuilles, sont apparus des dizaines de dessins, les uns tracés seulement au crayon noir, les autres coloriés consciencieusement.

Qu’étaient ces dessins ? Le produit d’un atelier thérapeutique ? Des œuvres d’art brut ? Des archives ? Des signes énigmatiques laissés par un individu se prénommant René – chacun des dessins était signé.

René Louis L. est né à Perregaux (Oran) le 16 mai 1920. Ses grands-parents ont quitté l’Alsace en 1870 à la suite de la défaite et sont partis s’installer dans l’Oranais. René a passé toute son enfance dans cette petite communauté coloniale. Mais passé la vingtaine, il est hospitalisé de manière quasi ininterrompue dans différents établissements en Algérie dont l’hôpital régional d’Orléansville puis celui de Blida pour des troubles mentaux, relevant de la catégorie de la schizophrénie. En 1963, plus d’un an après l’indépendance, il est rapatrié avec plus de cent-cinquante autres malades, hommes et femmes psychiatrisés à l’hôpital de Blida, vers l’hôpital psychiatrique privé du Bon-Sauveur à Picauville dans la Manche. Le certificat d’entrée précise : « Délire chronique de structure imprécise à thème hypocondriaque ». René L. demeure tout le reste de sa vie à Picauville.

De René ne nous reste que cette quarantaine de dessins ; quel texte composent-ils ?
Une exposition pour résoudre l’énigme. Partir à la recherche de René L., non dans les archives de l’état civil ou des institutions psychiatriques, mais dans l’Histoire, la grande. Celle qui fait l’objet de traités, celle qui dessine les villes, celle qui détermine nos existences.
Inventer René à partir des images, des documents, des archives, des œuvres. Ne pas avoir peur d’accrochages fragiles, d’associations improbables. Risquer l’histoire ; suivre René L. Et peut-être, de trace en trace, explorer une autre mémoire de notre présent.
 
Cette exposition propose un parcours dans notre vingtième siècle et les hétérotopies dont il fut le théâtre. Reprenant le concept de Michel Foucault pour désigner ces « espaces autres », ces espaces qui rassemblent en un même lieu tous les lieux, ces mondes non pas fictifs comme les utopies, mais bien réels et qui sont comme autant d’ilots autonomes de l’archipel que compose notre modernité, l’exposition donne à voir les hétérotopies que René L. a traversées et qu’il a largement dessinées.
 
L’hétérotopie du navire (qui transporte les colons vers l’Algérie ; qui tel le paquebot France à partir des années 1960 est une exposition universelle flottante ; qui à l’image du bateau naufragé représenté sur un ex-voto marin dit le chaos) ouvre ce parcours pour s’aventurer ensuite dans l’hétérotopie coloniale. On arrive ainsi dans le bourg de Perregaux, sa mairie, sa poste, son palais de justice, on visitera les grands chantiers de logements collectifs, ceux rêvés par Le Corbusier pour Nemours et Alger, ceux réalisés par Fernand Pouillon. Par cette hétérotopie coloniale, on accédera à celle de l’asile et à l’hôpital psychiatrique modèle de Joinville-Blida. On découvrira les thèses primitivistes de l’Ecole d’Alger. En miroir, on suivra René L. à l’asile du Bon-Sauveur dans la Manche, après son rapatriement tardif. Là, par une série de ses dessins, on comprendra l’importance d’une autre hétérotopie, celle des Jeux olympiques, ceux de Grenoble en 1968 : on rêvera devant l’anneau de vitesse et les fresques de Vasarely. On traversera le village olympique de Novarina.
 
Ce cheminement fait de correspondances, d’échos, sera mis en inquiétude par quatre figures qui se rencontrent dans les histoires de René L. Il y aura d’abord Michel Foucault au croisement de l’hétérotopologie et de la psychiatrie, Frantz Fanon entre psychiatrie et colonialisme, Le Corbusier à la jonction des projets coloniaux et de l’habitat collectif, et enfin Georges Perec et son île W où l’hétéroropie sportive tourne au cauchemar.
 
Dans cette traversée, des œuvres feront office de balises : une demeure d’Etienne-Martin, une cage de Sol LeWitt, un Nu de Fernand Léger et une figure athlétique de Germaine Richier.
 
L’exposition propose ainsi avec comme fil rouge la biographie d’un individu psychiatrisé, une autre mémoire de notre vingtième siècle, une mémoire fragmentée, contradictoire et complexe où les rêves se heurtent et se brisent, une mémoire sociale et culturelle discontinue.
 
– Commissaires : Philippe Artières, historien, directeur de recherches au CNRS (Iris, EHESS, Paris-Condorcet), et Béatrice Didier, co-directrice du Point du Jour, centre d’art, éditrice et enseignante
– Scénographe et graphiste : FREAKS, agence d’architecture et de scénographie

 

04 84 35 13 13 https://www.mucem.org/

Exposition

Fort Saint-Jean (bâtiment GHR) Prom. Robert Laffont, 13002 Marseille France

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