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Youri Defrance présente l'album Ongod

Si l’on devait employer une seule fois l’expression « musiques du monde », c’est avec Youri Defrance qu’il serait judicieux de le faire. En y apportant toutefois une nuance de taille : parler de « musique des mondes ». Car pour ce trentenaire globe- trotter champenois devenu Breton d’adoption, Ongod restitue l’infinie richesse de ses voyages, géographiques et intérieurs.

Youri Defrance - cover Ongod

Quel est votre parcours artistique ?
Tout a commencé avec Where did you sleep last night reprise par Kurt Kobain à 14 ans, puis ça m'a emmené à Led Zeppelin III, Hendrix, Cream... J'ai monté mon premier groupe rock à 16 ans avec un batteur et un bassiste, on jouait dans les bars de ma région en Champagne-Ardenne, et ensuite je suis parti vivre en Bretagne à 18 ans car je me sentais enfermé, j’avais besoin de faire d’autres rencontres et de m’inspirer d’une autre nature... La côte bretonne, c’est autre chose que les champs scalpés !
J'ai monté un deuxième groupe Psychédélique Rock avec batteur, bassiste, pianiste, flûtiste et percussionniste. On a beaucoup tourné dans l'Ouest avec des reprises des Doors, Hendrix, Sweet Smoke, Herbie Hanckok, John Coltrane, John Lee Hooker, les Gnawas... ça nous a emmené jusqu’à un premier festival dans le désert marocain à Merzouga. De là j’ai eu envie de voyager…
A 25 ans je suis parti au Pérou et j'ai commencé une route en solo en m'inspirant des mercenaires du Delta Blues avec Mississippi John Hurt, Son House, Skip James, Fred Mcdowell... Et j’ai continué les voyages librement avec ma guitare, en Mongolie, Australie, Japon, Etats-Unis… Comme les Bluesmen qui m’ont inspiré, j’ai parcouru des distances immenses en train, aux Etats-Unis et en Australie. Les concerts m'ont donné les moyens de continuer mon initiation chamanique avec la rencontre des tribus Warlpiri, Makah, Lakota, Tsaatan...et j'en ai ramené aussi des nouveaux instruments et une autre façon de travailler ma musique.

Pouvez-vous nous présenter l'album Ongod ?
Dans le shamanisme mongol, les « Ongod » sont les « esprits ». Cet album est le résultat du travail d'intégration du shamanisme mongol dans ma musique, un travail de lâcher prise (extérieur et intérieur), à la recherche de cette partie enfouie de nous-mêmes que le shaman appelle notre "animal totem". Cet "animal totem" doit pouvoir s'exprimer petit à petit dans notre quotidien, pour donner la sensation de n'être plus aveugle sur certaines choses qui nous paraissaient jusque là étranges...
Cet album témoigne aussi de mon parcours de guitariste qui m'a fait comprendre le lien vivant, réel, entre la musique d'aujourd'hui et la musique ancestrale des tribus.

D'où vient votre inspiration ? Vient-elle de voyages en particuliers ?
De mes rencontres avec les tribus. Elles nourrissent mon lien à la nature qui s’est forgé depuis mon départ en Bretagne et mes premiers voyages...

Quels ont été vos choix concernant les instruments ?
Ce sont mes « Ongod » qui ont décidé :)

Comment s'est articulé le travail de composition et les enregistrements en studio ?
Toutes les pistes ont été enregistrées en une fois sans retouche. J’ai besoin de cette tension pour laisser mes Ongod parler librement... C’est une façon d'utiliser la musique pour entrer en trans, mais de manière contrôlée comparé à ce qui se passe dans les cérémonies shamaniques au tambour où tu peux partir encore plus loin dans le deuxième monde... C'est la première fois que je fais ce genre de travail sur un album, sauf la chanson cachée de l'album The Corridor qui allait déjà dans cette direction... et là je l’assume complètement.

Peut-on en savoir plus sur le titre Antelope Island ?
Aucun rapport avec Herbie Hanckock :)
C'est un morceau inspiré par mon passage sur cette île quand je voyageais dans le train qui va de San Francisco à Chicago sur la ligne California Zephyr…
J’allais à Salt Lake City pour un gig chez les Mormons, j’en ai profité pour me perdre sur l’île après 50 km à vélo et une journée de marche…
Le blanc du désert de sel, le ciel bleu métallique, le « Freary Peak » vert comme la steppe… les couleurs étaient vraiment psychédéliques ! Le cri des coyotes dans le calme absolu, la tempête qui a couché ma tente en pleine nuit, les esprits des ancêtres amérindiens Utah…  j’ai essayé de traduire cette puissance dans le morceau.

Pourquoi certains titres font moins d'une minute et d'autres près de 10 minutes ?
Les deux thèmes de moins d’une minute à la guimbarde sont totalement shamaniques. Ces thèmes sont des appels aux éléments, des portes entrouvertes, c’est pour ça qu’ils sont très courts. Pour les autres morceaux je ne me suis imposé aucun format, Makah Thunderbird dure 10 minutes et a été enregistré en une prise…

Ne pensez-vous pas que la musique du monde est un peu mise à l'écart médiatiquement ? Qu'appréciez-vous dans ce style ?
C’est la musique traditionnelle pure qui est aujourd’hui mise à l’écart, mais elle renaît dans les créations fusion comme Goat, Tinariwen et Sainkho Namtchylak, Ibrahim Maalouf
Moi aussi je me sens appartenir d’une certaine façon au courant fusion, mais la musique traditionnelle pure reste pour moi une source d’inspiration très importante, c’est le retour à l’enfance, au simple… Les enregistrements d'Alan Lomax, les débuts d'Ocora m'inspirent toujours... et récemment un ami ethnologue Johanni Curtet vient de sortir une magnifique Anthologie sur le chant diphonique.  

On est actuellement sur une période un peu de repli, Ongod est-il aussi un album qui nous pousse à nous ouvrir ?
Pour s’ouvrir aux autres, il faut d’abord ce sentiment de bien-être et de sécurité qu’on éprouve quand on se connaît soi-même. C’est à ça qu’invite Ongod.

Racontez-nous l'histoire de TuvaLakota Eagle Feathers... Quel est le voyage de votre aigle ?
C’est un morceau inspiré des Lakotas que j'ai rencontrés dans une réserve lors d'un concert dans le Nebraska à Lincoln, après 600 km et 8H de stop dans les plaines avec les rednecks... La réserve sentait la mort de tous les côtés mais la rencontre avec le chef Joseph Lafferty fut puissante et m'a rappelé celle des Tuvas à la frontière de la Sibérie... Le message de ce titre : le Grand Oiseau n'est pas mort...  Le voyage de cet aigle, qui représente dans le clip l’esprit de toutes les civilisations anciennes, le mène à se poser sur la Terre, ce qui n’est possible que s’il est apprivoisé et respecté par l’homme scientifique moderne. Ce face à face entre le Grand Aigle et l’Homme d’aujourd’hui est une image que j’ai eu en rêve, une sorte d’union des contraires, qui a inspiré le morceau et le clip.

Pourquoi avoir choisi un fœtus sur la pochette de l'album ?
Si vous regardez bien, c’est un fœtus dans une oreille, qui m’a été inspiré de l’acupuncture auriculaire, une médecine ancestrale redécouverte par les scientifiques modernes. Cette union de la tradition et de la modernité est à l’image de ce que je recherche dans ma musique. Le peintre Reza Riahi en a fourni une illustration magnifique.

Avez-vous une anecdote sur l'album à nous raconter ?
Je peux vous raconter une histoire qui m’a inspiré le morceau Makah Thunderbird… Une fois de plus, je voyageais en stop à Washington State avec un redneck, un grand costaud sûr de lui avec son flingue dans son pick up. Cela m’a amusé de voir qu’il ne voulait pas m’emmener jusqu’à la réserve Makah par peur des Indiens…

Le 16 mai vous donnez un concert au Sunside. En quoi cette proximité avec le public est-elle importante pour vous ?
La proximité est pour moi essentielle, je puise dans les « animaux totem » présents dans la salle pour appeler mes « Ongod ». Chaque concert est unique, je ne sais pas encore ce qui se passera pendant la deuxième partie au Sunside !

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
C’est ma musique qui peut dire le reste…

Merci à Youri Defrance d'avoir répondu à notre interview !
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Maxime Lopes sur Google+

Musique interview

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