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L'association Ailes Anciennes Toulouse restaure un avion rare : le Breguet 941

L'association Ailes Anciennes Toulouse restaure actuellement un avion rare, puisqu'il n'en reste que deux dans le monde : le Breguet 941.

Rencontre avec Sylvain Dupouy qui nous fait découvrir cet avion à travers une page historique sur l'aviation. Une interview qui ravira petits et grands...

Breguet 941 (association Ailes Anciennes Toulouse)

- Pouvez-vous nous présenter votre association ?

Notre association Ailes Anciennes Toulouse a été créée en 1980 dans le but de préserver des avions anciens et de permettre la naissance d'un Musée Aéronautique à Toulouse / Blagnac. En 35 ans, nous avons récupéré 99 avions et hélicoptères (petits et grands) et sommes en train de démonter le 100ème à Aubenas. Le 101ème est déjà prévu, c'est un petit ULM qui a fait le tour du monde !
Notre association compte 350 cotisants dont 80 membres "actifs" qui travaillent sur les avions, guident les visiteurs ou organisent les équipes.

- Vous avez comme projet de restaurer un avion : le Breguet 941. Pouvez-vous nous le présenter ?

Alors, certes on souhaite le restaurer, mais il faut avant tout le sauver. Il est actuellement dans un parc de loisirs en Ardèche et ne peut pas être ramené en vol du fait de son age, si simplement par la route de part sa taille (22 m x 22 m).
Il faut donc procéder à son démontage (dérive, empennages, moteurs, volets) pour pouvoir le charger sur des camions en convoi exceptionnel (réalisé par une entreprise amie, Transports Courcelle, spécialisée dans les transports d'exception).
Le Breguet 941 est un quadrimoteur à grandes hélices, disposant d'une soute arrière comme sur un Transall.
C'est un avion fabriqué en France, en partie sur Toulouse par une entreprise, Breguet Aviation, dont nous disposons de plusieurs modèles (Jaguar, Alizé et même Deux-Ponts, un énorme quadrimoteur à hélices que nous avons récupéré en Normandie dans les années 80.

- Quels sont ses particularités et ses avantages ?

La grande particularité du Breguet 941 est de pouvoir décoller et atterrir très court (un terrain de foot), avec une quarantaine de personnes à bord. Pour réussir cet exploit (un avion classique fera de même sur plusieurs centaines de mètres), il fallait des volets très efficaces (ils se baissent à 105° !) et une ailes entièrement soufflées (d'où la faible longueur de l'aile, mais la grande taille des hélices). Il fallait aussi qu'un souci moteur ne puisse poser de problème lors des phases à très basses vitesse, ce qui a demandé de raccorder les 4 moteurs ensemble par des transmissions cachées dans les ailes !

- On peut dire qu'il était à l'avant garde des hélicoptères...

Même si ce n'est pas un hélico, il en a certaines capacités. Il est même possible que les hélicoptères soient finalement ses concurrents les plus directs dans le domaine militaire.
Il est en revanche très en avance sur le plan technologique. Et comme bien des solutions un peu trop en avance sur leur temps, il n'a pas trouvé sa clientèle... C'est dommage, mais comme bien souvent dans l'aviation, les échecs commerciaux n’empêchent pas les solutions de s'imposer. Les technologies du Breguet se retrouvent dans plusieurs génération d'avions suivants.

- On va faire un peu d'histoire... Savez-vous quel était le type de missions que le Breguet 941 faisait durant la guerre ?

Alors, c'est un avion des années 60, il n'a donc pas fait la seconde guerre mondiale. Il n'a d'ailleurs pas "connu le feu", n'étant pas envoyé en opérations extérieures. Mais il était conçu pour aller déposer des soldats derrière les lignes ennemies ou extraire des commandos de ces mêmes lignes ennemies.

- En quoi consiste le travail de restauration de l'avion, sachant qu'il n'en reste que 2 dans le monde ?

En effet, il ne reste que cette machine et sa jumelle au Musée du Bourget.
La restauration, quand elle commencera consistera en deux points :

  • réparer les pièces corrodées. Elles sont peu présentes, mais quelques unes sont trop atteintes, ce qui demandera de les refaire intégralement.
  • réparer les pièces endommagées par le précédent déménagement de l'avion dans les années 90, qui n'avait pas été fait dans les règles de l'art.

- Vous faites pour cela une collecte de fonds sur My Major Company. Certains dons sont même déductible des impôts. Pouvez-vous nous en dire plus sur la collecte ?

La collecte a commencé dès que nous avons signé la cession de l'avion avec son ancien propriétaire. Comme toujours dans ce cas là, nous ne parlons jamais d'un projet avant qu'il ne soit signé.
Ce projet a très bien marché dès le début grâce à l'implication de nos bénévoles (qui ont transféré l'info à leurs proches) et via la communauté Facebook et Twitter qui reprennent nos infos et les diffusent.
Il faut comprendre que notre association n'a pas touché 1€ de subvention depuis les années 90 et que nous n'avons que deux sources de revenus : les cotisations (même pas 5% du budget) et le revenu des visites de la collection (visite + boutique). Cela permet à l'association de restaurer les avions déjà en collection et de mener quelques petites récupérations. Mais pour les grandes comme celle du Breguet, c'est très limite pour notre budget. Le projet est estimé à 40 000€. La visite chez nous, c'est 5€ et nous avons l'habitude de toujours compter les dépenses "en visites". L'opération Breguet, c'est donc 8 000 visiteurs. Or, nous recevons chaque années 14 000 à 15 000 visiteurs et avons déjà récupéré 5 autres avions (certes plus petits) cette années. On peut imaginer la difficulté de boucler le budget.
Pour compliquer encore un peu, nous sommes à la veille du plus gros investissement jamais réalisé par notre association : un Hangar de Restauration dans lequel nos bénévoles redonneront via aux avions de la collection. Autant dire que le sauvetage du Breguet ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment.
D'où l'idée d'aller demander un peu d'aide aux français. Nous espérons que la campagne réussira à financer 10 000€.
Les participations au dessus de 50€ bénéficieront en effet d'un reçu fiscal.
La campagne a bien commencé, on est même régulièrement en tête des tous les projets du site, ce qui signifie que pour beaucoup de français (et pas seulement, nous avons déjà un donateur hors hexagone !), le Patrimoine ne s'arrête pas à un tableau de Monnet ou aux châteaux forts ! Les avions conçus, fabriqués et pilotés par l'homme, le sont tout autant et ont tout autant besoin d'être préservés ! Si seulement nos amis politiques et décideurs pouvaient en prendre conscience...

Vous pouvez partciper au projet en le soutenant sur le site de My Major Company jusqu'au 2 janvier 2015.

- L'avion ira dans le musée Aeroscopia qui ouvrira l'année prochaine. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce dernier ?

Le musée Aeroscopia ouvrira enfin en Janvier 2015. Quand on sait qu'on a créé les Ailes Anciennes en 1980 et qu'on s'est bagarré comme des beaux diables pour le faire naître, on mesure l'énergie consommé par nos "anciens" pour tenter de convaincre les décideurs locaux du bien fondé de faire un Musée Aéronautique à Toulouse.
Ce musée rassemble beaucoup de monde (département, région, communauté urbaine, commune de Blagnac, Airbus et associations) avec des visions différentes, mais un objectif commun : donner à la région Toulousaine un vrai Musée Aéronautique. Certes les Ailes Anciennes ont assuré ce rôle pendant 35 ans, il est temps qu'Aéroscopia prenne le relai avec un toit sur la tête.

- Un dernier mot ?

Oui, avec plaisir. Permettez moi de remercier nos équipes de bénévoles qui font un boulot de folie pour cet avion (et pas seulement celui-ci) et qui ne ménagent pas leurs forces tant pour l'association que pour les buts de celle-ci.
Merci aussi à tous les contributeurs financiers du projets (passés et futurs !) car ils permettront aux premiers de réaliser le sauvetage d'un des fleurons de l'industrie aéronautique française (300 000 emplois français dans l'aviation !). Et merci à tous ceux qui relayent notre action et la campagne de financement participatif, cela nous touche beaucoup !

Merci à Sylvain Dupouy de l'association Ailes Anciennes Toulouse de nous avoir fait découvrir l'avion Breguet 941 et bon courage à tous les bénévoles ! Rigolant

Breguet 941 (AATLSE)

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site de l'association ou sur Facebook.

interview Histoire

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